S'il y avait des leçons à tirer des différents codeco et/ou autres organes d'apparence décisionnaires depuis le début de la pandémie, nous pourrions citer en premier l'absence d'apprentissage du monde politique des différentes vagues. Et ce malgré des messages clairs étayés scientifiquement et répétés malheureusement de trop nombreuses fois : "Les hôpitaux sont en crise, le nombre de patients aux soins intensifs atteint la limite supérieure, les soignants vont craquer, il faut prendre soin d'eux..."

De tout cela, qu'en avez-vous fait ? En effet, nous sommes passés d'un modèle directif digne d'une gestion de crise enseignée en médecine de catastrophe à une anarchie décisionnaire où chaque représentant politique au lendemain du sacrosaint codeco, nouveau haut lieu belge du compromis mou, en réfute les décisions. Ne parlons pas non plus de l'absence régulière de suivi des entités fédérées sous peine de contrarier les électeurs potentiels. Le tout engendrant une perte d'adhésion de la population et une incompréhension voire une révolte chez les soignants.

Pire, vous avez réussi à rendre ceux qui se battent au quotidien complètement amorphes. Vous aviez pourtant promis de prendre soin d'eux à votre tour. Et sans trainer...c'était début de l'été 2020. Il y a plus de 522 jours...

Il faut sauver l'économie, les vacances, les marchés de Noël...

La deuxième leçon se définirait comme l'absence consciente de responsabilités dans le sacrifice du système de santé et de ses acteurs face aux enjeux économiques.... Rappelant que l'essentiel est de maintenir les marchés de Noël en renvoyant au diable la santé de tous et balayant les fondements éthiques de notre profession. Mais puisqu'il est d'usage, estimons-nous heureux, le métier d'infirmier est rare puisqu'il est en pénurie. Et au final, les conditions nous les supportons déjà depuis des années, alors un peu plus...ce n'est pas bien grave puisque nous l'avons choisi !

Il faut sauver les soins de santé et les soignants...ah oui, vraiment ? La troisième leçon se situe dans l'estime portée à notre profession où des promesses de pain et de jeux réalisées au pied du mur lors de la première vague, il ne nous reste que du désespoir et des larmes.

Ce désespoir que témoignent nos soignants à bout, en manque de reconnaissance, en manque de soutien, en manque d'un simple geste d'un monde politique se jouant de l'essentialité à la simple utilité en regard d'une situation complètement hors de contrôle.

Ces larmes qui symbolisent l'abnégation de nos professionnels qui chaque jour depuis mars 2020 répondent présents. Enfin, de moins en moins, et cela mettant en péril la continuité de notre système de santé. Mais au final, rien ne va mal puisque la vaccination e.a. pourrait être réalisée par un quidam. Ceci ne reflétant que la troisième tentative en moins de deux ans de ne pas respecter notre art et de le conférer à tout un chacun sous le prétexte d'une loi d'urgence qui nous devons bien l'avouer fait mal à notre démocratie.

Et des larmes encore, car au final, rien de plus normal comme nous l'avons entendu : "quand il fait noir, il fait noir pour tout le monde" dixit un ministre quand nous lui avons présenté des résultats sur la détresse émotionnelle de nos soignants. Quel mauvais ministre ! mais rassurons-nous, nous sommes 18 mois plus tard et rien n'a avancé. Enfin presque rien, car le nombre de départ de la profession et le taux d'intention de la quitter eux ont bien progressé. Bien triste réalité.

Alors oui, aujourd'hui, nous ne percevons que des marques de mépris pour notre profession : des Yaka en nombre : Yaka ouvrir un médium care, Yaka fermer certaines activités et déplacer les infirmières pour aller aux soins intensifs, Yaka permettre à d'autres métiers de faire nos actes, Yaka.... Continuons à presser notre profession ou du moins ce qu'il en reste, nous allons dans la bonne direction, car : "un milliard d'euros ont été injectés dans le système..." Il est évident que ceci contribue à la paix sociale, car depuis cette injection il n'y a jamais eu autant de mouvements de grève, de mécontentements et de lits fermés. Oserions-nous poser la question du pourquoi ? Les bons acteurs sont-ils autour de la table des négociations ?...

Et l'obligation vaccinale...nous en avons notre dose

Une autre leçon pourrait porter sur le fait qu'il ne faut pas être grand clerc de notaire pour se rendre compte qu'un des piliers pour sortir de cette pandémie est la vaccination pour tous. Nous, directions de département infirmier, avons soutenu ce principe. Mais nous ne comprenons plus quand l'obligation se traduit par des sanctions disproportionnées pour les soignants non-vaccinés.

Que diable, ces mêmes soignants non vaccinés qui, s'ils sont covid positif asymptomatiques, peuvent prendre en charge des patients COVID jusqu'au 31décembre. Et que fait-on à minuit une ? Un frottis ? Et que fait-on le 31mars 2022 ? Mais attention, une fois encore ne vous méprenez pas, le patient n'est pas uniquement pris en charge par des soignants définis comme tels aux yeux de la loi et sanctionnables.

Alors que fait-on de l'obligation de vaccination des assistants logistiques, des brancardiers ou bien même encore des étudiants qui ne rentrent pas dans cet avant-projet ? Oups, une incohérence de plus, mais peut-être faut-il regarder du côté des entités fédérées où l'on ne sait à quel ministre s'adresser. L'enseignement, la santé ou encore la médecine préventive ?

Au final les structures de soin n'ont qu'à gérer. Le système étant déjà complexe, autant ajouter une couche à la gestion de cette pandémie et des mouvements de grève mêlant des revendications en tous sens afin de s'assurer d'une adhésion minimale et de rendre le débat encore plus incompréhensible pour la population. Vous comme nous, quand nous commandons une lasagne au restaurant, si l'on peut en apprécier la qualité des aliments mis couche par couche isolément, nous nous attendons à ce que les différentes couches mangées ensemble renvoie l'harmonie d'un plat excellent. Ici, l'aigreur à chaque bouchée est au rendez-vous.

Des leçons à tirer, il y en a encore beaucoup, des éléments/des recommandations sur lesquels il faut agir, le monde politique les connaît, mais il est plus simple de réaliser encore l'une ou l'autre étude pour objectiver le débat, car il n'y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Alors que le monde politique arrête de témoigner une empathie à distance pour mieux montrer un mépris à la moindre décision. Aujourd'hui, la profession en a ras le bol et attend des actes, du soutien et de la reconnaissance.

"Ils vont finir par craquer" ... Et bien ça y est, les soignants craquent !

Chaque jour, en tant que direction infirmière, nous comptons les demandes de congé, les certificats de nos soignants, nous partons à la quête de miracles pour encourager notre personnel à en faire encore plus avec moins, nous affrontons les colères des infirmiers qui ne comprennent pas qu'on accepte cela, nous faisons maigre barrage face à l'agressivité des proches qui ne peuvent plus être auprès des leurs, nous justifions chaque jour notre impossibilité de faire mieux malgré les demandes pressantes de maintenir l'activité parce qu'il faut sauver encore et toujours. ....

Qu'attendez-vous ? Que le système s'arrête ? Nous vous rassurons, il est déjà aux soins intensifs, car les urgences sont débordées, les unités sont fermées et il n'y a presque plus de professionnels de santé pour s'en occuper.

"Agir sans savoir est une imprudence. Savoir sans agir est une lâcheté." Dominique Pire

Il ne nous reste que la colère et le cynisme pour nous faire entendre : nous, Direction infirmière de nos hôpitaux, disons STOP. Et nous espérons que cette fois-ci, vous nous écouterez vraiment. Nous vous demandons et rappelons de:

  1. Lire les recommandations jusqu'au bout et les suivre...
  2. A court terme, compenser la pénibilité et augmenter les mesures de soutien afin de mieux répartir la charge de travail. (cf. Mesures d'urgence - 10/20)
  3. Une représentation réelle et équilibrée de la profession infirmière dans les organes qui la concernent.
  4. Des normes d'encadrement de qualité pour des soins de qualité dans tous les secteurs des soins infirmiers.
  5. Une différenciation des fonctions équitable, correctement financée en regard des responsabilités et de l'employabilité de chacun.
  6. La reconnaissance de la profession infirmière comme métier pénible.
  7. Une prise en compte urgente de la détresse émotionnelle des soignants et des managers.
  8. Des moyens de formation (y compris la formation continue) adéquate et de qualité, avec des objectifs précis à court et à moyen terme.
  9. Des moyens (temps, matériel, salaire, valorisation) pour une pratique de qualité et une qualité de vie au travail, valorisant également les quatre années d'études (niveau master) et spécialisations.
  10. Un meilleur financement notamment, des soins infirmiers à domicile, de la recherche, la formation, l'éducation des patients, la coordination, et les activités de promotion de la santé.

Nous restons à votre disposition pour vous expliquer chacune de ces mesures mais elles restent les mêmes depuis de trop nombreuses années.

Olivier Gendebien Président de l'ACN

Dominique Putzeys Président du bureau des directions de département infirmier ACN/FNIB

Adrien Dufour Président de la FNIB

S'il y avait des leçons à tirer des différents codeco et/ou autres organes d'apparence décisionnaires depuis le début de la pandémie, nous pourrions citer en premier l'absence d'apprentissage du monde politique des différentes vagues. Et ce malgré des messages clairs étayés scientifiquement et répétés malheureusement de trop nombreuses fois : "Les hôpitaux sont en crise, le nombre de patients aux soins intensifs atteint la limite supérieure, les soignants vont craquer, il faut prendre soin d'eux..." De tout cela, qu'en avez-vous fait ? En effet, nous sommes passés d'un modèle directif digne d'une gestion de crise enseignée en médecine de catastrophe à une anarchie décisionnaire où chaque représentant politique au lendemain du sacrosaint codeco, nouveau haut lieu belge du compromis mou, en réfute les décisions. Ne parlons pas non plus de l'absence régulière de suivi des entités fédérées sous peine de contrarier les électeurs potentiels. Le tout engendrant une perte d'adhésion de la population et une incompréhension voire une révolte chez les soignants. Pire, vous avez réussi à rendre ceux qui se battent au quotidien complètement amorphes. Vous aviez pourtant promis de prendre soin d'eux à votre tour. Et sans trainer...c'était début de l'été 2020. Il y a plus de 522 jours...La deuxième leçon se définirait comme l'absence consciente de responsabilités dans le sacrifice du système de santé et de ses acteurs face aux enjeux économiques.... Rappelant que l'essentiel est de maintenir les marchés de Noël en renvoyant au diable la santé de tous et balayant les fondements éthiques de notre profession. Mais puisqu'il est d'usage, estimons-nous heureux, le métier d'infirmier est rare puisqu'il est en pénurie. Et au final, les conditions nous les supportons déjà depuis des années, alors un peu plus...ce n'est pas bien grave puisque nous l'avons choisi ! Il faut sauver les soins de santé et les soignants...ah oui, vraiment ? La troisième leçon se situe dans l'estime portée à notre profession où des promesses de pain et de jeux réalisées au pied du mur lors de la première vague, il ne nous reste que du désespoir et des larmes. Ce désespoir que témoignent nos soignants à bout, en manque de reconnaissance, en manque de soutien, en manque d'un simple geste d'un monde politique se jouant de l'essentialité à la simple utilité en regard d'une situation complètement hors de contrôle. Ces larmes qui symbolisent l'abnégation de nos professionnels qui chaque jour depuis mars 2020 répondent présents. Enfin, de moins en moins, et cela mettant en péril la continuité de notre système de santé. Mais au final, rien ne va mal puisque la vaccination e.a. pourrait être réalisée par un quidam. Ceci ne reflétant que la troisième tentative en moins de deux ans de ne pas respecter notre art et de le conférer à tout un chacun sous le prétexte d'une loi d'urgence qui nous devons bien l'avouer fait mal à notre démocratie. Et des larmes encore, car au final, rien de plus normal comme nous l'avons entendu : "quand il fait noir, il fait noir pour tout le monde" dixit un ministre quand nous lui avons présenté des résultats sur la détresse émotionnelle de nos soignants. Quel mauvais ministre ! mais rassurons-nous, nous sommes 18 mois plus tard et rien n'a avancé. Enfin presque rien, car le nombre de départ de la profession et le taux d'intention de la quitter eux ont bien progressé. Bien triste réalité. Alors oui, aujourd'hui, nous ne percevons que des marques de mépris pour notre profession : des Yaka en nombre : Yaka ouvrir un médium care, Yaka fermer certaines activités et déplacer les infirmières pour aller aux soins intensifs, Yaka permettre à d'autres métiers de faire nos actes, Yaka.... Continuons à presser notre profession ou du moins ce qu'il en reste, nous allons dans la bonne direction, car : "un milliard d'euros ont été injectés dans le système..." Il est évident que ceci contribue à la paix sociale, car depuis cette injection il n'y a jamais eu autant de mouvements de grève, de mécontentements et de lits fermés. Oserions-nous poser la question du pourquoi ? Les bons acteurs sont-ils autour de la table des négociations ?... Une autre leçon pourrait porter sur le fait qu'il ne faut pas être grand clerc de notaire pour se rendre compte qu'un des piliers pour sortir de cette pandémie est la vaccination pour tous. Nous, directions de département infirmier, avons soutenu ce principe. Mais nous ne comprenons plus quand l'obligation se traduit par des sanctions disproportionnées pour les soignants non-vaccinés. Que diable, ces mêmes soignants non vaccinés qui, s'ils sont covid positif asymptomatiques, peuvent prendre en charge des patients COVID jusqu'au 31décembre. Et que fait-on à minuit une ? Un frottis ? Et que fait-on le 31mars 2022 ? Mais attention, une fois encore ne vous méprenez pas, le patient n'est pas uniquement pris en charge par des soignants définis comme tels aux yeux de la loi et sanctionnables. Alors que fait-on de l'obligation de vaccination des assistants logistiques, des brancardiers ou bien même encore des étudiants qui ne rentrent pas dans cet avant-projet ? Oups, une incohérence de plus, mais peut-être faut-il regarder du côté des entités fédérées où l'on ne sait à quel ministre s'adresser. L'enseignement, la santé ou encore la médecine préventive ? Au final les structures de soin n'ont qu'à gérer. Le système étant déjà complexe, autant ajouter une couche à la gestion de cette pandémie et des mouvements de grève mêlant des revendications en tous sens afin de s'assurer d'une adhésion minimale et de rendre le débat encore plus incompréhensible pour la population. Vous comme nous, quand nous commandons une lasagne au restaurant, si l'on peut en apprécier la qualité des aliments mis couche par couche isolément, nous nous attendons à ce que les différentes couches mangées ensemble renvoie l'harmonie d'un plat excellent. Ici, l'aigreur à chaque bouchée est au rendez-vous. Des leçons à tirer, il y en a encore beaucoup, des éléments/des recommandations sur lesquels il faut agir, le monde politique les connaît, mais il est plus simple de réaliser encore l'une ou l'autre étude pour objectiver le débat, car il n'y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Alors que le monde politique arrête de témoigner une empathie à distance pour mieux montrer un mépris à la moindre décision. Aujourd'hui, la profession en a ras le bol et attend des actes, du soutien et de la reconnaissance.Chaque jour, en tant que direction infirmière, nous comptons les demandes de congé, les certificats de nos soignants, nous partons à la quête de miracles pour encourager notre personnel à en faire encore plus avec moins, nous affrontons les colères des infirmiers qui ne comprennent pas qu'on accepte cela, nous faisons maigre barrage face à l'agressivité des proches qui ne peuvent plus être auprès des leurs, nous justifions chaque jour notre impossibilité de faire mieux malgré les demandes pressantes de maintenir l'activité parce qu'il faut sauver encore et toujours. .... Qu'attendez-vous ? Que le système s'arrête ? Nous vous rassurons, il est déjà aux soins intensifs, car les urgences sont débordées, les unités sont fermées et il n'y a presque plus de professionnels de santé pour s'en occuper. Il ne nous reste que la colère et le cynisme pour nous faire entendre : nous, Direction infirmière de nos hôpitaux, disons STOP. Et nous espérons que cette fois-ci, vous nous écouterez vraiment. Nous vous demandons et rappelons de:Nous restons à votre disposition pour vous expliquer chacune de ces mesures mais elles restent les mêmes depuis de trop nombreuses années.Olivier Gendebien Président de l'ACN Dominique Putzeys Président du bureau des directions de département infirmier ACN/FNIB Adrien Dufour Président de la FNIB