Tout droit venue des États-Unis, la nymphoplastie, aussi appelée labiaplastie, n'est plus exclusivement pratiquée dans un but réparateur comme après un accouchement ou en cas de douleurs physiques par exemple. Ces pratiques chirurgicales constituent un épiphénomène en constante augmentation dans nos contrées. Des femmes de plus en plus jeunes, voire des adolescentes, y ont recours sans forcément en mesurer les conséquences.
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Tout droit venue des États-Unis, la nymphoplastie, aussi appelée labiaplastie, n'est plus exclusivement pratiquée dans un but réparateur comme après un accouchement ou en cas de douleurs physiques par exemple. Ces pratiques chirurgicales constituent un épiphénomène en constante augmentation dans nos contrées. Des femmes de plus en plus jeunes, voire des adolescentes, y ont recours sans forcément en mesurer les conséquences.Selon l'INAMI (Institut National de l'Assurance Maladie Invalidité), le nombre de réductions des petites lèvres du sexe a augmenté de 70% en 7 ans en Belgique. En 2014, 321 nymphoplasties ont été réalisées dans un but réparateur et ont donc été remboursées. Cela ne représente que la partie émergée de l'iceberg, car les cliniques privées belges, pratiquant ce type d'opération à visée purement esthétique, sont loin d'être transparentes sur leurs statistiques.Le Dr Benadiba, spécialiste de ce genre de chirurgie à Paris, a vu naître et se développer cette tendance : "En dix ans, avec la médiatisation, je suis passé d'un cas tous les 3 ou 4 mois à un par semaine". Une augmentation significative qui pose question sur l'influence que peut avoir la société actuelle sur les jeunes femmes.L'épilation intégrale, à la mode ces dernières années, semble être l'un des facteurs poussant les adolescentes à avoir un regard plus que critique sur leur propre sexe. "L'épilation intégrale accroît la visibilité des lèvres et peut donc encourager des femmes à recourir à la chirurgie" observe Serge Dehouwer, psychologue et sexologue belge. Mais il n'y a pas que ça, la mode des vêtements moulants ou transparents accentue encore les complexes développés par certaines femmes.Sans parler de la pornographie. "Le porno n'est pas responsable de tous les maux, mais le porno traditionnel et dominant a tendance à montrer des anatomies féminines totalement lisses qui ne correspondent pas à la réalité. Si c'est tout ce que l'on voit d'une anatomie féminine, on peut effectivement se dire qu'il y a quelque chose qui cloche chez soi" note Clarence Edgard-Rosa, journaliste et blogueuse française spécialiste des questions liées aux femmes et à la sexualité. Une hypothèse confirmée par Serge Dehouwer : "Les personnes qui font du porno ne sont pas choisies pour leurs talents d'acteur, mais pour leur corps ; on est dans quelque chose de totalement factice, il faut le garder à l'esprit". Ainsi, les images pornographiques, de plus en plus faciles d'accès pour les jeunes, renvoient une image idéalisée du sexe féminin, tant pour les hommes que pour les femmes qui développent des complexes au point de vouloir passer sur le billard.Une autre réalité mise en avant par l'anthropologue et sexologue de l'université de Liège, Chris Paulis, est le modèle nord occidental auquel la majeure partie des femmes souhaite se conformer. "Il y a une emprise d'un modèle nord-occidental qui se base de plus en plus sur la Barbie, un modèle complètement artificiel. Le dessin du "non-sexe" de la Barbie, complètement plat, est un modèle vers lequel tend la majorité des nymphoplasties. Cela fait partie aussi du "jeunisme" : on demande aux gens d'avoir un aspect "jeune" le plus longtemps possible parce qu'on associe la jeunesse à la productivité. Cela déteint sur tout le corps, y compris l'intime" explique-t-elle.La chirurgie n'est pas un jeu, mais, malheureusement, la plupart des patients ayant recours à ce type de chirurgie en ignorent les risques. Pour le Dr Benadiba, l'explication est simple : "Quand une patiente vient me voir, elle a déjà eu son cheminement psychologique. Après avoir eu une discussion avec moi, 90 % des femmes vont donner suite". Une théorie confirmée par Marie (prénom d'emprunt) qui a été opérée à l'âge de 17 ans : "On avait beau me montrer n'importe quelle image avec des femmes telles qu'elles sont réellement, je trouvais ça dégoûtant et j'avais décidé de ne pas avoir ça sur mon corps". Après avoir tenté de la dissuader, la mère de l'adolescente a cédé et a rempli les documents autorisant sa fille, mineure à l'époque, à en finir avec son complexe de manière radicale."Les suites opératoires sont longues, il faut compter trois semaines à un mois de cicatrisation. Dans 10 % des cas, cela peut être très douloureux. La complication majeure, c'est surtout si les fils cassent trop tôt, dans ce cas-là, il faut attendre 2 à 3 mois pour pouvoir réparer" explique le chirurgien français. Dans le pire des cas, une telle opération peut détruire totalement une vie sexuelle. En effet, des cicatrices mal placées ou une opération mal pratiquée peuvent mener à un manque de sensibilité de cette zone pleine de nerfs, cela peut donc provoquer une perte irrémédiable du plaisir pour la femme.Malheureusement, de nombreux médecins peu scrupuleux omettent d'aborder les risques et les conséquences que peut avoir une telle opération. Certains professionnels vont jusqu'à ignorer délibérément les signes de dysmorphophobie chez leurs patientes ; un trouble psychologique sérieux se traduisant par une obsession des imperfections corporelles, réelles ou non. Ce n'est donc pas d'un chirurgien dont ces jeunes femmes ont besoin, mais plutôt d'un psychologue compétent qui les aidera à mieux s'accepter.Si certains chirurgiens évitent d'aborder les risques et les conseils post-opératoires durant le premier rendez-vous, c'est pour ne pas dissuader leurs potentielles patientes. En effet, pour cette opération qui ne prend pas plus de quelques dizaines de minutes à réaliser, certains professionnels n'hésitent pas à demander plusieurs milliers d'euros.De plus, les critères établissant la frontière entre la chirurgie esthétique et la chirurgie réparatrice sont totalement flous pour ce genre d'opération. "Dans certains articles, ils parlent de 3 ou 4 cm, mais mon travail, ce n'est pas de dire : trois centimètres j'opère, un centimètre je ne fais rien... J'essaie de voir avec ma patiente quelle est vraiment la gêne" précise le Dr Benadiba. Cette absence de critères laisse la possibilité aux praticiens de facturer une opération de chirurgie esthétique sous les codes d'une opération à but réparateur, ce qui permettra le remboursement d'une partie ou de la totalité de l'intervention. S'ils font cela, ce n'est pas par compassion, mais plutôt pour convaincre même les plus petites bourses que c'est, tout compte fait, abordable pour elles aussi.Quoi qu'il en soit, cet épiphénomène prend de plus en plus d'importance et semble très représentatif des pressions quotidiennes pesant les jeunes femmes en Belgique. Le sexe, partie la plus intime du corps, ne fait plus partie du domaine privé, mais est bel et bien tombé dans la sphère publique.Par Axelle Verstraeten (en collaboration avec Alexia Durieu, Aline Jacobs et Tiffany Sales)