Els Huybregts (VUB) est médecin ; il y a trente ans, alors qu'elle venait de terminer ses études de médecine, on lui a diagnostiqué une sclérose en plaques. Elle savait mieux que personne qu'il n'y avait rien à faire contre cette maladie neurologique et qu'il lui restait à affronter un avenir incertain ponctué d'épisodes de paralysie progressive. " Pour une jeune fille de 25 ans, c'est une pilule difficile à avaler, raconte-t-elle. Vous voulez vivre, pas mourir. " Le Dr Huybregts comprend bien pourquoi certaines personnes cherchent refuge dans des médecines alternatives. " Vous voulez faire quelque chose, vous devez faire quelque chose, et dans votre entourage, la pression sociale pour que vous fassiez quelque chose est aussi particulièrement forte. Les amis et connaissances vous proposent des thérapies alternatives ou des régimes qui vont certainement vous guérir. On vous raconte des histoires de patients dont l'état de santé s'est amélioré et vous av...

Els Huybregts (VUB) est médecin ; il y a trente ans, alors qu'elle venait de terminer ses études de médecine, on lui a diagnostiqué une sclérose en plaques. Elle savait mieux que personne qu'il n'y avait rien à faire contre cette maladie neurologique et qu'il lui restait à affronter un avenir incertain ponctué d'épisodes de paralysie progressive. " Pour une jeune fille de 25 ans, c'est une pilule difficile à avaler, raconte-t-elle. Vous voulez vivre, pas mourir. " Le Dr Huybregts comprend bien pourquoi certaines personnes cherchent refuge dans des médecines alternatives. " Vous voulez faire quelque chose, vous devez faire quelque chose, et dans votre entourage, la pression sociale pour que vous fassiez quelque chose est aussi particulièrement forte. Les amis et connaissances vous proposent des thérapies alternatives ou des régimes qui vont certainement vous guérir. On vous raconte des histoires de patients dont l'état de santé s'est amélioré et vous avez besoin d'y croire. " Et son état s'est stabilisé... car il s'est finalement avéré qu'elle n'avait pas la sclérose en plaques mais une autre forme sérieuse d'inflammation cérébrale. Mais cette expérience l'a motivée à rédiger une thèse sur l'usage des thérapies alternatives par des patients souffrant de sclérose en plaques, avec la collaboration de son promoteur, le Pr Willem Betz (SKEPP, organisation qui démonte les sciences inexactes : http : //skepp.be/fr). " La littérature montre que de nombreux patients chroniques cherchent le salut dans des thérapies alternatives. Quand les médecins ne savent plus à quel saint se vouer, les patients ont tendance à prendre leur santé en mains eux-mêmes. " Le plus souvent, ils cherchent une approche holistique, sans danger et sans effets secondaires, en complément du traitement classique, sans laisser tomber ce dernier. Raison pour laquelle on préfère parler dans la littérature de " complementary alternative medicine " ou CAM, soit les thérapies qui ne donnent pas davantage de résultats qu'un placebo. Les patients atteints de sclérose en plaques sont particulièrement attirés par les thérapies alternatives, ce qui peut se comprendre quand on sait que la maladie évolue dans environ trois quarts des cas par cycles : avec des poussées et des rémissions, et donc des phases où l'on se sent mieux. " Celui qui a adopté un traitement alternatif impute l'amélioration à la thérapie et reprend espoir, constate Els Huybregts. Mais l'espoir est absolument nécessaire pour pouvoir survivre avec une maladie incurable ", poursuit-elle avec conviction. Sur la couverture de sa thèse figure une citation du chanteur américain Alan Osmond, atteint lui aussi de la sclérose en plaques : " It's not the disease you die from, it's the lack of hope. " " C'est précisément là que réside la force des thérapies alternatives : elles promettent toutes une amélioration, elles vendent de l'espoir. " Et pour son étude, elle a interviewé 100 patients (58 femmes, 42 hommes) à la clinique de Melsbroek, sur leur recours aux thérapies alternatives. Ils souffraient tous d'une forme sérieuse de la sclérose en plaques depuis une vingtaine d'années. Un peu moins de la moitié (45%) ont essayé au moins une méthode alternative ; un nombre non négligeable (15%) deux ou plus. La majorité d'entre eux l'ont débutée dans les cinq années qui ont suivi le diagnostic. Les thérapies les plus utilisées étaient l'homéopathie, l'acupuncture, les compléments alimentaires, un régime et des guérisseurs paranormaux. D'autres ont essayé le lait de jument, la macrobiotique... L'approche la plus saugrenue est sans conteste l'apithérapie (les patients utilisent le venin d'abeille pour traiter leur maladie). Aucune thérapie alternative n'a apporté d'amélioration à terme. " La plupart des personnes interrogées en étaient très déçues. Certaines ont dépensé beaucoup d'argent parce qu'on leur avait promis une stabilisation de la maladie ; elles se sont senties flouées. " Après 20 ans en moyenne de vécu avec la sclérose en plaques, la plupart des patients étaient plus satisfaits de la médecine classique que des thérapies alternatives. Sous prétexte que " cela ne peut pas faire de mal ", les patients essaient des traitements alternatifs. " Si vous voulez essayer une méthode alternative, vous avez intérêt à choisir un thérapeute bon marché. Parlez aussi de vos intentions avec votre médecin traitant. " Elle émet cependant quelques recommandations alimentaires : beaucoup de fruits et légumes, peu de sucres raffinés, peu de graisses saturées et de sel... de petites choses à faire, qui vous feront vraiment vous sentir mieux. Elle formule aussi un conseil pour les médecins : " Prenez le temps de parler avec votre patient. Si l'on peut apprendre quelque chose des thérapeutes alternatifs, c'est cela : prenez le temps. " MARLEEN FINOULST