En 2018, un patient du Koweït est transféré en Belgique pour un traitement chirurgical après une intervention compliquée. Peu après son arrivée et son admission à l'hôpital, le patient a développé le candida auris à cause de son cathéter. Les médecins ont alors rapidement retiré le cathéter et ont procédé au traitement du patient. Et pourtant, 18 mois après l'infection, les chercheurs ont noté une résistance de la superbactérie à l'échinocandine, classe de médicaments antifongiques.
...

En 2018, un patient du Koweït est transféré en Belgique pour un traitement chirurgical après une intervention compliquée. Peu après son arrivée et son admission à l'hôpital, le patient a développé le candida auris à cause de son cathéter. Les médecins ont alors rapidement retiré le cathéter et ont procédé au traitement du patient. Et pourtant, 18 mois après l'infection, les chercheurs ont noté une résistance de la superbactérie à l'échinocandine, classe de médicaments antifongiques.Ce germe a la particularité de s'attaquer aux personnes dont le système immunitaire est particulièrement affaibli. Chez certains patients, le champignon pénètre dans le sang et se répand dans tout le corps, provoquant de graves infections invasives, telles que "la candidose invasive", qui se manifeste alors par des lésions cutanées, une fongémie et parfois une infection des organes. C. Auris est un champignon si tenace qu'il résiste aux principaux médicaments antifongiques, ce qui en fait l'une des menaces pour la santé les plus insurmontables au monde.Certains médecins ont même affirmé qu'après le décès d'un patient atteint par cette infection, C. auris lui ne disparaissait pas tout de suite. En Égypte notamment, des tests effectués dans la chambre d'un patient décédé après 90 jours de lutte ont prouvé la résistance du germe. L'hôpital a dû faire appel à des équipes de nettoyage spécialisées pour éliminer la super-bactérie. Il a même été jusqu'à arracher une partie du carrelage pour l'éradiquer complètement. "Tout était positif : les murs, le lit, les portes, les rideaux, les téléphones, l'évier, le tableau blanc, les poteaux, la pompe", a déclaré le Dr Scott Lorin, président de l'hôpital. "Le matelas, les barrières de lit, les stores, le plafond, tout dans la chambre était positif. "Le C. auris, cette bactérie mystérieuse, se propage à travers le monde, forçant les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) à l'ajouter à une liste de germes considérés comme "menaces urgentes". Ainsi, au cours des cinq dernières années, candida auris a frappé une unité néonatale Vénézuélienne, a balayé un hôpital en Espagne, a contraint plusieurs centres médicaux britanniques à fermer leur unité de soins intensifs, a pris racine en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud et a été découvert plus récemment à New York et en Belgique."Plus de 90% des infections à candida auris sont résistantes à au moins un médicament et 30% le sont à deux ou plusieurs médicaments", a déclaré le CDC. Près de la moitié des patients qui contractent C. auris décèdent dans les 90 jours, ajoutent les experts, sans toutefois pouvoir préciser l'origine de cette super-bactérie. "C'est une créature du lagon noir", a déclaré le Dr Tom Chiller, responsable de la branche fongique du CDC, qui dirige un effort de recherche mondiale visant à trouver des traitements et à enrayer la propagation. " Le germe s'est étendu et maintenant il est partout. "Des experts en santé publique ne cessent de lancer des avertissements quant à la surconsommation mondiale d'antibiotiques, qui réduirait l'efficacité des médicaments antibactériens. Selon eux, l'explosion récente du nombre de champignons résistants ajoute une nouvelle dimension à ce phénomène : les champignons, tout comme les bactéries, développent des défenses pour survivre aux médicaments modernes. "C'est un énorme problème", a déclaré Matthew Fisher, professeur d'épidémiologie fongique à l'Imperial College London. "Nous dépendons des antifongiques pour pouvoir traiter ces patients."Les scientifiques précisent qu'à moins de créer de nouveaux médicaments plus efficaces et de réduire la consommation inutile d'antimicrobiens, les risques ne se limiteront plus aux personnes à faibles défenses immunitaires, comme les nouveau-nés et les personnes âgées, les fumeurs, les diabétiques et les personnes atteintes de troubles auto-immuns, mais toucheront aussi des populations en meilleure santé.Une étude réalisée en mai 2016 tirait déjà la sonnette d'alarme : "Près de 50 000 vies sont perdues chaque année en raison d'infections résistantes aux antibiotiques en Europe et aux États-Unis seulement. À l'échelle mondiale, au moins 700 000 personnes meurent chaque année de pharmacorésistance.". Le rapport estime que d'ici 2050, 10 millions de personnes dans le monde pourraient mourir de toutes ces infections résistantes.