"J'aimerais tellement pouvoir aller sur les attractions avec mes amis quand on va dans des parcs d'attractions ", confie Lamia, 13 ans, qui se sent malade dans les montagnes russes. " Plusieurs phénomènes exploités par les concepteurs de ces attractions fortes sont à l'origine de l'inconfort, explique le Dr Christian Van Nechel, neurologue et neuro-ophtalmologue à la Clinique des Vertiges à Bruxelles, au CHU Brugmann et à l'Hôpital Erasme (ULB). Tout d'abord, il y a les attractions qui nous soumettent à des accélérations inhabituelles pour le corps humain, qui n'est pas fait pour les analyser et donc s'y adapter. Souvent, ces accélérations se produisent en chute libre, qui est une situation que le cerveau peut interpréter comme un danger, vu qu'il est 'pré-programmé' pour cela. "
...

"J'aimerais tellement pouvoir aller sur les attractions avec mes amis quand on va dans des parcs d'attractions ", confie Lamia, 13 ans, qui se sent malade dans les montagnes russes. " Plusieurs phénomènes exploités par les concepteurs de ces attractions fortes sont à l'origine de l'inconfort, explique le Dr Christian Van Nechel, neurologue et neuro-ophtalmologue à la Clinique des Vertiges à Bruxelles, au CHU Brugmann et à l'Hôpital Erasme (ULB). Tout d'abord, il y a les attractions qui nous soumettent à des accélérations inhabituelles pour le corps humain, qui n'est pas fait pour les analyser et donc s'y adapter. Souvent, ces accélérations se produisent en chute libre, qui est une situation que le cerveau peut interpréter comme un danger, vu qu'il est 'pré-programmé' pour cela. " Un autre phénomène exploité est la discordance entre les informations qui arrivent au cerveau. " Les mouvements de notre tête sont principalement mesurés par les capteurs vestibulaires de l'oreille interne et la vision. Les premiers détectent les accélérations subies par notre tête et sa position par rapport à l'axe vertical de la gravité terrestre ; la vision utilise pour sa part le déplacement de l'image de l'environnement sur la rétine pour estimer notre mouvement. Un malaise survient lorsque ces informations sont discordantes. C'est le cas si nous sommes dans une nacelle qui bouge avec nous : le déplacement de l'image vue sera moindre que celui qui est détecté par nos oreilles internes. Un malaise se fait alors ressentir car notre cerveau ne peut en déduire une connaissance fiable de nos mouvements, essentielle pour ne pas chuter. Il s'agit d'un réflexe déjà vital dans le monde animal pour la fuite ou la prédation ; cet aspect primitif et largement inconscient de ce sens de l'orientation explique l'anxiété qu'induit son incertitude. " Une attraction qui exploite totalement cet effet est cette salle où les murs bougent de haut en bas, alors que les sièges restent immobiles : l'oeil perçoit un mouvement alors que l'oreille interne ne ressent rien... L'inverse a le même effet, lorsque l'oeil ne perçoit pas le mouvement ressenti par l'oreille interne : c'est le cas par exemple des centrifugeuses où l'oreille interne sent que l'on tourne, mais l'oeil ne perçoit aucun mouvement. Certaines personnes en ressortent... lessivées ! Plus vicieux encore, les attractions qui jouent avec l'effet Coriolis : ici le malaise est causé par un déplacement latéral, vertical ou oblique s'ajoutant à une rotation. Pensez par exemple à ces attractions où les nacelles tournent sur elles-mêmes, puis, comme elles sont placées sur une plateforme qui se relève, passent d'un plan horizontal à un plan vertical. " 7 personnes sur 10 éprouveront un inconfort, plus ou moins important, car à la sensation de rotation s'ajoute un déplacement dans un des plans, et le cerveau n'est pas capable de traiter correctement toutes ces informations. En effet, dans l'oreille interne, nous disposons de trois canaux semi-circulaires qui donnent au cerveau des informations sur les rotations dans les 3 plans de l'espace (voir schéma, ndlr), ainsi que des organes otolithiques sensibles aux déplacements linéaires. Ces capteurs ne permettent pas une représentation correcte de ces mouvements complexes, causant le malaise ", enchaîne le Dr Van Nechel. Pas besoin d'être secoué dans tous les sens pour se sentir mal : les films en 3D peuvent aussi provoquer des discordances sensorielles. Assis dans un fauteuil, les cellules de notre oreille interne envoient donc le signal que rien ne bouge. Or, nos yeux nous font voyager dans l'espace par la 3D, causant une discordance entre les deux perceptions. " Le malaise peut être encore plus marqué lorsque l'on regarde dans un casque de réalité virtuelle. Ici, le problème est que l'image bouge de haut en bas et de gauche à droite avec le mouvement de la tête, mais ce n'est pas le cas en profondeur ! Les yeux voient un mouvement vers l'avant qui n'est pas capté par l'oreille interne. Et même si le mouvement est ressenti vers le haut et le bas ou la gauche et la droite, il existe un décalage de quelques millisecondes entre le mouvement de la tête et l'image perçue, ce qui est trop pour le cerveau qui ne peut pas la gérer. " La différence d'amplitude de mouvement peut aussi causer un inconfort lorsque l'on est dans une attraction en 4D : le mouvement donné dans l'image est plus ample, ou moins ample, que celui fourni par le siège... Et on se sent mal... Mais pourquoi certaines personnes ne ressentent pas ces inconforts, alors qu'ils sont totalement insupportables pour d'autres ? " Certaines personnes éprouvent une hypersensibilité sensorielle, en particulier les migraineux chez qui certaines crises se produisent après une stimulation (visuelle, auditive, ou de mouvement...) trop forte. Ensuite, certains sont plus habitués que d'autres, puisqu'ils vont davantage sur ces attractions. Enfin, l'anxiété de se sentir mal ou de l'attraction elle-même favorise le malaise : si l'on a déjà ressenti des nausées ou été malade après une attraction forte, il est à parier que l'on se sentira anxieux avant d'en faire une autre... et donc plus vite malade ! " Mais il reste une frange de la population sujette à ce que le Dr Van Nechel appelle une hypervestibulie : ces personnes ne sont pas migraineuses, ni anxieuses, mais hypersensibles à ces sensations, tout simplement. Et le lien avec le mal des transports peut être retrouvé ici, car une bonne partie des personnes qui en souffrent supportent mal les attractions fortes... Alors peut-on " guérir " de ce mal des attractions fortes ? " Malheureusement non. Certains recommandent de prendre les traitements habituellement donnés contre le mal des transports et qui réduisent l'information de l'oreille interne, mais l'efficacité semble limitée. On peut aussi recommander de fermer les yeux lorsqu'il y a un conflit sensoriel : on élimine une source d'informations contradictoires, mais ce ne sera pas efficace dans toutes les situations. S'habituer à faire plus souvent ces attractions pour aider le cerveau à s'habituer à ces sensations est aussi une piste... " On peut aussi fixer un objet stable (regarder sa main posée sur son genou) dans les attractions qui jouent sur la discordance en faisant bouger l'environnement alors que le siège est immobile, essayer d'anticiper les mouvements du manège, se placer à l'avant d'un train pour éviter l'impression visuelle d'immobilité, favoriser les attractions fortes dans le noir... Bref, peut-être faut-il trouver le type d'attractions qui ne nous rend pas malade, tout simplement ? Par Carine Maillard