Certains entendent un "biiip" aigu, d'autres une sorte de vrombissement sourd. Permanents ou passagers, tantôt très clairs, tantôt presque inaudibles, les acouphènes ou bourdonnements d'oreilles peuvent prendre une foule de formes différentes, et ils sont extrêmement fréquents. "20% des adultes souffrent d'une forme chronique, dans laquelle le bruit caractéristique est présent au quotidien à raison d'au moins cinq minutes par jour. Si les symptômes sont généralement peu gênants, chez 3 à 5% des patients, ils ont tout de même un impact bien réel sur le fonctionnement journalier", explique Annick Gilles, chef du service d'audiologie et coordinatrice de la clinique des acouphènes TinTRA (Tinnitus Treatment and Research Center Antwerpen) des hôpitaux universitaires d'Anvers.
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Certains entendent un "biiip" aigu, d'autres une sorte de vrombissement sourd. Permanents ou passagers, tantôt très clairs, tantôt presque inaudibles, les acouphènes ou bourdonnements d'oreilles peuvent prendre une foule de formes différentes, et ils sont extrêmement fréquents. "20% des adultes souffrent d'une forme chronique, dans laquelle le bruit caractéristique est présent au quotidien à raison d'au moins cinq minutes par jour. Si les symptômes sont généralement peu gênants, chez 3 à 5% des patients, ils ont tout de même un impact bien réel sur le fonctionnement journalier", explique Annick Gilles, chef du service d'audiologie et coordinatrice de la clinique des acouphènes TinTRA (Tinnitus Treatment and Research Center Antwerpen) des hôpitaux universitaires d'Anvers. "On entend par acouphènes des sons que le patient perçoit dans une oreille ou dans les deux, mais qui ne sont pas provoqués par une source externe. Il en existe deux types: les acouphènes dits objectifs qui correspondent à des bruits réels de l'organisme, comme les battements du coeur ou la déglutition, et les acouphènes subjectifs, qui représentent environ 95% des cas, qui sont générés par le cerveau et audibles uniquement pour le patient." "Les acouphènes sont généralement associés à une perte auditive due au déclin naturel de l'ouïe avec l'âge. Néanmoins, le problème peut aussi toucher des sujets plus jeunes, chez qui les dommages auditifs résultent souvent de l'exposition à un volume sonore excessif - lors de festivals et de concerts, mais aussi tout simplement lorsqu'ils utilisent des écouteurs." Les acouphènes sont une sorte de mécanisme de compensation: lorsque nous ne sommes plus capables d'entendre certains sons, le cerveau cherche à combler ce manque en générant lui-même un bruit. "Les dommages auditifs sont de loin les premiers coupables mais pas les seuls, nuance la spécialiste. Les acouphènes peuvent aussi découler de problèmes au niveau du cou ou des mâchoires ou être provoqués ou aggravés par des troubles psychiatriques (trouble anxieux, dépression...). C'est pour cette raison que notre équipe se compose non seulement d'ORL et d'audiologues, mais aussi de kinésithérapeutes, psychologues, psychiatres, dentistes et neurochirurgiens. Chaque patient fait l'objet d'un examen approfondi et se voit proposer un plan de traitement individuel adapté au profil spécifique de ses acouphènes." Lorsque les bourdonnements sont associés à une perte d'audition, le problème est parfois amélioré par le port d'un appareil auditif: comme il reçoit davantage de sons naturels, le cerveau est moins enclin à compenser. "Néanmoins, faire complètement disparaître les acouphènes est pratiquement impossible, souligne Annick Gilles. Ces sons sont en effet enregistrés dans notre mémoire ; le cerveau peut à tout moment les réactiver." Les personnes qui souffrent d'acouphènes se retrouvent souvent prises dans un cercle vicieux: le fait d'entendre un son et d'y prêter attention peut provoquer une nervosité, une agitation ou une frustration qui va mettre en marche les mécanismes de l'attention au niveau du cerveau, qui vont à leur tour entretenir ou renforcer le bruit. Le tout est donc d'accorder au problème le moins d'attention possible. Plus facile à dire qu'à faire! "C'est pourtant, la seule manière de sortir de ce cercle vicieux, souligne Annick Gilles. Notre prise en charge repose donc en grande partie sur un soutien psychologique. La thérapie d'habituation aux acouphènes (Tinnitus Retraining Therapy) vise à enseigner aux patients des techniques pour éviter de se focaliser sur le bruit qu'ils entendent." La neuromodulation électrique est une autre option: "Il s'agit d'une approche non invasive et parfaitement sûre. Après avoir déterminé quelles zones du cerveau sont hyperactives, nous plaçons sur la tête du patient des électrodes qui vont délivrer un léger courant électrique." Il importe toutefois de préciser que ce traitement n'est pas remboursé par la mutuelle et qu'il ne fonctionne malheureusement pas chez tout le monde. "Environ 40% des patients rapportent une amélioration notoire avec la neuromodulation électrique, ce qui est évidemment formidable, commente Annick Gilles. Malheureusement, cela signifie donc aussi qu'elle ne sert à rien dans plus de la moitié des cas." Une autre difficulté est que les acouphènes sont par définition une expérience subjective. "C'est le patient qui décrit la nature du son, son volume ou les circonstances dans lesquelles il se manifeste, et ce qui est supportable pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre. Nous n'avons aucun moyen objectif de mesurer les acouphènes mais si la personne nous dit que ses symptômes sont devenus moins gênants, nous pouvons dire que nous avons atteint notre objectif."