Depuis le début du xxie siècle, les émissions mondiales de CO2, issues principalement de la combustion de ressources fossiles, ont progressé de près de 55 % : de 24 milliards de tonnes en 2000, elles sont passées à 37,1 milliards de tonnes en 2018.
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Depuis le début du xxie siècle, les émissions mondiales de CO2, issues principalement de la combustion de ressources fossiles, ont progressé de près de 55 % : de 24 milliards de tonnes en 2000, elles sont passées à 37,1 milliards de tonnes en 2018. Afin d'inverser la tendance, capter efficacement le gaz honni pour le transformer en ressource devient une urgence à laquelle s'attellent de nombreuses équipes scientifiques. Des chercheurs japonais, issus des universités de Kyoto et de Tokyo, et chinois, de l'université de Jiangsu, ont ainsi développé une matière capable de retenir sélectivement des molécules de dioxyde de carbone présentes dans l'atmosphère et de les recycler. Ils en détaillent le processus dans la revue Nature Communications. Alors que la faible réactivité du CO2 rend sa capture et sa conversion complexes, " nous avons conçu avec succès un matériau poreux, doté d'une forte affinité avec le dioxyde de carbone. Il est à même de convertir, rapidement et efficacement, ce gaz à effet de serre en matière organique utile ", explique Ken-ichi Otake, chimiste au sein de l'Institut des sciences des matériaux cellulaires intégrés de l'université de Kyoto. Ce nouveau polymère de coordination poreux (PCP) agit comme un " tamis " distinguant les molécules selon leur taille et leur forme. Sa structure permet, d'après les experts, de s'emparer exclusivement des molécules de CO2 qui s'en approchent. Et ce, avec une efficacité dix fois supérieure à celle des PCP développés précédemment par d'autres équipes. Le matériau ainsi obtenu pourra servir à fabriquer du polyuréthane, un polymère organique utile à l'industrie textile, pour la production d'emballages ou encore dans le secteur de l'électroménager. Mais également pour créer des " carbonates cycliques, molécules intégrées aux produits pétrochimiques et pharmaceutiques ", affirme Susumu Kitagawa, chimiste des matériaux à l'université de Tokyo. Autre projet visant à inclure du CO2 dans une économie circulaire : en juin dernier, des chimistes de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne annonçaient, dans la revue Science, avoir développé un catalyseur de nouvelle génération, à base de fer, permettant de transformer le CO2 en monoxyde de carbone. S'il est connu du grand public comme le " tueur silencieux " des salles de bains mal ventilées, ce gaz est surtout une " brique " chimique fondamentale pour la production, notamment, de carburants synthétiques liquides ou gazeux, ainsi que de divers matériaux tels que des plastiques. Par Laetitia Theunis.