Météo extrême, sécheresse, pollution, obésité... Notre planète croule sous les défis. La canicule de cet été nous a rappelé, en plus, que l'eau est une ressource limitée. Partout dans le monde, les nappes phréatiques s'assèchent et l'eau douce se raréfie à une vitesse alarmante. La protéger et la préserver devient impératif. Un combat trop lourd pour nos épaules ? Pourtant, l'une des solutions se trouve à portée de main et, plus précisément, dans notre assiette.
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Météo extrême, sécheresse, pollution, obésité... Notre planète croule sous les défis. La canicule de cet été nous a rappelé, en plus, que l'eau est une ressource limitée. Partout dans le monde, les nappes phréatiques s'assèchent et l'eau douce se raréfie à une vitesse alarmante. La protéger et la préserver devient impératif. Un combat trop lourd pour nos épaules ? Pourtant, l'une des solutions se trouve à portée de main et, plus précisément, dans notre assiette. Les aliments que nous mangeons requièrent des quantités d'eau impressionnantes pour être produits. C'est le concept d' " empreinte eau ", à savoir la quantité d'eau directe et indirecte nécessaire pour produire les biens et services que nous consommons. L'agriculture s'avère très gourmande en eau et c'est toute notre manière de consommer qui est remise en question. Le Belge Davy Vanham est chercheur en gestion d'eau au Centre commun de recherche de la Commission européenne, en Italie. Il est aussi l'auteur principal d'une étude intitulée L'empreinte eau de différents régimes au sein des entités géographiques infranationales européennes, que vient de publier Nature Sustainability, une revue scientifique qui traite de durabilité, de ses dimensions politiques et de ses solutions. Son constat : les consommateurs manquent cruellement d'informations. " Les gens connaissent les gestes à faire chez eux pour réduire leur consommation d'eau, en prenant des douches plus courtes ou en coupant l'eau en se brossant les dents. Mais ce qu'ils savent moins, c'est qu'ils pourraient économiser beaucoup plus d'eau en changeant leurs habitudes alimentaires ", explique Davy Vanham. " Notre étude montre qu'opter pour un régime alimentaire sain, qu'il comprenne de la viande, du poisson ou qu'il soit entièrement végétarien, permet de réduire jusqu'à la moitié de nos ressources en eau. " Pour arriver à ces conclusions, Davy Vanham et ses trois collègues ont passé au crible, pendant six mois, l'alimentation des populations française (à l'exception de la Corse), britannique et allemande. Les données ont été recueillies auprès de 34 968 municipalités en France, 8 506 entités statistiques au Royaume-Uni et 412 districts en Allemagne. Conclusion accablante : produire ce qu'ils mangent requiert entre 2 000 et 5 000 litres d'eau par jour et par personne. Selon les chercheurs, nous mangeons trop de viande rouge, d'huiles et de graisses, et de sucre, au-delà donc des recommandations nutritionnelles émises par des organismes comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ou, chez nous, le SPF Santé publique. Or, " ces aliments requièrent une consommation intensive d'eau. Les Européens ne privilégient pas assez les fruits et légumes, qui en exigent pourtant beaucoup moins ", affirme Davy Vanham. La palme revient à la production de viande : un kilo de boeuf consommé en Union européenne réclame 9 576 litres d'eau. A contrario, seuls 185 litres d'eau sont nécessaires pour un kilo de légumes. " Produire de la viande consomme énormément d'eau, rappelle Davy Vanham, car il faut nourrir le bétail avec des graines telles que du maïs ou du soja. De plus, près de la moitié des céréales en Europe sont produites pour nourrir le bétail. " Privilégier un régime sain à base de viande, c'est-à-dire en limitant notre apport de viande rouge à maximum 500 grammes par semaine selon les recommandations de l'OMS, réduirait la consommation d'eau de 11 à 35 %, d'après l'étude. Un régime sain pescetarien ou végétarien, où la viande est donc remplacée par des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots...) et des produits au soja, permet de diminuer l'empreinte eau de 33 à 55 %. " Cela s'explique notamment parce que, par exemple, au lieu de nourrir le bétail avec du soja, nous le consommons directement nous-mêmes, donc nous diminuons incontestablement notre consommation d'eau. " Pour réduire notre impact sur les ressources, nous devrions également regarder ce qui se trouve dans notre verre : le vin et la bière, eux aussi, pèsent lourd dans la balance. " Beaucoup d'Européens boivent plus d'alcool que les quantités maximales recommandées. Du point de vue de la consommation d'eau, il est néanmoins préférable de boire de la bière que du vin car les raisins requièrent davantage d'eau pour pousser que l'orge. " Et en Belgique ? Si la consommation d'eau du robinet est relativement faible (96 litres par personne et par jour), notre empreinte eau liée à notre alimentation s'élève à 3 366 litres par jour, selon les chiffres du Water Footprint Network, une plateforme de collaboration entre des entreprises, des organisations et des individus pour résoudre les crises planétaires de l'eau. " Etant donné la similitude de nos habitudes alimentaires en Europe, et au vu des statistiques belges, on peut s'attendre à ce que la Belgique réduise son empreinte eau liée à son alimentation dans le même ordre de pourcentage que les trois pays étudiés ", affirme le chercheur. Pour produire ce que nous consommons, l'agriculture prélève de l'eau dans les rivières, les lacs et les aquifères. Cette eau est puisée localement mais elle est aussi en grande partie importée. Selon Arjen Y. Hoekstra, père fondateur du concept d'empreinte eau, " 40 % de l'empreinte eau liée à la consommation européenne se situe en dehors de l'Europe, souvent dans des régions confrontées au stress hydrique ". C'est le cas notamment du riz basmati. Il est principalement produit en Inde et au Pakistan où l'eau est puisée dans les fleuves Gange et Indus. " C'est l'un des plus grands aquifères au monde. Depuis des années, en raison du prélèvement de l'eau pour la production du riz, la nappe aquifère s'assèche de plus en plus. L'empreinte eau de cette denrée est très élevée (2 378 litres d'eau par personne et par jour). Le blé est donc une alternative durable au riz car il requiert moins d'eau (1 019 litres) ", explique Davy Vanham. Notre impact sur l'eau dans le monde est avant tout lié à nos modes de consommation, essentiellement alimentaires. La surconsommation de viande alourdit sérieusement notre empreinte eau. Mais le gaspillage alimentaire représente aussi une menace considérable sur nos ressources : chaque année, les ménages européens jettent plus de 17 milliards de kilos de fruits et légumes. Préserver l'or bleu commence à la maison, dans nos habitudes quotidiennes. Par Stéphanie Laduron.