Accroché au flanc des montagnes enneigées, près de la petite ville de Longyearbyen, le Global Seed Vault ne se distingue quasiment pas. C'est pourtant là, dans l'archipel norvégien du Svalbard, que se trouve la chambre forte recelant un trésor en matière de préservation de la diversité génétique agricole. Au bout d'un long tunnel s'enfonçant dans les entrailles de l'île, trois chambres refroidies artificiellement à -18°C renferment plus d'un million de variétés de semences de plantes vivrières (pour une capacité totale de 4,5 millions).
...

Accroché au flanc des montagnes enneigées, près de la petite ville de Longyearbyen, le Global Seed Vault ne se distingue quasiment pas. C'est pourtant là, dans l'archipel norvégien du Svalbard, que se trouve la chambre forte recelant un trésor en matière de préservation de la diversité génétique agricole. Au bout d'un long tunnel s'enfonçant dans les entrailles de l'île, trois chambres refroidies artificiellement à -18°C renferment plus d'un million de variétés de semences de plantes vivrières (pour une capacité totale de 4,5 millions).Depuis 2008, cette réserve mondiale fait office de véritable back-up génétique, face à un futur grandement menacé par les bouleversements climatiques. Après deux ans de travaux visant à moderniser l'infrastructure et à répondre aux conséquences déjà visibles du réchauffement de la planète - en 2017, le tunnel a été inondé après la fonte du permafrost -, le Global Seed Vault rouvrait ses portes fin février dernier. L'occasion, pour trente-cinq banques génétiques du monde entier, de venir y déposer leurs semences. En parallèle se tenait un sommet ayant pour thème la sécurité alimentaire, intimement liée à la préservation de la biodiversité, elle-même dépendante, notamment, du réchauffement climatique. Il est donc vital de repenser l'agriculture. C'est là que le Global Seed Vault et le Crop Trust, qui le gère en tripartite avec NordGen et le ministère norvégien de l'agriculture, ont un rôle primordial à jouer. " Nous voulons développer des cultures de plantes résistantes aux changements climatiques. C'est un défi qui grandit tous les jours ", explique Hannes Dempewolf, scientifique du Crop Trust. En utilisant les caractéristiques intéressantes de plusieurs variétés conservées dans les diverses banques génétiques et en pratiquant des croisements ou une édition des gènes, il est possible de créer de nouvelles variétés mieux adaptées. Une plus grande biodiversité conservée, c'est donc un arsenal de défense plus large. " Nous ne pouvons pas perdre les 10 000 ans d'évolution de nos cultures et devons sauver les ressources génétiques pour les futures générations ", insiste Martin Kropff, directeur du centre international d'amélioration du maïs et du blé (Cimmyt), une ONG dont la mission est de contribuer à l'amélioration des moyens de subsistance dans le tiers-monde. Hannes Dempewolf et Martin Kropff mettent également en avant la nécessité de diversifier les espèces cultivées à un même endroit. Un pas que certains pays, habitués à la monoculture, devront franchir rapidement s'ils ne veulent pas risquer de subir le même sort que l'Irlande entre 1845 et 1851, quand le mildiou avait anéanti les cultures de pommes de terre, causant la famine et la mort de plus d'un million de personnes. En Belgique aussi, les bouleversements climatiques " influencent l'agriculture depuis un certain temps déjà ", rappelle Bernard Bodson, responsable de l'unité de phytotechnie tempérée à l'ULiège. " J'ai ainsi constaté que le blé est récolté en moyenne dix jours plus tôt qu'au début de ma carrière, il y a quarante ans. " Pour autant, nos principales cultures - le blé, la pomme de terre et la betterave - ne seront que peu impactées par le phénomène : " Les changements ne seront pas hypermarqués. Il fera juste un peu plus chaud et nous aurons plus de précipitations. Le processus de sélection permet d'amortir ces changements. " Chez nous, contrairement à ce qui se fait à Svalbard, la conservation agricole se fait via la culture des variétés. Celles qui s'adaptent le mieux et présentent un haut degré de rendement sont sélectionnées. L'évolution est donc relativement continue. " Aujourd'hui, on connaît bien le génome du blé. On sait identifier les besoins futurs et cela aide à créer directement de nouvelles variétés ", exemplifie Bernard Bodson. En outre, le produit de nos champs devrait rester quasiment identique. " On y trouvera probablement un peu plus de légumineuses et de vignes mais ce sera anecdotique ", prédit Bernard Bodson. Si d'ici à dix ans, oranges, olives ou melons ne s'implanteront pas dans nos campagnes, c'est également parce que la température n'est pas seule à compter. " La quantité de lumière, la longueur des jours, ça ne changera pas. Or, la photopériode est importante, en plus d'un tas d'autres facteurs ", ajoute l'expert. " Le terroir est primordial. " Les terres dédiées à l'agriculture n'en finissent plus d'être grignotées par l'urbanisation - 30 000 hectares ont disparu en une décennie. " Mais les rendements augmentent ", rassure Bernard Bodson. Et l'agriculture industrielle restera notre principal fournisseur dans le futur, affirme celui qui bat en brèche les envies de certains de revenir à une culture plus douce, avec des variétés anciennes. " Ces dernières ne sont plus adaptées. Toutes les formes d'agriculture ont leur place mais la permaculture, c'est bien uniquement sur de petites surfaces. Ce n'est donc pas possible pour toute la population ", souligne-t-il. Les espèces à haut rendement ont donc encore de beaux jours devant elles. Contrairement à d'autres régions du monde, l'agriculture belge n'est pas près de se réinventer. Par Julien Denoël.