Un sursis, pas un quitus. Bien sûr, le très sulfureux président sud-africain Jacob Zuma a échappé, le 8 août, à une nouvelle motion de défiance parlementaire, la quatrième en deux ans. Mais l'ancien vacher zoulou a, cette fois, senti le vent du boulet : lors de ce scrutin à bulletins secrets - une première -, il n'a manqué que 24 voix aux partisans de la destitution ; pis, une tr...

Un sursis, pas un quitus. Bien sûr, le très sulfureux président sud-africain Jacob Zuma a échappé, le 8 août, à une nouvelle motion de défiance parlementaire, la quatrième en deux ans. Mais l'ancien vacher zoulou a, cette fois, senti le vent du boulet : lors de ce scrutin à bulletins secrets - une première -, il n'a manqué que 24 voix aux partisans de la destitution ; pis, une trentaine de députés du Congrès national africain (ANC), que Zuma dirige depuis 2007, ont joint leurs suffrages à ceux de l'opposition. Par quel prodige un chef d'Etat notoirement corrompu, plombé par une sidérante collection de scandales, parvient-il à surnager de la sorte ? Celui qui côtoya une décennie durant Nelson Mandela au bagne de Robben Island, avant de régner sur les services de renseignement de l'ANC, doit sa survie à son talent manoeuvrier hors du commun, mais aussi à un réseau d'obligés patiemment tissé au fil des ans, businessmen, apparatchiks et barons locaux. Le caïd polygame - six mariages et quatre épouses au compteur - aura ainsi survécu à un procès pour viol, à une enquête sur les pots-de-vin perçus au détour d'un marché d'armement, à un arrêt de la Cour constitutionnelle dénonçant la rénovation aux frais du Trésor public de sa résidence privée du KwaZulu-Natal (est), ou encore, en novembre dernier, au rapport de la médiatrice de la République sur les liens affairistes noués avec les Gupta, dynastie d'origine indienne aux commandes d'un empire industrialo-médiatique choyé par le régime. Deux défis guettent désormais Jacob Zuma : tenir jusqu'au printemps 2019, terme de son second mandat ; mais avant cela, imposer à la tête d'une ANC minée par les divisions, lors de la " conférence nationale " de décembre prochain, son ex-femme, Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne patronne de la Commission de l'Union africaine. A défaut, ce passionné d'échecs aura tout loisir de méditer sur les siens. V. H.