De notre envoyé spécial
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De notre envoyé spécial Benjamin Damien est le plus heureux des patrons wallons : il vient de sceller, au Texas, un accord avec l'entreprise américaine Meta-Informatics, qui va permettre aux deux sociétés de se compléter et de se présenter ensemble sur les marchés européen et américain, voire dans le monde entier. BioXPR, la société créée en 2003 par Benjamin Damien, est une spin-off (une " jeune pousse ") issue des Facultés de Namur, qui s'est spécialisée dans le traitement et l'interprétation des données génétiques. " Un exemple, précise son fondateur : lorsque 150 patients reçoivent un vaccin, il peut arriver que 50 d'entre eux présentent des effets secondaires. Mais rarement tous pour les mêmes raisons. En croisant toutes les données dont on dispose, on peut arriver à un diagnostic plus précis, à mieux comprendre, à mieux soigner, à personnaliser le traitement. "La société namuroise de bio-informatique est capable d'exploiter au mieux les milliards de données résultant des analyses et des tests cliniques ou provenant des banques de données et de la littérature spécialisée. La société texane, elle, est à même de stocker toutes ces informations. Ensemble, les deux sociétés peuvent aller plus loin dans les services qu'elles proposent aux entreprises pharmaceutiques, parmi lesquelles les plus grandes, comme Glaxo-SmithKline, UCB, Sanofi, Johnson & Johnson... " Nous avons de grands projets pour des millions de dollars, poursuit Benjamin Damien, parmi lesquels, en médecine vétérinaire, un programme de gestion de données cliniques du cancer du chien pour 4 millions de dollars. Ensemble encore, nous participerons au salon BE Live IT de Vilvorde, et nous nous présenterons en Suisse, un des grands pays de l'industrie pharmaceutique. "L'accord entre les deux sociétés, qui servira peut-être un jour de base à la création d'une société commune, est fondé sur la réciprocité : si le client est américain, c'est Meta-Informatics qui dirige les opérations ; si le client est européen, c'est BioXpr qui prend les rênes. D'autres accords ont été signés la semaine dernière au Texas, où l'Awex (Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers) a emmené des représentants d'une petite trentaine d'entreprises wallonnes, des spin-off pour la plupart, créées au départ de la recherche universitaire et spécialisées dans des domaines technologiques de pointe. L'Awex elle-même, qui a fédéré les universités francophones, les centres de recherche et les incubateurs d'entreprises, y a reconduit pour trois ans son accord avec l'université Texas A&M de Houston, accord par lequel chacune des deux parties s'engage à faciliter l'accès de l'autre à son propre marché, l'Europe d'un côté, l'Amérique du Nord de l'autre. " Le problème qui se pose aux nombreuses spin-off wallonnes, explique Philippe Lachapelle, directeur de la cellule partenariats technologiques à l'Awex, c'est qu'elles ne grandissent pas assez, qu'elles sont confinées dans un marché trop restreint, en Belgique et dans les pays voisins, pour pouvoir exploiter au mieux leurs produits et/ou services qui souvent s'adressent à une niche d'activité assez pointue. La question qui se pose est donc de savoir comment valoriser au mieux et étendre la base technologique de la Région wallonne, comment permettre à ces entreprises de se développer. "Aux Etats-Unis, les universités transmettent leurs technologies principalement grâce à la création de spin-off, comme chez nous. Mais, en Amérique, ces sociétés, outre la commercialisation de leurs produits, démarchent les pouvoirs publics ou les grandes multinationales pour obtenir des contrats de recherche, lesquels profitent à l'université en question, ce qui permet de créer de nouveaux produits ou services, et donc de nouvelles sociétés, etc. L'université publique A&M (105 000 étudiants, 26 000 employés) dispose d'un budget recherche de 630 millions de dollars par an, et est spécialisée dans les sciences du vivant, l'ingénierie mécanique (aérospatial, pétrole, énergie et environnement), l'agriculture et les TIC (technologies de l'information et de la communication). A peu de chose près, les domaines qui font le renom des universités francophones belges. A&M a créé en son sein une équipe de 37 personnes, le " bureau de commercialisation de la technologie ", qui a jusqu'à présent analysé plus de 2 400 inventions, a réalisé plus de 1 700 accords de licence (60 millions de dollars de royalties en dix ans), rentre en moyenne une demande de brevet par jour et a lancé une cinquantaine de sociétés créées à partir des technologies développées dans l'université (80 millions de revenus nouveaux sur les 15 derniers mois). C'est ce partenaire que l'Awex a choisi. " Cet accord transatlantique entre l'Awex et l'université A&M est une première pour une région européenne, souligne Philippe Lachapelle. L'idée, pourtant, n'est pas fondamentalement originale, et nous serons copiés, c'est sûr, prédit-il. Mais nous aurons pris de l'avance : aujourd'hui, 16 dossiers de création d'entreprise globale ou de partenariat sont mûrs, parmi lesquels peut-être le Microsoft de demain. Au final, de 200 à 300 entreprises wallonnes pourraient être concernées. Et puis ce qui est encourageant, c'est de se rendre compte que la Wallonie a une bonne image, qu'on nous regarde favorablement, qu'on nous compte au nombre des 12 à 15 grandes régions d'innovation en Europe. "Et les deux parties ne veulent pas s'arrêter là. Ensemble, A&M et l'Awex comptent persuader d'autres partenaires de se joindre à elles pour créer un réseau global au bénéfice de chacun des participants : en Chine, où A&M a des contacts ; au Qatar, producteur pétrolier comme le Texas ; en Inde, où la Wallonie prospecte déjà. MICHEL DELWICHE