Ce n'est pas qu'ils soient surpris, non. Ils sont déçus. Voilà le sentiment qui domine, parmi les Carolos, après l'annonce, par le groupe Duferco, de la fermeture de Carsid et de son emblématique haut-fourneau. Dans la foulée, un millier d'emplois directs seront supprimés. Les travailleurs qui les occupaient étaient certes en chômage économique depuis trois ans. Le choc n'en est pas moins rude. Pendant cette longue période d'inactivité, la direction de Duferco a vainement tenté de mille manières de trouver un repreneur pour le site, dont le haut-fourneau avait été entièrement rénové en 2007. Si tout espoir d'en séduire un, quelque part sur la planète, n'est théoriquement pas perdu, on imagine mal qu'il surgisse aujourd'hui sans s'être manifesté plus tôt.
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Ce n'est pas qu'ils soient surpris, non. Ils sont déçus. Voilà le sentiment qui domine, parmi les Carolos, après l'annonce, par le groupe Duferco, de la fermeture de Carsid et de son emblématique haut-fourneau. Dans la foulée, un millier d'emplois directs seront supprimés. Les travailleurs qui les occupaient étaient certes en chômage économique depuis trois ans. Le choc n'en est pas moins rude. Pendant cette longue période d'inactivité, la direction de Duferco a vainement tenté de mille manières de trouver un repreneur pour le site, dont le haut-fourneau avait été entièrement rénové en 2007. Si tout espoir d'en séduire un, quelque part sur la planète, n'est théoriquement pas perdu, on imagine mal qu'il surgisse aujourd'hui sans s'être manifesté plus tôt. A travers la fermeture de Carsid, ce n'est pas seulement Charleroi qui est touchée. C'est tout le petit monde de la sidérurgie et l'ensemble de la Wallonie, déjà meurtrie après l'annonce, il y a quelques mois, par ArcelorMittal, de la fin de la phase à chaud à Liège. Le secteur trinque : entre 2000 et 2012, il a perdu quelque 7 900 emplois sur 20 590, selon le décompte effectué par le Groupement de la sidérurgie. Est-ce à dire que la sidérurgie n'a plus d'avenir dans le sud du pays ? Des erreurs ont-elles été commises, sur le plan politique, dans la gestion de ce dossier ? Sur quels ressorts l'économie wallonne peut-elle rebondir et quels relais peut-elle trouver pour cette activité qui fit sa richesse pendant de longues décennies ? Voici quelques pistes de réponses, tracées par trois experts. Bruno Bauraind, politologue et chercheur au Gresea (1) : A Liège, l'erreur a peut-être été, pour les pouvoirs publics wallons, de laisser fondre leur part dans l'actionnariat de Cockerill Sambre, au moment de son intégration dans le groupe Usinor. On a alors perdu les leviers de la politique sidérurgique en Wallonie. Et le centre de décision s'est peu à peu éloigné de la Belgique, dans la foulée. Il y avait peut-être d'autres solutions à privilégier, comme la conclusion d'un partenariat avec un groupe de la même taille que Cockerill Sambre, Hoogovens par exemple. Ce choix politique a eu des conséquences qu'on ne pouvait peut-être pas prévoir... Mais si on voulait défendre la sidérurgie à tous crins, il fallait y investir sérieusement, depuis vingt ans. Jusqu'à la fin des années 1960, la sidérurgie était la marque de la puissance d'un Etat. Ensuite, elle est devenue sous-traitant de luxe pour le marché de l'automobile, de la construction et de l'électroménager, et s'est, du coup, retrouvée dépendante de ces marchés. Or, depuis 2008, ceux-ci ralentissent. Bien sûr, l'actionnaire public aurait subi cet impact conjoncturel de la même manière qu'un acteur privé. Mais il peut plus facilement accepter une période de vaches maigres pour sauver l'emploi qu'un actionnaire privé. La sidérurgie a-t-elle encore un avenir en Wallonie ? Oui, mais... L'hypothèse d'un repreneur, à Liège comme à Charleroi, n'est pas à exclure, mais elle rend à nouveau les acteurs wallons dépendants d'un groupe extérieur. On pourrait aussi imaginer que les activités sidérurgiques se poursuivent en stand alone (sans adossement à un autre groupe). Dans la Sarre, en Allemagne, les autorités politiques du Land, appuyées par les organisations syndicales, sont aux commandes d'une entité, baptisée Montan-Stiftung-Saar, qui contrôle le sidérurgiste indépendant Dillinger Hütte. Entre 2005 et 2008, la conjoncture favorable a permis d'y constituer des réserves qui facilitent aujourd'hui la traversée de la crise pour ce site. Evidemment, la conjoncture est moins porteuse en 2012, mais on pourrait au moins se poser la question de cette possibilité, qui a le grand avantage de limiter le coût social. Il n'est pas exclu que le marché redémarre, après tout. Enfin, on pourrait imaginer, dans le cadre d'un partenariat avec les pouvoirs publics, d'importants investissements dans des produits sidérurgiques à très haute valeur ajoutée. Cette formule est moins intéressante en termes de création d'emplois et nous rend de toute manière dépendants d'un fournisseur extérieur pour la livraison de la matière première. Mais elle permet de valoriser le grand savoir-faire engrangé en Wallonie. Pour faire quoi à la place ? Nous sommes dans un contexte de crise et la Wallonie ne dispose pas d'un plan de relance industriel de remplacement. Est-on prêt, dès lors, à sacrifier une génération ? Il aurait, idéalement, fallu penser depuis trente ans, parallèlement au lent déclin de la sidérurgie, à un plan de relais économique pour cette activité. (1) Gresea : groupe de recherche pour une stratégie économique alternative Olivier Meunier, économiste à l'Iweps (1) : Cette fermeture intervient dans un contexte de tertiairisation de l'économie, en cours depuis des décennies. Dans cette perspective, le déclin de l'industrie est inéluctable mais il subit une accélération depuis la crise de 2009. En outre, les marchés sur lesquels nous pouvions exporter ont été pris d'assaut par les pays émergents. Si on avait pu se maintenir avec des produits de haute technologie, on aurait peut-être pu tenir malgré la crise. Mais dans ce genre d'industrie, la concurrence est, par nature, très rude, hélas ! L'économie wallonne peut-elle se passer de la sidérurgie ? On ne " doit " pas s'en passer, d'autant moins qu'elle crée beaucoup d'emplois. Si une entreprise sidérurgique est rentable, il n'y a pas de raison de s'en priver. Je veux dire par là que la sidérurgie n'est pas par définition une activité du passé, dépassée, comme on le lit parfois. Doit-on pour autant la soutenir à tout prix ? On doit la soutenir comme on soutient les autres secteurs. La sidérurgie a-t-elle encore un avenir en Wallonie ? Sans doute. On y trouve en tout cas une main-d'£uvre qualifiée et de solides connaissances en recherche et développement en matière sidérurgique. Mais cela implique forcément, selon moi, de passer entre les mains de firmes étrangères, dont la stratégie est globale. On l'a vu avec ArcelorMittal, à Liège. La décision, dès lors, ne nous appartient plus... L'industrie ne représente plus le moteur de l'économie wallonne... Non. L'économie wallonne ne se fonde plus, pour l'essentiel, sur l'industrie, mais sur les services. L'industrie représente environ 18 % de la valeur ajoutée du PIB (produit intérieur brut) wallon, pour 56 % en ce qui concerne les services marchands. Selon nos projections, en termes d'emplois, l'industrie occupera, d'ici à 2016, 10 % des personnes au travail, pour 60 % dans les services. Cette tendance est déjà en cours et s'accentuera encore dans les prochaines années. La valeur ajoutée de l'industrie repose sur des gains de productivité, et non sur des créations d'emplois. Je pense bien sûr aux secteurs pharmaceutique ou biotechnologique, entre autres. Mais il est clair que les activités qui y sont liées ne nécessitent pas le même profil de travailleurs que ceux qu'occupe la sidérurgie. De ce point de vue, la fermeture des hauts-fourneaux représente d'autant plus un drame social que le personnel qui perd ainsi son travail ne correspond pas a priori à celui dont les services marchands ont besoin. La Wallonie présente cette particularité d'avoir une importante proportion d'universitaires dans la tranche des 25 à 49 ans, avec un taux de 16 %, et, parallèlement, une forte proportion de personnel peu qualifié : 37 % des Wallons de 25 à 49 ans ont suivi une formation jusqu'au niveau de l'enseignement secondaire supérieur, au maximum. (1) Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique. Anne Prignon (directrice générale de Sambrinvest) : Ce comité a été mis en place en 2008, lorsque la cokerie du site a été fermée pour des raisons environnementales. Nous nous étions alors déjà posé la question de l'assainissement des lieux et de leur réaffectation. Mais en raison des différents scénarios envisagés par la direction de Duferco, qui continuait à analyser les possibilités de continuer à exploiter une cokerie, nous n'avons guère pu avancer de notre côté. A présent que les choses sont plus claires, quels seront vos axes de travail ? L'idée est de booster l'assainissement des sols et la réhabilitation des sites. Selon les différents scénarios imaginables, la zone concernée porterait sur 70 à 110 hectares de terrain. Or on sait le manque de parcs de développement économiques avéré, dans la région. Charleroi reste un pôle économique majeur en Wallonie. Nous n'y prévoyons pas de logement, mais plutôt des activités économiques légères. Celles-ci devront faire l'objet d'un consensus entre toutes les forces vives de la région. Une réunion du comité de développement stratégique de Charleroi Sud-Hainaut est prévue aux alentours de la fin du mois d'avril, avec ce point à l'ordre du jour. Quelques projets économiques sont déjà évoqués mais l'assainissement des lieux prendra certainement entre 18 et 24 mois. Il est donc trop tôt pour lancer concrètement un projet. Quels sont ces projets avancés ? A ce stade, ce sont encore des informations confidentielles. Mais je peux vous dire que ce sont des projets liés au secteur des fabrications métalliques et du développement durable. LAURENCE VAN RUYMBEKEUn millier d'emplois directs seront supprimés " L'industrie occupera, d'ici à 2016, 10 % des personnes au travail, pour 60 % dans les services "