N'ont-ils donc rien appris ? Deux jours après l'annonce par Barack Obama, le 17 juin, de la réforme du système financier américain " la plus ambitieuse depuis les années 1930 ", un nouveau scandale éclatait aux Etats-Unis : le Wall Street Journal révélait que plusieurs dirigeants de banques américaines renflouées par l'Etat, comme Morgan Stanley, Citigroup et Bank of America, avaient utilisé les jets de leur entreprise à titre privé, pour s'envoler vers leurs propriétés de bord de mer, en Floride et aux Caraïbes, ou leurs haciendas mexicaines.
...

N'ont-ils donc rien appris ? Deux jours après l'annonce par Barack Obama, le 17 juin, de la réforme du système financier américain " la plus ambitieuse depuis les années 1930 ", un nouveau scandale éclatait aux Etats-Unis : le Wall Street Journal révélait que plusieurs dirigeants de banques américaines renflouées par l'Etat, comme Morgan Stanley, Citigroup et Bank of America, avaient utilisé les jets de leur entreprise à titre privé, pour s'envoler vers leurs propriétés de bord de mer, en Floride et aux Caraïbes, ou leurs haciendas mexicaines. L'anecdote est révélatrice : les milieux d'affaires voulaient que tout recommence au plus vite, et tout a d'ores et déjà recommencé. En témoigne le remboursement par dix grandes banques, annoncé au début de juin, de 68 milliards de dollars d'aides publiques apportées par l'Etat américain. Objectif, comme l'ont reconnu avec candeur leurs dirigeants : pouvoir gérer à nouveau leur politique salariale comme bon leur semble. Et, dans ce domaine, les bonnes habitudes n'ont pas tardé à refaire surface. Si le rythme du premier semestre se maintient, Goldman Sachs aura versé en rémunérations, pour 2009, plus de 569 000 dollars par salarié. Et les bonus recommencent à flamber : six grandes banques américaines ont ainsi mis de côté 36 milliards de dollars pour " récompenser " leurs traders, dont 4,7 milliards pour la seule Goldman Sachs, plus hégémonique que jamais. Sur les marchés, l'activité est également repartie plus tôt que prévu. " Les acteurs sont moins nombreux, alors que le business continue, témoigne Marc Fiorentino, président d'EuroLand Finance. Pour ceux qui sont encore sur le pont, l'activité aura rarement été si florissante. " Dans la première partie de l'année, certains marchés ont été particulièrement actifs, comme ceux des changes ou des matières premières, sur lequel les hedge funds, que l'on disait moribonds il y a encore quelques semaines, s'en sont donné à c£ur joie. Depuis décembre 2008, malgré une demande atone, le prix du baril de brut est passé de 32 à près de 70 dollars. Pour le seul mois de mai, l'indice Reuters-Jefferies CRB, qui fédère 19 matières premières, a connu une hausse de 14 %, du jamais-vu depuis 1974 ! Sans parler des obligations gouvernementales, qui ont connu une frénésie liée aux immenses ressources qu'ont dû mobiliser les Etats pour relancer leurs économies. Vous avez dit bulle ? Face à l'incurie de Wall Street, que peuvent les régulateurs ? La réforme lancée par Barack Obama, qui a pourtant soigneusement contourné les questions les plus sensibles - il n'y aura finalement pas de plafond de rémunération pour les cadres dirigeants des grandes banques - est violemment contestée par les lobbys financiers. En Europe, plusieurs banques ont d'ores et déjà annoncé leur intention de commencer à rembourser l'Etat dès le début de 2010. Et les autorités du Vieux Continent, qui ont déjà bien du mal à s'entendre entre elles, ne pourront pas longtemps les convaincre qu'elles doivent être les seules à pratiquer la vertu. " Malgré les déclarations d'intention, le message des financiers est simple, estime Fiorentino. "On prend les mêmes et on recommence." " Jusqu'à la prochaine fois. Benjamin Masse-Stamberger