Vooruit. Faut que ça remue, que ça swingue, que ça percute. Et qu'à l'avenir, les camarades du nord du pays se lèvent et marchent comme un seul homme pour aller résolument de l'avant. Conner Rousseau, 28 printemps, a flashé. Vooruit, voilà le mot qu'il faut pour habiller de neuf le parti socialiste flamand qu'il préside depuis neuf mois. C'est dit et ce sera chose faite à la fin de l'année : exit le label SP.A après quasi vingt ans de bons et loyaux services et bien le bonjour à Vooruit, moins profilé parti et plus orienté " mouvement ". Sympa, dynamique, tendance. " Malin à défaut d'être original ", commente un spécialiste en marketing publicitaire.
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Vooruit. Faut que ça remue, que ça swingue, que ça percute. Et qu'à l'avenir, les camarades du nord du pays se lèvent et marchent comme un seul homme pour aller résolument de l'avant. Conner Rousseau, 28 printemps, a flashé. Vooruit, voilà le mot qu'il faut pour habiller de neuf le parti socialiste flamand qu'il préside depuis neuf mois. C'est dit et ce sera chose faite à la fin de l'année : exit le label SP.A après quasi vingt ans de bons et loyaux services et bien le bonjour à Vooruit, moins profilé parti et plus orienté " mouvement ". Sympa, dynamique, tendance. " Malin à défaut d'être original ", commente un spécialiste en marketing publicitaire. Ou comment, en effet, faire du neuf avec du (très) vieux. Comment concilier " le clin d'oeil au passé " et " le regard tourné vers l'avenir ", comme a dit le jeune et branché président en se félicitant de l'appellation saluée par les instances dirigeantes du parti. Vooruit, c'est carrément le grand bond en arrière, le retour au berceau gantois du mouvement socialiste. Au temps héroïque de sa coopérative créée fin du xixe siècle pour distribuer le pain aux ouvriers, de ses pharmacies, de sa maison du peuple, de son titre de journal disparu en 1991. La dénomination avait refait sa vie et, depuis près de quarante ans, fait le bonheur d'un centre culturel gantois à la renommée nationale et même internationale, fier de sa salle de spectacle et de ses quelque 350 000 personnes drainées chaque année dans son superbe édifice entre Art nouveau et Art déco. C'est dire si la perspective d'avoir à partager l'enseigne avec un parti politique, fût-il de gauche, n'enchante pas du tout la direction du centre. Qui redoute la confusion et le mélange des genres, le mauvais coup porté à une réputation d'indépendance. Qui s'en est ouverte au président du SP.A durant l'été et a pris la précaution de faire officiellement enregistrer la marque " Vooruit " le 29 juillet. Devancée d'un jour par le parti socialiste... Car Conner Rousseau est de son temps, un homme pressé. Tant pis pour les états d'âme du monde culturel, pas question de se faire griller sur ce coup alors que les libéraux de l'Open VLD, en quête de nouvelle identité eux aussi, lorgnaient apparemment sur le nom. Alors, vite vite, il a fallu fuiter l'annonce sur Instagram. " Pas bien ", ont vivement déploré les organisateurs du centre culturel car " Vooruit appartient à tout le monde, mais surtout au Vooruit ". Allons donc, à quoi bon se disputer l'héritage du pilier du mouvement socialiste, minimise Conner Rousseau, qui veut croire à une coexistence pacifique et harmonieuse entre Vooruit et De Vooruit. Rien n'est moins sûr, il y a de l'action en justice dans l'air. " C'est un mauvais choix, observe un expert en réseaux sociaux, Vooruit n'est pas une marque unique mais un adverbe commun ". Quel accueil Google réservera-t-il à sa déclinaison politique ? Qui, de l'agenda des concerts ou des news du parti, tapera d'abord dans l'oeil de l'usager du moteur de recherche ? Prudent, le SP.A a aussi fait enregistrer le nom de domaine bewegingvooruit.be mais déjà ce plan B est squatté sur Twitter et Instagram par un anonyme affirmant oeuvrer au service d'un autre parti. Tout cela pourrait bien finir au tribunal. Et forcer le futur Vooruit à faire illico marche arrière.