Dans les cafés enfumés où il a rencontré des dizaines de " sources ", Kristof Clerix, du magazine tiers-mondiste MO, avait l'air inoffensif d'un Tintin au pays des espions. Mais, à l'inverse d'un officier qui réserve ses informations à son service, lui les a publiées, en néerlandais d'abord (2006), en français, aujourd'hui (1). Cinquante ans de " coups tordus " des services secrets étrangers en Belgique ont de quoi nous interpeller.
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Dans les cafés enfumés où il a rencontré des dizaines de " sources ", Kristof Clerix, du magazine tiers-mondiste MO, avait l'air inoffensif d'un Tintin au pays des espions. Mais, à l'inverse d'un officier qui réserve ses informations à son service, lui les a publiées, en néerlandais d'abord (2006), en français, aujourd'hui (1). Cinquante ans de " coups tordus " des services secrets étrangers en Belgique ont de quoi nous interpeller. La Sûreté de l'Etat et le Service général du renseignement et de sécurité de l'armée (SGRS) n'ont, hélas, pas les moyens de contrôler les faits et gestes des agences étrangères et des officines privées de renseignement. Si des services dits " amis " interviennent en Belgique, on se prévient, entre gentlemen, et on se tient au courant des enquêtes menées. Mais l'exemple marocain ( lire ci-contre) montre que la marge est ténue entre un service " ami " et un service dit " hostile ", se livrant sans vergogne à des opérations clandestines. Du temps de la guerre froide, les espions démasqués étaient déclarés persona non grata. Aujourd'hui, de gros intérêts économiques (avec la Chine notamment) et la lutte contre le terrorisme empêchent des solutions aussi radicales que l'expulsion par exemple. D'où le malaise. Pour les agents secrets du monde entier, Bruxelles est " the place to be ". La présence des institutions européennes et de l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) n'est pas seule en cause. " Une bonne dizaine d'entreprises belges de haut niveau se sont fait voler, ces dernières années, des disques durs débordant d'informations sensibles ", écrit le journaliste flamand. On se souvient de la saga des spin off du Sart Tilman (université de Liège), dont les écrans d'ordinateur étaient mystérieusement allumés la nuit pendant que les données s'envolaient aux Etats-Unis. Des étudiants et des chercheurs étrangers sont également envoyés en service commandé dans nos labos de pointe. L'espionnage russe a également repris de la vigueur. La Belgique présente un autre attrait pour les espions étrangers : son vivier terroriste. " Les espions étrangers montent des embuscades dans les rues de Bruxelles, infiltrent le biotope des terroristes et mettent leurs téléphones portables sur écoute ", relève le journaliste. Mais un Etat qui se respecte ne peut accepter ces manières de barbouzes. Marie-Cécile Royen