Dans les rues de Séoul la moderne, aux 22 millions d'habitants, on croise d'adorables jeunes filles à l'allure de poupée de porcelaine, gravures de mode protégées par d'étonnantes ombrelles. Difficile d'échapper à cette omniprésente alliance entre la tradition et l'ultramodernité ! Ainsi, dans une salle de répétition, sous l'£il de la danseuse et chorégraphe Ahn Eun-Me, de jeunes danseurs frappent en rythme sur le sol de longues tiges de bambou, matériau coutumier des cérémonies chamaniques. La troupe voltige avec une énergie, une force et une infinie souplesse sur des accords du Sacre du printemps, de Stravinski. Ailleurs, dans un écrin de verdure un peu à l'écart de la capitale, une salle du magnifique musée d'Art contemporain propose une sorte de tour de Babel revisitée par Nam June Paik, le célèbre artiste contemporain coréen. Son installation The More, the Better (1988) explose de sons et d'images scintillant sur 1003 écrans de télévision. Bienvenue e...

Dans les rues de Séoul la moderne, aux 22 millions d'habitants, on croise d'adorables jeunes filles à l'allure de poupée de porcelaine, gravures de mode protégées par d'étonnantes ombrelles. Difficile d'échapper à cette omniprésente alliance entre la tradition et l'ultramodernité ! Ainsi, dans une salle de répétition, sous l'£il de la danseuse et chorégraphe Ahn Eun-Me, de jeunes danseurs frappent en rythme sur le sol de longues tiges de bambou, matériau coutumier des cérémonies chamaniques. La troupe voltige avec une énergie, une force et une infinie souplesse sur des accords du Sacre du printemps, de Stravinski. Ailleurs, dans un écrin de verdure un peu à l'écart de la capitale, une salle du magnifique musée d'Art contemporain propose une sorte de tour de Babel revisitée par Nam June Paik, le célèbre artiste contemporain coréen. Son installation The More, the Better (1988) explose de sons et d'images scintillant sur 1003 écrans de télévision. Bienvenue en Corée, où se mêlent, se rejettent et s'attirent, dans les rues, les salles, sur les scènes ou dans les diverses formes d'art, l'ancien et le (très) moderne, qui ne renie pas des racines issues du chamanisme, du bouddhisme ou des enseignements hérités de Confucius. Bienvenue, aussi et surtout, au flamboyant festival Made in Korea proposé, à Bruxelles, par Bozar, du 8 octobre jusqu'à la fin de février. Foi de Victor Wei, qui vient tout récemment de quitter son poste d'ambassadeur de Belgique à Séoul, " le palais des Beaux-Arts montrera la plus belle et la plus grande exposition d'art sur le bouddhisme jamais organisée dans notre pays, sinon en Europe ". Egalement commissaire de cette exposition Le Sourire de Bouddha. 1600 ans d'art bouddhique en Corée, le diplomate sait à quel point il a été difficile de choisir parmi les très belles pièces du Musée national de Corée celles qui étaient susceptibles de traduire, le plus finement possible, les spécificités du bouddhisme coréen. Dans ce pays de 50 millions d'habitants, 30 à 40 % des croyants se déclarent bouddhistes. C'est de Chine, en l'an 384, que les paroles de Bouddha (vie siècle avant notre ère) sont arrivées en Corée. " Grâce au grand pouvoir d'adaptation du bouddhisme, elles y ont tout de suite été très bien accueillies, remarque l'historien Jan Van Alphen. Comme ailleurs, elles se sont superposées au culte local. "Au fil du temps, le bouddhisme coréen a cependant acquis et cultivé ses spécificités. Ainsi, par exemple, parmi les 30 000 prêtres, certains appartiennent à un ordre qui autorise le mariage. Et puis, comme l'indique le titre de l'exposition, ici, Bouddha lui-même est différent. Comme un signe de l'intimité qui le lie aux habitants, il a pris leurs traits, leurs apparences et il adopte bien souvent un très léger et énigmatique sourire, incitant au questionnement. Les plus de 200 pièces proposées à Bruxelles offriront un aperçu de la richesse des créations artistiques qui ont accompagné le développement du bouddhisme coréen : des objets du culte, des peintures, des manuscrits, des sculptures de Bouddha, des vases ou des céramiques - dont les fameux céladons, aux couleurs caractéristiques. Un voyage dans le passé ? Pas seulement : dans les temples coréens, les mêmes dragons, les mêmes cloches, les mêmes statues appellent encore et toujours à la méditation. La sélection des spectacles et des événements choisis pour ce festival rappelle que la Corée, pays ouvert à la démocratie depuis 1988, a emprunté les pas du modernisme - sa population est celle qui est la plus connectée à Internet - sans renier les couleurs de ses héritages. Un exemple ? Le kayagum. Ceux qui assisteront au concert de l'Orchestre national de Corée (le 8 octobre) ou au rituel de la cour impériale (le 24 novembre) ne pourront ignorer ce bel instrument de musique traditionnel à 12 cordes. Mais il existe aussi dans une version en comportant 25 : elle permet d'y jouer les airs les plus modernes. Cette habile adaptation au temps qui passe traverse également, par exemple, les photographies de Bae Bien-U. A Bruxelles (du 10 octobre au 18 février), il exposera principalement les images d'arbres qui ont fait sa notoriété. " Dans certaines régions de Corée, les arbres sont vénérés comme des humains ", souligne-t-il. A l'aube, quand il pose ses objectifs, il aime particulièrement le halo blanc qui nappe encore les paysages. Peut-être parce que, même dans la virevoltante et trépidante Séoul, ce pays, avec son énergie créatrice qui décoiffe, reste toujours celui du Matin calme. Avant de vivre une journée d'une intensité sans égal. Pascale Gruber Festival Made in Korea, du 8 octobre jusqu'à fin février. Le Sourire de Bouddha. 1600 ans d'art bouddhique en Corée, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Du 10 octobre au 18 janvier. Tél. : 502 87 00 ; www.bozar.be De notre envoyée spéciale à Séoul