Dans la contre-culture des années 1960, l'Américain Hunter S.Thompson ( Las Vegas Parano) avait inventé le "gonzo-journalisme": un genre d'investigation mi-fiction, mi-réalité, au rythme halluciné et doté d'une maniaquerie du détail. Cette forme d'approche de la vie à la loupe déformante n'est pas étrangère à Gonzales, ovni créatif dans le paysage finalement assez conformiste des musiques électron...

Dans la contre-culture des années 1960, l'Américain Hunter S.Thompson ( Las Vegas Parano) avait inventé le "gonzo-journalisme": un genre d'investigation mi-fiction, mi-réalité, au rythme halluciné et doté d'une maniaquerie du détail. Cette forme d'approche de la vie à la loupe déformante n'est pas étrangère à Gonzales, ovni créatif dans le paysage finalement assez conformiste des musiques électroniques. Imaginez un type avec une tête de second couteau d'Almodovar qui radiographie notre monde avec un amour immodéré des rythmes blacks et un point de vue corrosif et poétique. Le troisième album de Gonzales - Presidential Suite - est aussi le premier à bénéficier d'une distribution un tant soit peu dynamique en Belgique. Après des débuts remarqués il y a deux ans ( Gonzales über Alles), la grande asperge canadienne avait posé un album de rap limite hardcore qui a décontenancé ses fans: mais ceux-ci et les nouveaux amateurs peuvent être rassurés par ce troisième pas imprégné d'électro-cabaret faussement futile. Jason Beck - de son vrai nom - est le fils d'un homme d'affaires canadien anglophone, et son départ dans la vie s'est fait d'emblée avec une singularité physique: il est né avec trois testicules! Cette gourmandise a dû lui donner le goût du hors-norme: une expression qui vient vite à l'esprit à l'écoute de Presidential Suite divisé en deux départements sonores très distincts. Une dizaine de morceaux néo-rap gigoteurs où l'on pointe l'influence prégnante de... Grandmaster Flash. Avec un feeling pop très affirmé et des manières de tube ( Bottom of the Pops, So-Called Party Over There). Ce feeling dansant jouxte sans problèmes une poignée de chansons de crooner désarmé, visiblement imprégné de ses racines juives ( Shameless Eyes) et du mythe toujours consistant d'une Amérique glamour ( Starlight). Ces agglomérats bizarres ou décalés donnent de grands moments atypiques ( Salieri Serenade, Headstone Park) qui indiquent que Gonzales n'en est sans doute qu'à ses débuts dans le "gonzalisme". CD chez Labels/Virgin. Gonzales sera au festival de Dour, en juillet (www.dourfestival.be).Ph.C.