Méfiez-vous des eaux dormantes. Christian Dupont (PS), très discret ministre francophone de l'Enseignement obligatoire, vient de proposer une réforme révolutionnaire : il a soumis un projet de " test d'enseignement secondaire supérieur " (Tess) à la Commission de pilotage de l'enseignement. Prudent, il ne parle pas de bac. Le Tess ne devrait pas filtrer l'accès à l'enseignement supérieur. Cette épreuve, commune à tous les élèves terminant la même option secondaire, de Bruxelles à Arlon, ne sera pas obligatoire dès juin prochain. Pendant deux ans, elle pourrait coexister avec les examens traditionnels.
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Méfiez-vous des eaux dormantes. Christian Dupont (PS), très discret ministre francophone de l'Enseignement obligatoire, vient de proposer une réforme révolutionnaire : il a soumis un projet de " test d'enseignement secondaire supérieur " (Tess) à la Commission de pilotage de l'enseignement. Prudent, il ne parle pas de bac. Le Tess ne devrait pas filtrer l'accès à l'enseignement supérieur. Cette épreuve, commune à tous les élèves terminant la même option secondaire, de Bruxelles à Arlon, ne sera pas obligatoire dès juin prochain. Pendant deux ans, elle pourrait coexister avec les examens traditionnels. Le but : " objectiver " les écarts dans les résultats scolaires. Selon les pédagogues, tout professeur a tendance à ajuster ses exigences à son public. Il conçoit ses cours et ses examens pour qu'une majorité de ses élèves réussissent, à côté d'une minorité de jeunes recalés et d'une proportion à peu près équivalente de très bons résultats. Conséquence : un adolescent qui échoue dans une école dite " forte " aurait pu réussir dans un établissement moins exigeant. Inéquitable ? La Fédération des étudiants francophones (FEF) et la Fédération des associations de parents de l'enseignement officiel (Fapeo) ont hurlé à l' " illusion dangereuse " et à la " discrimination ". Un brin hypocrite ? Notre école ne s'attaque pas aux inégalités de départ. Ainsi, le principal déterminant de la réussite en 1re baccalauréat est le... diplôme de la mère : le milieu socio-économique pèse de tout son poids ( lire en page 31). Les enquêtes Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) ont démontré que les piètres résultats de nos élèves s'expliquaient par un nombre trop important de jeunes en décrochage. Mais notre école ne parviendrait pas davantage à exploiter les capacités des surdoués ( page 31). Un vrai gâchis. En France, le bac a débouché sur un palmarès des écoles. Sujet tabou chez nous, cet outil d'évaluation répond pourtant à une exigence d'efficacité et de transparence démocratique. Certes, le risque de stigmatisation existe. Sous la précédente législature, un palmarès " équitable " avait été demandé à une équipe universitaire. Il devait classer les écoles en pondérant leurs performances " brutes " avec la particularité des publics accueillis, ce qui devait " pénaliser " les établissements fréquentés par les plus privilégiés. Las, les écoles " riches " continuaient à caracoler en tête, alors que les plus " pauvres " demeuraient en queue de peloton, sans pouvoir se targuer d'une meilleureplus-value pédagogique. Les conclusions n'ont pas été rendues publiques. Trop explosives. Selon une hypothèse, les enseignants ont beau être performants, au-delà d'un certain nombre d'enfants trop défavorisés, ils n'arrivent plus à dispenser un enseignement de qualité suffisante. Un Tess pourrait confirmer ou infirmer une telle piste. Tant que la dualisation n'est pas analysée finement, on ne pourra pas agir sur les mécanismes qui l'encouragent. Or les préoccupations des établissements d'élite et celles des parents favorisés se rejoignent : elles concourent à maintenir un système de ségrégation et de relégation. Mais l'intérêt collectif exige de dynamiter cette alliance objective. l dorothée klein