Les jours d'Antoine Frérot à la tête de Veolia Environnement paraissent comptés. Le conseil d'administration du 29 février, qui se tiendra à la veille de l'annonce de très mauvais résultats, pourrait entériner le départ du dauphin d'Henri Proglio. Même si les fuites parues dans la presse en début de semaine compliquent le parachutage d'un Jean-Louis Borloo, pressenti pour le poste, la révocation du PDG, promu il y a quatorze mois, ne peut plus être exclue. Officiellement, on lui reproche son incapacité à redresser rapidement un groupe en difficulté majeure. Mais, officieusement, son éviction servirait d'autres intérêts.
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Les jours d'Antoine Frérot à la tête de Veolia Environnement paraissent comptés. Le conseil d'administration du 29 février, qui se tiendra à la veille de l'annonce de très mauvais résultats, pourrait entériner le départ du dauphin d'Henri Proglio. Même si les fuites parues dans la presse en début de semaine compliquent le parachutage d'un Jean-Louis Borloo, pressenti pour le poste, la révocation du PDG, promu il y a quatorze mois, ne peut plus être exclue. Officiellement, on lui reproche son incapacité à redresser rapidement un groupe en difficulté majeure. Mais, officieusement, son éviction servirait d'autres intérêts. Ce rebondissement met en scène, une fois de plus, l'immixtion du pouvoir politique dans la gestion des principales entreprises françaises, la mobilisation des réseaux et des clans pour s'arroger le pouvoir et se distribuer les postes. Il illustre aussi un trait saillant de la " Sarkozie ", sa proximité avec les grands patrons, et son irrépressible besoin de tirer les ficelles du capitalisme français. Le départ d'Antoine Frérot marquerait le dernier avatar d'un feuilleton déclenché, en 2009, avec la polémique de la double casquette de Proglio, désireux de cumuler la présidence de Veolia et celle d'EDF. Il serait aussi l'épilogue d'une succession mal préparée. Pour celui qui fut intronisé PDG en décembre 2010, 2011 aurait dû être l'heure de la consécration. Elle a finalement été une annus horribilis : deux avertissements sur résultat, des dépréciations d'actifs, la perte d'importants contrats, la découverte d'une fraude massive aux Etats-Unis et, pour finir, l'annonce, le 8 décembre dernier, d'un plan de cessions draconien mais insuffisant. En Bourse, l'action a continué de dévisser : son cours a encore été divisé par deux en 2011. Henri Proglio ne cachait plus son inquiétude. En fin d'année, elle a fait place à de la colère, lorsqu'il découvre le nouveau plan stratégique de son successeur pour sauver Veolia. Celui-ci prône la cession de la branche transport et le recentrage du groupe sur une quarantaine de pays. Autrement dit, il renie l'héritage et met en relief les erreurs de son prédécesseur. C'en est trop. Voilà Proglio décidé à évincer son ancien protégé. Selon Libération du 20 février, les man£uvres étaient en cours. Le quotidien révèle un accord secret " Proglio-Sarkozy ", imaginant un putsch : le débarquement d'Antoine Frérot et le parachutage de l'ancien ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo. Qualifié d'" absurde " par le chef de l'Etat, démenti par l'ex-ministre, ce schéma éventé paraît avoir, à présent, du plomb dans l'aile. Quoi qu'il arrive, ce mauvais feuilleton laissera des traces. Il dessert le chef de l'Etat. Le PS comme l'ensemble des autres partis ont aussitôt dénoncé les " petits arrangements entre amis du Fouquet's ", et " un mépris de la République ". L'affaire démonétise aussi, en plein lancement de sa campagne, la parole du président. Voilà quelques semaines, au nom d'une République irréprochable, il s'était engagé, lors des v£ux aux parlementaires, à ne procéder à aucune nomination à la tête d'une grande entreprise publique avant l'élection présidentielle. Raison de plus pour ne pas se mêler de la gouvernance d'un groupe privé. LIBIE COUSTEAUProglio et Borloo sont proches. Si proches que le premier appelle le second " mon frère "