Bonne nouvelle : après six années passées en Australie, d'où il n'a jamais cessé d'envoyer ses croquis aux rédactions qui l'emploient ( Le Vif/L'Express et L'Echo), Nicolas Vadot, 39 ans, est revenu habiter Bruxelles. Avec meubles, épouse et enfants, mais sans Falbala - paix à son âme de chat. Son successeur, le coussin de poils qui dort dans le salon de sa nouvelle demeure, a l'air d'avoir supporté stoïquement les quarante-huit heures du voyage Canberra-Shanghai-Londres-Zaventem. " Son ticket d'avion a coûté plus cher que les nôtres ", soupire Vadot. Mais c'était bien obligé : le matou est le modèle de Kiko. Et Kiko, c'est le chat vert dont les cabrioles discrètes accompagnent toutes les planches de l'artiste - un seing, un...

Bonne nouvelle : après six années passées en Australie, d'où il n'a jamais cessé d'envoyer ses croquis aux rédactions qui l'emploient ( Le Vif/L'Express et L'Echo), Nicolas Vadot, 39 ans, est revenu habiter Bruxelles. Avec meubles, épouse et enfants, mais sans Falbala - paix à son âme de chat. Son successeur, le coussin de poils qui dort dans le salon de sa nouvelle demeure, a l'air d'avoir supporté stoïquement les quarante-huit heures du voyage Canberra-Shanghai-Londres-Zaventem. " Son ticket d'avion a coûté plus cher que les nôtres ", soupire Vadot. Mais c'était bien obligé : le matou est le modèle de Kiko. Et Kiko, c'est le chat vert dont les cabrioles discrètes accompagnent toutes les planches de l'artiste - un seing, une marque de fabrique. " Si j'oublie de l'insérer, des lecteurs me rappellent à l'ordre. Ce chat fait le lien et, en même temps, il met de la distance. Il est là pour signifier que toute cette ironie, finalement, ce n'est rien qu'un crayonné... " Deuxième bonne nouvelle : dans ses bagages, Vadot ramenait aussi le projet d'un nouveau recueil de dessins de presse. Après Dans Le Vif du sujet (en 1998) et The George W. Bush Years (en 2007), ces 200 dessins qui fâchent (1) se devaient de couvrir l'actualité récente - BHV, burqa, parachutes dorés, toutes ces agaceries des années Leterme à nos jours. Le livre porte évidemment bien son nom. Les habitués y retrouveront, toujours ridiculisés, les héros (inter)nationaux des livraisons périodiques de Vadot : Van Rompuy en Yoda, Demotte en Wallonman, Delpérée en lui-même (" Impigeable, et tellement graphique avec son visage en forme de cuillère ! "), et beaucoup, beaucoup d'autres, dans des planches si mordantes que, deux ou trois ans plus tard, on en goûte toujours la saveur sanguinaire. Mais l'auteur a gardé le meilleur (du pire) pour la fin : une quinzaine de dessins censurés, ou dont la publication dut faire l'objet de sérieuses tractations. " Certains ont été soumis dix fois à mes rédactrices en chef ! Et je n'ai pas toujours eu gain de cause ", admet Vadot. Comme avec cette caricature de Mgr Léonard, jambes poilues, chaussettes mauves, " prenant position " (celle de l'autruche) et suscitant la concupiscence d'un religieux accourant robe relevée et caleçon aux chevilles... Un constat, toutefois : l'aggravation du dossier relatif à la pédophilie des prêtres a permis de briser un tabou : " Aujourd'hui, je peux me permettre des dessins sur le thème de l'Eglise qui n'auraient jamais été acceptés il y a six mois. "Exhibant une extraordinaire Fabiola ressuscitée en Christ - Vadot éprouve du mal à caricaturer les femmes, " surtout lorsqu'elles ne sont ni belles ni moches " -, cette section intitulée " les dessins qui fâchent (vraiment) " munit chacun d'eux d'une légende expliquant les raisons de la colère. La plus noire de toutes éclata suite à la parution, en mai 2008 (ici même), de deux vignettes assez simples : la première montre un homme dont on ne voit que la veste dotée de l'étoile juive. Sur l'autre, le même homme porte un écusson jaune en forme de maison, devant un village de la périphérie bruxelloise. " Je voulais illustrer le fascisme ordinaire s'emparant de certaines autorités communales qui imposent aux gens de parler le néerlandais pour avoir le droit d'acheter un terrain. " Le tollé n'est pas venu de ceux qui étaient raillés (les fonctionnaires flamands) mais de lecteurs juifs nourrissant, selon Vadot, " un complexe de persécution exaspérant ". " Il est devenu impossible d'émettre la moindre critique à l'égard d'Israël ", note le dessinateur. Qui ne se prive pas de cibler également l'islam. Et... surprise : dans ce cas, " ce ne sont jamais les barbus visés qui m'attaquent, mais... la bourgeoisie de gauche bien-pensante ! ". (1) 200 dessins qui fâchent, par Vadot. Renaissance du livre, 144 p. VALéRIE COLIN