Son ouverture si longtemps reportée, les budgets affolants dépensés pour l'achat du bâtiment classé puis sa restauration, les doutes pesant sur sa viabilité, la concurrence annoncée avec les autres (rares) cinémas " art et essai " du centre de Bruxelles, avaient fini par faire peser sur le Palace une atmosphère pas forcément positive. Deux ans après son lancement, le vaisseau du centre à l'architecture superbe s'est pourtant bel et bien installé dans le paysage cinéphile de la capitale. L'outil est magnifique, avec ses larges espaces, ses salles confortables et idéalement équipées, son élégant foyer....

Son ouverture si longtemps reportée, les budgets affolants dépensés pour l'achat du bâtiment classé puis sa restauration, les doutes pesant sur sa viabilité, la concurrence annoncée avec les autres (rares) cinémas " art et essai " du centre de Bruxelles, avaient fini par faire peser sur le Palace une atmosphère pas forcément positive. Deux ans après son lancement, le vaisseau du centre à l'architecture superbe s'est pourtant bel et bien installé dans le paysage cinéphile de la capitale. L'outil est magnifique, avec ses larges espaces, ses salles confortables et idéalement équipées, son élégant foyer. Mais comment vit-il ? S'est-il trouvé un public, une ligne éditoriale affirmée, un rôle culturel et social concret ? Olivier Rey, son directeur, présente un bilan positif, étayé de chiffres favorables. A commencer par celui de 127 140 entrées payantes en 2019, auxquelles il faut ajouter 16 920 tickets pour les séances scolaires et 13 037 billets gratuits. Pour un total de 157 097 de places occupées, une augmentation de... 50 % par rapport à l'année précédente. Olivier Rey se réjouit de cette croissance spectaculaire, alors que des oiseaux de mauvais augure doutaient à son inauguration de la survie du Palace. Le maître des lieux parle d'" effet boule de neige " amenant " non pas un public mais des publics " s'additionnant à un noyau de fidèles au gré d'une programmation de qualité où des films comme Roma de Cuaron, Parasite de Bong (présent à l'affiche depuis vingt-deux semaines) et Dolor y gloria d'Almodovar ont fait carton plein à côté du phénoménal Joker de Todd Phillips. Nicolas Gilson, responsable de la programmation, évoque " une ligne éditoriale qui continue à se moduler ", entre cinéma d'auteur à fort impact (y compris public), coups de coeur transformés en coups de maître comme God Exists, Her Name is Petrunija ou le dessin animé La Fameuse invasion des ours en Sicile, et les surprises totales comme Tel Aviv on Fire. L'occupation du vaste et beau bâtiment (4 500 mètres carrés dont 2 500 hors salles de cinéma et libres pour faire " autre chose ") prend la forme, entre autres, d'expositions d'art, d'ateliers (le projet Kinolab), de concerts, de stages scolaires ou non, de travail avec les maisons de quartier, d'accueil de festivals dont Cinemamed, Peliculatina, Anima, Briff, Pink Screen et Millenium notamment. Parmi les défis pour 2020, Olivier Rey et Nicolas Gilson soulignent la programmation d'été Sun Screens et le développement du bar qui remplace un restaurant n'ayant jamais " pris ". Bonne nouvelle, déjà : les travaux du piétonnier, censés s'être achevés en... janvier 2019, progressent enfin et surtout ne masquent plus l'accès au cinéma. Dans la station Bourse, située à deux pas, la Stib a placé des indications pour y aller le plus directement possible. Preuve que le Palace est décidément bien ancré dans la réalité du centre-ville. Un coeur de Bruxelles tant malmené récemment mais dont le palais du cinéma veut faire de plus en plus entendre les battements.