La Super League a été enterrée en moins d'une semaine. Cela vous a-t-il surpris?
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La Super League a été enterrée en moins d'une semaine. Cela vous a-t-il surpris? Non, mais il est écrit qu'une telle Super League verra le jour, tôt ou tard. Les évolutions de la Champions League, avec davantage de clubs venant des cinq principaux championnats européens, sont déjà des étapes dans cette direction. J'ai analysé les chiffres de cette compétition depuis 2003: il apparaît que l'écart entre les vainqueurs de groupes et les équipes les plus faibles n'a cessé de croître. Les ténors veulent se séparer progressivement des petits clubs et je ne vois pas comment cette évolution pourrait être entravée. Ce modèle d'une Ligue fermée à l'américaine est-il un bon business model pour le football européen? Le football est né au XIXe siècle ; son modèle était valable à l'époque où il était amateur, mais il est devenu préhistorique. Pratiquement, tous les sports professionnels qui se sont développés depuis les années 1990 se sont basés sur le modèle américain. La conséquence de cette absence d'évolution du modèle européen, c'est qu'il n'y a chez nous aucun plafond salarial, ni aucune limite pour l'acquisition des clubs, ce qui permet à la mafia russe d'en posséder, par exemple. Une meilleure régulation de ce sport viendrait-elle d'une ligue fermée? Pas d'une ligue complètement fermée, mais d'un système qui éviterait aux équipes du top européen de subir d'importantes pertes financières lorsqu'elles prestent mal une année. Pour le dire crûment, les supporters ne sont pas intéressés par des plus petites équipes comme Leicester City ou le Rapid Vienne, ils veulent voir les géants comme le Paris-Saint-Germain ou le Real Madrid. Mais ils se sont pourtant levés contre la Super League, non? Ce sont les supporters traditionnels de ces équipes qui ont réagi. Ils sont indispensables: ce sont eux qui se retrouvent derrière les buts lors des matchs. Mais la grande majorité de ceux qui regardent le football, désormais, sont des consommateurs de sport. Le football européen est davantage regardé à la télévision en famille et autant en Asie ou en Amérique que chez nous. Ce sont autant de marchés de croissance. Dans cette histoire de Super League, ces nouveaux consommateurs se sont tus. Or, ils ne veulent pas voir le Rapid Vienne ou le FC Bâle, mais Arsenal ou Manchester United. En quoi le système américain est-il un modèle de régulation? Lors de l'arrêt Bosman, en 1995, la Cour de justice européenne avait affirmé qu'il ne pouvait y avoir de limitation à la liberté de circulation des travailleurs, mais en soulignant qu'il existait des formules possibles pour éviter les abus, comme le plafond salarial. Mais personne ne l'a entendu. Le résultat est que les joueurs sont partis vers les plus grandes ligues, là où ils pouvaient gagner de l'argent. Aux Etats-Unis, un plafond salarial est possible parce qu'il n'y a qu'une seule ligue alors que chez nous, il y en a des dizaines, avec des systèmes nationaux différents. Les clubs, qui sont devenus des produits européens, voire mondiaux, doivent donc composer avec cela. Ce sport est aujourd'hui un objet de spéculation: peut-on réguler cet aspect? Certains clubs sont devenus des circuits de blanchiment d'argent, c'est vrai, mais ce sont aussi des vitrines de prestige pour les "nouveaux riches", en Europe comme en Belgique. L'UEFA a bien tenté de réguler cela avec le système du fair-play financier. Le problème est que le vrai pouvoir ne réside pas dans les fédérations, mais bien au sein des clubs. Personne ne proteste contre la corruption de l'UEFA ou de la Fifa dans ce système "préhistorique". Une Super League engrangerait davantage de recettes et permettrait, en réalité, une autorégulation par les clubs eux-mêmes. Au sein d'une telle Ligue, on pourrait parler d'un plafond salarial.