Les atouts du théâtre russe sont, bien sûr, innombrables. Nul besoin de justifier le choix du Théâtre national de constituer un cycle, réparti sur plusieurs saisons. Mais, entre Gogol, Pouchkine, Tchekhov, Gorki, Schwartz (dont le Dragon, monté en septembre dernier, était un merveilleux prélude au cycle) et Philippe Van Kessel, directeur du National, c'est avant tout une affaire de sentiments, de racines: "Mon grand-père a débarqué de Russie, en 1904, à Bruxelles, dans le milieu des Russes pauvres de la capitale, dans le quartier du rond-point de la Loi, dont il ne reste rien aujourd'hui. Mon adolescence a été immergée dans l'immense famille russe des orphelins de guerre accueillis à Bruxelles." Voilà ...

Les atouts du théâtre russe sont, bien sûr, innombrables. Nul besoin de justifier le choix du Théâtre national de constituer un cycle, réparti sur plusieurs saisons. Mais, entre Gogol, Pouchkine, Tchekhov, Gorki, Schwartz (dont le Dragon, monté en septembre dernier, était un merveilleux prélude au cycle) et Philippe Van Kessel, directeur du National, c'est avant tout une affaire de sentiments, de racines: "Mon grand-père a débarqué de Russie, en 1904, à Bruxelles, dans le milieu des Russes pauvres de la capitale, dans le quartier du rond-point de la Loi, dont il ne reste rien aujourd'hui. Mon adolescence a été immergée dans l'immense famille russe des orphelins de guerre accueillis à Bruxelles." Voilà pour le coeur, très vite rejoint par l'art et l'idéologie: "Comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai adhéré au communisme - pas au parti. Comme eux, j'ai été dupé par l'Histoire, mais que l'on jette le communisme comme le bébé avec l'eau du bain m'a toujours exaspéré." L'homme qui a participé à l'aventure politique du Théâtre du Parvis avec André Steiger et Marc Liebens (parmi d'autres), qui monte superbement Les Estivants, de Gorki, lorsqu'il tient le gouvernail de l'Atelier Sainte-Anne (les actuels Tanneurs), cet homme-là était chatouillé depuis l'adolescence par La Punaise de Maïakovski. Cette pièce aurait pu être une entrée en matière emblématique, avec une énorme distribution, pour le cycle russe au Théâtre National, mais les incertitudes sur le sort de la maison ont reporté La Punaise de quelques mois, puisque c'est à la rentrée prochaine que l'on découvrira la mise en scène de Van Kessel. Le directeur du National avait, en effet, initialement prévu de monter Coeur de chien, de Boulgakov. Il y renonça: "L'adaptation de cette nouvelle risquait de la dessécher. Et, en outre, elle demandait une intimité que je n'étais pas certain d'avoir au Palace (ex-cinéma Kladaradatsch). Et puis, dans les soubresauts de la maison, le directeur prenait trop le temps du metteur en scène, et la montagne Boulgakov devenait énorme à gravir." Sagement, elle laisse donc la place inaugurale à un spectacle importé de France, Mariages, d'après Nicolaï Gogol et Franz Xaver Kroetz, qui sera suivi de Gorki-Tchekhov, un échange étonnant entre deux géants de la littérature, basé sur leur très belle correspondance; place, ensuite, à Notre Pouchkine(lire les encadrés). Philippe Van Kessel est un adepte des cycles confiés à différents metteurs en scène. "On peut se permettre, dans une maison comme le National, d'étaler sur plusieurs années la découverte d'une nation, d'une esthétique théâtrale, que ce soit avec notre récent cycle de théâtre élisabéthain, ou, aujourd'hui, avec la scène russe. On piste ainsi de vrais courants littéraires depuis l'origine, on y guette les points de rencontre entre l'histoire et l'actualité. Laissons quelque peu les chefs-d'oeuvre de Tchekhov, le choix reste immense parmi des trésors encore inexplorés, en dépit du formidable travail de traduction d'André Marcovicz." Tout pose question dans la matière constamment paradoxale du théâtre russe, une matière maîtrisée dans la distance ironique: l'adoration côtoie la critique du peuple; on balaie une chose pour passer à une autre; le souterrain court en permanence sous le rire et la grimace. Pour explorer des terres aussi fécondes, Philippe Van Kessel consacrera une journée (le 23 février) à l'histoire du théâtre russe, menée par Béatrice Picon-Vallin et André Marcovicz, discutée entre les metteurs en scènes des maillons russes du cycle, avant la projection du film Loups et brebis, pièce d'Ostrovski créée par Piotr Fomenko (1997). Tél.: 02-274 23 26 ou 02-274 23 25.Michèle Friche