Ça arrive, de tomber à court. C'est comme tirer le dernier carré de papier toilette après la grosse commission. Ou verser trois gouttes de lait dans ses céréales en ignorant qu'il s'agissait de la dernière bouteille. C'est pas de chance. C'est râlant. Et, lorsqu'il s'agit de se retrouver en pénurie de protections périodiques, c'est en plus potentiellement tachant. C'est arrivé cet été, sur le chemin des vacances (parce que les Anglais débarquent toujours pendant les holidays, les salauds). Première station-service: pas l'ombre d'un tampon en rayon. Idem dans la deuxième. L'espoir renaît dans la troisième, à la vue d'un distributeur dans les toilettes. De serviettes? En fait, non. De... minivibromasseurs.
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Ça arrive, de tomber à court. C'est comme tirer le dernier carré de papier toilette après la grosse commission. Ou verser trois gouttes de lait dans ses céréales en ignorant qu'il s'agissait de la dernière bouteille. C'est pas de chance. C'est râlant. Et, lorsqu'il s'agit de se retrouver en pénurie de protections périodiques, c'est en plus potentiellement tachant. C'est arrivé cet été, sur le chemin des vacances (parce que les Anglais débarquent toujours pendant les holidays, les salauds). Première station-service: pas l'ombre d'un tampon en rayon. Idem dans la deuxième. L'espoir renaît dans la troisième, à la vue d'un distributeur dans les toilettes. De serviettes? En fait, non. De... minivibromasseurs. Sans déconner. Donc, quelqu'un, un jour, quelque part, a pensé qu'il était plus pertinent de proposer des vibros à vendre dans les waters d'une aire d'autoroute allemande qu'une boîte de protections périodiques. Alors vive la sexualité libérée, l'autonomie du plaisir féminin, la jouissance, tout ça tout ça. Mais il est absolument certain que ce quelqu'un n'a jamais vécu la crainte de retrouver une tache rouge dans le fond de sa culotte. C'était la crainte d'une jeune fille, récemment, dans la cour de l'école secondaire Notre-Dame d'Arlon. Elle était tombée à court, comme ça arrive à tout le monde, alors elle passait d'amies en copines pour demander si, par hasard, quelqu'une ne pourrait pas la dépanner. Elle devait se sentir gênée, honteuse peut-être, comme quand un collègue avait posé, bien en vue sur le bureau, un tampon (emballé, pas de stress) échappé d'un sac et qu'il avait trôné là trois semaines, le temps de revenir de congé. Etrange, tout de même, de se sentir embarrassée d'être sue menstruée alors que la menstruation des femmes n'est finalement pas un secret. Dans cette cour, à Arlon, Elena Vlasselaer observait cette élève en détresse avec d'autant plus de regrets qu'elle avait lancé un projet pour précisément éviter cette situation. Elle avait été voir sa directrice pour la convaincre d'installer des distributeurs de protections hygiéniques dans les toilettes et, pour être certaine de ne pas essuyer un refus d'ordre financier, elle avait imaginé un système où les jeunes filles rempliraient elles-mêmes ces boîtes destinées à celles qui avaient oublié leur tampon ou qui n'avaient pas les moyens de s'en acheter. La direction avait accepté, les distributeurs avaient été placés, mais ça n'avait pas fonctionné. Ou plutôt si, trop bien. Ils étaient tout le temps vides, parce que toutes allègrement se servaient, pensant que c'était l'école qui allongeait, et la générosité de celles qui remplissaient n'était pas non plus illimitée. Mais l'histoire reste belle, car dans le journal de l'école, un professeur a lu l'initiative d'Elena Vlasselaer et a entrepris de l'aider. Ensemble, ils cherchent désormais des sources de financement ou de subsides pour relancer durablement le projet. Ce professeur, accessoirement et sans forfanterie, est un lecteur de la présente chronique. Avec laquelle il n'est "pas toujours d'accord" mais qui le pousse souvent à "réfléchir" (oh joie! oh bonheur! ) Elena Vlasselaer, elle, a 16 ans. Elle avait aussi demandé à sa directrice d'organiser de véritables cours d'éducation sexuelle mais ça, c'est une autre histoire. Elle se bat comme ça, pas parce que ses parents la poussent ni ses amis, juste "parce que c'est en elle". Et ça fait penser à ce que Caroline De Haas (cofondatrice de #NousToutes) disait récemment: "La joie, elle est dans les petites meufs, pardonnez-moi l'expression. Celles qui arrivent avec les yeux qui pétillent, la dalle de changer le monde. Ces jeunes filles sont incroyables."