Décidément, les mutines héroïnes de Nabokov ne veulent pas périr par les flammes. On se souvient que le manuscrit de Lolita avait échappé à l'incinérateur de l'université Cornell, où son créateur voulait le précipiter, grâce aux supplications de son épouse, Vera. Aujourd'hui, c'est leur fils unique, Dimitri, qui sauve du bûcher The Original of Laura, ultime roman du génie russe, éteint en 1977, à 78 ans. Il paraîtra le 3 novembre en anglais, chez Penguin, et, courant 2010, en France, dans une traduction de Maurice Couturier, chez Gallimard, où l'on dit l'avoir acquis pour une somme " tout à fait raisonn...

Décidément, les mutines héroïnes de Nabokov ne veulent pas périr par les flammes. On se souvient que le manuscrit de Lolita avait échappé à l'incinérateur de l'université Cornell, où son créateur voulait le précipiter, grâce aux supplications de son épouse, Vera. Aujourd'hui, c'est leur fils unique, Dimitri, qui sauve du bûcher The Original of Laura, ultime roman du génie russe, éteint en 1977, à 78 ans. Il paraîtra le 3 novembre en anglais, chez Penguin, et, courant 2010, en France, dans une traduction de Maurice Couturier, chez Gallimard, où l'on dit l'avoir acquis pour une somme " tout à fait raisonnable ". Les nabokoviens attendent cet instant depuis plus de trente ans. Dimitri jure qu'ils ne seront pas déçus (voir l'interview). Laura fut rédigé au crayon de papier sur de petites fiches cartonnées, dans l'appartement du sixième étage du Montreux Palace, où Nabokov s'était installé au début des années 1960, alternant chasse aux papillons et écriture. " Je prends un plaisir merveilleux à mon nouveau roman ", écrivait-il à un ami début 1976. Nom de code : TOOL (acronyme de The Original of Laura). Mais une chute traîtresse dans sa salle de bains va interrompre son travail. Dans un semi-délire, sur son lit, à la clinique, ce prodigieux styliste lit inlassablement des extraits de Tool à un " auditoire imaginaire " composé d'infirmières, de pigeons et de cyprès... Peu avant sa mort, cet obsessionnel de la perfection demande expressément que le manuscrit soit brûlé. Terrible cas de conscience pour la mère et le fils. Et problématique vieille comme la littérature : Max Brod a-t-il eu raison de sauver contre son gré l'£uvre de son ami Kafka ? En tout cas, ni Vera, morte en 1991, ni Dimitri n'ont pu se résoudre à jeter ces pages aux flammes. Le manuscrit dormait dans le coffre d'une banque suisse. Allait-il en sortir un jour ? Les plus folles rumeurs couraient. On a même dit que Dimitri avait anonymement envoyé deux extraits de Laura à un concours de pastiches de Nabokov ! Interrogé par Le Vif / L'Express, il dément. Finalement, un beau jour de 2008, il s'est enfin décidé : Laura sera publié. Il faudra encore trois jours et trois nuits de négociations, à Montreux, entre Dimitri, un ponte de chez Penguin et l'intraitable agent littéraire Andrew Wylie pour se mettre d'accord sur une somme que l'on dit à six chiffres (incluant la réédition d'autres £uvres). Alors, que cache The Original of Laura ? L'un des rares initiés à l'avoir lu veut bien soulever légèrement le voile : " C'est l'histoire d'un neurologue appelé Philip Wild, obèse et laid, dont la jeune épouse, Flora, lui rappelle un amour de jeunesse, la fameuse Laura. C'est un roman gigogne composé de plusieurs fils narratifs. Une partie est définitivement rédigée, le reste demeure en suspens. L'ensemble représente une centaine de pages. " Bref, du Nabokov pur jus. L'année 2010 devrait donc être très nabokovienne : la sulfureuse Lolita va entrer en Pléiade et sa petite s£ur, Laura, fera ses premiers pas dans le monde. Comme deux filles (sauvées) du feu... Jérôme Dupuis