Le salafisme vient du mot " salaf " (prédécesseur), qui désigne les compagnons du Prophète et les deux générations suivantes. Il appartient à l'école hanbalite, la dernière des quatre grandes écoles juridiques sunnites, apparue après, dans l'ordre, le hanafisme, le malékisme et le chaféisme. Sa particularité est de centrer la foi sur le Coran et sur les hadith (les " dits " du prophète Muhammad). La réflexion et l'opinion personnelle ne sont pas encouragées. Pourtant, lors des premières années qui ont suivi la mort de Muhammad, les musulmans n'avaient que le Coran et c'est sur la base de ce Coran et de leurs propres efforts de réflexion qu'ils ont pris des d...

Le salafisme vient du mot " salaf " (prédécesseur), qui désigne les compagnons du Prophète et les deux générations suivantes. Il appartient à l'école hanbalite, la dernière des quatre grandes écoles juridiques sunnites, apparue après, dans l'ordre, le hanafisme, le malékisme et le chaféisme. Sa particularité est de centrer la foi sur le Coran et sur les hadith (les " dits " du prophète Muhammad). La réflexion et l'opinion personnelle ne sont pas encouragées. Pourtant, lors des premières années qui ont suivi la mort de Muhammad, les musulmans n'avaient que le Coran et c'est sur la base de ce Coran et de leurs propres efforts de réflexion qu'ils ont pris des décisions importantes... Mais rapidement, sous la dynastie des Omeyyades, se forme une tradition rapportant les paroles, les silences et les gestes du Prophète. D'Abou Hanifa jusqu'à Ibn Hanbal, en passant par Malik ibn Anas et Chafii (les fondateurs des quatre grandes écoles sunnites), l'imitation du Prophète va remplacer progressivement le raisonnement et la réflexion. Les " dits " et " gestes " issus de la tradition orale sont compilés. C'est ce qu'on appelle la " sunna ", la tradition. Cette lente éviction de la réflexion au profit de l'imitation a eu pour effet de donner au Prophète un statut supérieur à celui dont il jouit dans le Coran. Il est paré de toutes les vertus et mis à l'abri de la critique. Ce respect va rejaillir sur ses compagnons et successeurs, vers qui remontent les chaînes de transmission de ses faits et gestes. L'école qui ira le plus loin dans sa volonté d'imitation du Prophète et son rejet de la réflexion humaine est l'école hanbalite. Les deux principaux collecteurs sunnites de hadit, Boukhari et Muslim, ont été les élèves d'Ibn Hanbal. Les principaux théologiens du salafisme actuel, Ibn Taymiya et Mohammad ibn Abdelwahhab, proviennent de l'école hanbalite. Des penseurs réformistes du XXe siècle comme Rachid Rida ou Hassan Al Banna, fondateur des Frères musulmans, ont fortement subi l'influence du hanbalisme. Le wahhabisme est la forme de salafisme probablement la plus connue. C'est la doctrine officielle de l'Arabie saoudite et du Qatar. Le wahhabisme s'est répandu dans le monde grâce à la prise des lieux saints de La Mecque et de Médine et surtout grâce à l'argent des pétrodollars et à l'alliance des Saoud avec les Etats-Unis. L'ensemble de l'islam sunnite en est profondément marqué. A l'instar des autres musulmans, les salafistes se considèrent comme " la meilleure des communautés ". A l'intérieur de l'islam, ils se définissent comme " la secte sauvée ", la seule sur le droit chemin. Tout ce qui n'est pas dans le Coran ou dans les hadith est rejeté par eux comme " innovation ". La totalité de la vie du salafiste est fondée sur l'imitation du Prophète, y compris dans son apparence vestimentaire. Les salafistes refusent toute intercession entre Dieu et sa créature. Ils rejettent le soufisme et s'opposent violemment au chiisme et à son culte des imams. Les salafistes sont opposés à la démocratie : la loi des hommes ne peut prévaloir sur celle de Dieu. Ils sont souvent adversaires du nationalisme, qui est contraire au projet de communauté des croyants, l'Oumma. La complexité du monde moderne prédispose les groupes les plus doctrinaires à un repli sectaire, accompagné de formes d'excommunication (takfir).