" Des géants pharmaceutiques tels Novartis ou AstraZeneca ont eu un parcours boursier quelque peu décevant l'an dernier ", constate rétrospectivement l'analyste financier Olivier Rolland, du magazine d'investissement indépendant Test Achats Invest. " En effet, cette année a été perturbée par la pandémie, il y a donc eu moins de visites chez le médecin et des interventions chirurgicales ont été reportées. Tout cela a entraîné une diminution de la demande d'autres produits pharmaceutiques. "
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" Des géants pharmaceutiques tels Novartis ou AstraZeneca ont eu un parcours boursier quelque peu décevant l'an dernier ", constate rétrospectivement l'analyste financier Olivier Rolland, du magazine d'investissement indépendant Test Achats Invest. " En effet, cette année a été perturbée par la pandémie, il y a donc eu moins de visites chez le médecin et des interventions chirurgicales ont été reportées. Tout cela a entraîné une diminution de la demande d'autres produits pharmaceutiques. " Le vent semble néanmoins tourner. " L'activité médicale est en train de se normaliser et les entreprises pharmaceutiques vont pouvoir renouer avec la croissance en 2021 et 2022 partout dans le monde. Cette reprise est soutenue par le développement des vaccins contre la Covid-19, ce qui aura un impact positif sur les sociétés pharmaceutiques et certainement sur celles qui produisent les vaccins. " Cet impact pourrait d'ailleurs se prolonger si le virus devient endémique. Beaucoup de questions restent sans réponse à cet égard. Pendant combien de temps les vaccins offrent-ils une protection? Seront-ils efficaces contre tous les variants du virus? Les investisseurs ne vont-ils pas avoir des objections d'ordre éthique? " Pour le moment, le secteur pharmaceutique n'est pas dans le viseur des investisseurs éthiques mais cela peut changer rapidement. " Deux autres problèmes continuent aussi de peser sur le secteur pharmaceutique. " Tout d'abord, l'expiration des brevets pour les médicaments. Dès qu'un médicament tombe dans le domaine public, les concurrents peuvent le copier. Et grâce à leur prix généralement plus attractif, les copies génériques peuvent gagner rapidement des parts du marché. " " La concurrence des génériques pèse régulièrement sur les laboratoires pharmaceutiques et cela ne va pas changer. Heureusement, ils ont introduit de nouveaux produits dans leur pipeline ces dernières années afin de contrer cette problématique. " Outre la concurrence des génériques, il ne faut pas sous-estimer le risque de réformes majeures aux États-Unis. " Pendant son mandat, Donald Trump a mené bataille contre le prix des médicaments dans son pays. Il a ainsi édicté plusieurs décrets qui permettent à Medicare et Medicaid, deux programmes américains de couverture des frais médicaux, de renégocier les prix qu'ils paient aux laboratoires pour leurs médicaments. " Le nouveau président américain Joe Biden veut lui aussi faire baisser le prix des médicaments. " Biden veut même aller un peu plus loin et créer une commission d'enquête chargée de recommander un prix de vente 'raisonnable'. Et il veut également que toute augmentation du prix des médicaments soit limitée à l'inflation. " Le président attache tout autant une grande importance à l'innovation dans le secteur pharmaceutique qu'il considère comme stratégique pour les États-Unis. " On peut difficilement concevoir que les politiques pénalisent excessivement cette industrie qui s'avère tellement vitale dans la lutte contre la Covid-19. " " Malgré ces risques, notre avis sur le secteur reste globalement positif. Mais il ne faut pas investir dans l'industrie pharmaceutique uniquement à cause des vaccins. Même si leur besoin persistera, on ne parlera plus des mêmes montants qu'en 2021. De plus, le cours des actions des sociétés étroitement liées à la production des vaccins, comme Moderna et BioNTech, a tellement augmenté que ces actions ne sont plus attractives. " Olivier Rolland explique qu'investir dans le secteur pharmaceutique doit se concevoir comme une opération à long terme permettant de bénéficier de certaines tendances persistantes: la croissance démographique, le vieillissement de la population, notre mode de vie actuel qui entraîne une augmentation du nombre de maladies chroniques... " D'autant plus qu'il y a de nombreuses maladies pour lesquelles il n'existe pas encore de traitement, ou en tout cas pas de traitement appliqué à tous les malades. De fait, les laboratoires ont encore pas mal de défis à relever, et donc de possibilités de se développer. " " De manière générale, l'industrie pharmaceutique se comporte de façon défensive, elle est donc peu sensible aux cycles économiques. Les entreprises ont des marges bénéficiaires élevées, versent des dividendes en constante augmentation et présentent une situation financière solide. Ce sont des atouts que les investisseurs apprécient. " " Idéalement, il faut investir dans une entreprise qui a un chiffre d'affaires en hausse, dont les brevets ne sont pas en grande partie sur le point d'expirer à court terme et dont le pipeline contient suffisamment de produits prometteurs susceptibles de prendre la place des brevets expirés. " Pour remplir ce pipeline, les sociétés pharmaceutiques vont souvent chercher des solutions en dehors de leur propre entreprise, auprès de sociétés de biotechnologie qui ont un ou plusieurs produits prometteurs en portefeuille. D'autant si le développement du produit en question est quasiment achevé et que le risque de refus du produit à la vente est le plus faible. " C'est la raison pour laquelle nous recommandons d'investir plutôt dans les grands noms du secteur qui investissent à leur tour dans des entreprises de biotechnologie par le biais de partenariats ou d'acquisitions. D'autre part, nous recommandons la plus grande prudence quant à investir directement dans de petites entreprises très risquées. Il vaut mieux laisser ces options aux spéculateurs qui peuvent prendre ce risque avec une petite partie de leur argent. " Pour autant que l'on suive ces conseils, le secteur pharmaceutique mérite une place dans tout portefeuille diversifié, quel que soit le profil de l'investisseur, conclut Olivier Rolland. " Le secteur présente moins de risques que d'autres, comme celui de la technologie. En plaçant de l'argent dans le secteur pharmaceutique, vous optez pour une approche d'investissement plus défensive. Mais il est quand même préférable de limiter ces investissements à 15% du portefeuille. "