Il se souvient de son premier coup de téléphone, à cause du nom. " Un jour, j'ai trouvé un message qui me disait de rappeler Ségolène Royal à l'Elysée. Franchement, ça fait rêver ! " C'était en 1983. Mlle Royal, diplômée de l'ENA, rédigeait des notes pour Jacques Attali, conseiller de François Mitterrand. Pour ses recherches sur une nouvelle maladie, le sida, on lui avait conseillé d'appeler Dominique Besnehard, jeune agent artistique : " Elle voulait que je la mette en contact avec des danseurs. Je ne connaissais que des acteurs. "
...

Il se souvient de son premier coup de téléphone, à cause du nom. " Un jour, j'ai trouvé un message qui me disait de rappeler Ségolène Royal à l'Elysée. Franchement, ça fait rêver ! " C'était en 1983. Mlle Royal, diplômée de l'ENA, rédigeait des notes pour Jacques Attali, conseiller de François Mitterrand. Pour ses recherches sur une nouvelle maladie, le sida, on lui avait conseillé d'appeler Dominique Besnehard, jeune agent artistique : " Elle voulait que je la mette en contact avec des danseurs. Je ne connaissais que des acteurs. "Les années passent. Dix ans. Vingt ans. Ségolène Royal et Dominique Besnehard se croisent de loin en loin - une pièce de théâtre, un dîner chez un ami commun où elle se tient toujours en retrait... L'histoire se précise en juin 2004, quelques semaines après l'élection de Ségolène Royal à la présidence de la région Poitou-Charentes. Ce jour-là, elle assiste à la projection du film d'Olivier Assayas Clean. Dans la soirée, Ségolène Royal croise Dominique Besnehard et l'actrice qui l'accompagne, Béatrice Dalle. Elle accepte de s'asseoir à leur table, " juste une minute ". S'attarde finalement, enjouée et détendue. Besnehard la connaissait. Il commence à la découvrir. Simple sympathisant socialiste, il ne suit que d'un £il la course à l'investiture qui déchire le parti en novembre 2006. Mais il est atteint, plus tard, par la virulence des critiques dont la candidate Royal est la cible. Au point, par deux fois, de quitter un repas - l'une de ces soirées " entre soi " où la gauche bourgeoise moque cette femme qui lui ressemble si peu. " Leur mépris, leur arrogance, leurs certitudes, tout était insupportable ", dit encore aujourd'hui Dominique Besnehard. Il revient vite à Ségolène Royal qu'elle a un partisan. " Je vous remercie de me défendre ", lui glisse-t-elle à la fin du show d'Elie Semoun. L'agent des stars, touché par cette " guerrière " qui fait front dans un monde d'hommes, lui propose de l'aider. Jusqu'à la défaite, Besnehard organise des rendez-vous avec quelques personnalités emblématiques d'un monde auquel Royal s'ouvre peu à peu, la culture. En revanche, il ne lui dit rien des meetings, qu'il juge trop longs, de la voix, mal placée, des phrases alambiquées, des émissions ratées : " Je n'étais pas assez proche. "Cette intimité vient au lendemain du premier tour de la présidentielle. " Je l'ai regardée faire son discours de Melle, c'était terrible, la respiration, les silences, le choix des mots... J'ai pensé qu'elle devait être seule, pour que personne ne lui fasse ce genre de remarques évidentes. " Il l'appelle, elle lui propose de l'emmener au meeting de Montpellier. Dans l'avion, Besnehard vient avec le réalisateur François Ozon. Les deux hommes ne cachent pas leur scepticisme - " Ségolène, vraiment, ça ne va pas du tout. "Compagnon de déroute, Dominique Besnehard ne disparaît pas avec la défaite, attentif aux chagrins, aux découragements de la candidate déchue. Présent sans être encombrant, profondément gentil, totalement désintéressé, il téléphone, prend des nouvelles, réconforte. Au c£ur de l'été 2007, alors qu'il est à Cannes et elle à Mougins, il l'emmène, avec sa fille cadette et des copines, passer une soirée en boîte de nuit. " Ségolène, vous n'avez pas fait vos expériences ", lui lance-t-il parfois, lorsque ces petits riens qui font une vie la laissent désemparée. De lui, elle dit que " c'est un cadeau du ciel ". Dans son livre, Femme debout, publié il y a quelques semaines chez Denoël, elle poursuit : " Il a un regard perçant. Il est toujours à mes côtés. Ses conseils sont très précieux. " Entre eux, pas de rapport de force, de rivalité, pas d'arrière-pensée - entre eux, cette femme sur le qui-vive et un homme tout en rondeurs, c'est une affaire d'engagement. Pour Ségolène Royal, Dominique Besnehard a adhéré au PS. Il a même voté dans une section du XVIIe arrondissement de Paris. " Au moment de la désignation du secrétaire fédéral, il était complètement perdu, raconte en riant l'un de ses amis. Il ne savait pas pour qui voter, et demandait : ''Mais lequel est avec Ségolène ?'' " Dans son milieu professionnel, personne ne comprend l'affection, le dévouement que Besnehard porte à Royal. Au début, des proches l'ont mis en garde contre l'une de ces " manipulations " dont les politiques ont l'habitude. Depuis, ils se sont habitués à ce couple improbable. " La dernière fois que je l'ai croisé, à la veille du vote des motions pour le congrès de Reims, il m'a parlé du PS, se souvient un réalisateur. Il m'a dit : "Elle va les mettre minables, elle va arriver en tête !" On a ri, mais il avait raison. Dominique aime les gens, il les écoute, il les sent. C'est un grand professionnel. "Besnehard répète qu'il apprécie la droiture de Ségolène Royal, l'attention qu'elle porte aux autres. Le soir du vote des motions, elle lui a envoyé un SMS pour le remercier d'avoir été si présent. Il lui est reconnaissant, lui, d'assister aux projections où il l'invite, de participer à son dîner d'anniversaire, de prendre du temps quand " ça ne lui rapporte rien ". Ambigu, il s'inquiète de la voir " trop people ", mais montre avec un beau sourire une photo de la soirée de ses 55 ans, publiée dans VSD, avec Ségolène Royal à son côté. Il s'indigne d'entendre Sylviane Agacinski [Mme Jospin] expliquer, chez Laurent Ruquier, que Ségolène " est très jolie, très photogénique - si M. Besnehard, qui s'occupe d'elle, s'occupait de lui faire une carrière dans le show-biz, je crois que ce serait bien pour tout le monde ", mais souvent, en privé, il parle d'elle en disant " ma beauté ". Il moque son côté " cheftaine scout ", mais ne résiste pas toujours lorsqu'elle l'invite à décommander un dîner pour la rejoindre à souper : " C'est difficile de refuser quand elle insiste ! Je dois m'obliger à garder des distances, pour conserver mes repères... "Dominique Besnehard regarde toutes les émissions politiques à la télévision. Lorsqu'il juge qu'un commentaire est particulièrement désobligeant à l'égard de Ségolène Royal, il n'hésite jamais à envoyer un SMS pour faire savoir à l'impudent qu'il a passé les bornes. Même lorsqu'il s'agit de François Hollande ! C'est d'ailleurs en fan que Besnehard sera désormais croqué par Les Guignols, où une marionnette à son effigie s'apprête à faire son apparition. Il peut aussi facilement présenter Royal à Anne Méaux, la grande prêtresse de la communication de la droite, ex-conseillère de Valéry Giscard d'Estaing, que l'emmener écouter Julien Clerc. C'est grâce à lui qu'elle a croisé la route d'Ariane Mnouchkine, metteur en scène de théâtre, qui lui apprend l'aisance du corps. Et c'est encore par son intermédiaire qu'elle a rencontré Gabriella Cortese, créatrice de la marque de vêtements Antik Batik, où elle achète désormais ces tuniques à paillettes qui font bruisser le Tout-Paris. " Mais n'allez pas raconter n'importe quoi, intime-t-il, que je serais son gourou, que je choisirais ses tenues, tous ces trucs idiots ! J'aime ce qu'elle est et aucune de ses attitudes humaines ne m'a déçu, voilà. "C'est l'histoire d'une femme qui sort de sa coquille et d'un homme dont elle n'a rien à craindre. C'est l'histoire d'une femme qui se méfiait de tout et qu'un homme a pris le temps d'apprivoiser. " J'y gagne, à cause de la couleur du blé ", confie le renard au Petit Prince avant leur séparation. C'est une histoire partagée, où chacun trouve plaisir à exister. Une histoire d'amitié. élise Karlin