Pour sortir de la pandémie de covid-19, tous les espoirs se concentrent sur les vaccins et un taux de couverture d'au moins 70% de la population. Tout en affrontant le scepticisme vaccinal, la Belgique a choisi de ne pas rendre la vaccination contre le coronavirus obligatoire. Pourquoi?
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Pour sortir de la pandémie de covid-19, tous les espoirs se concentrent sur les vaccins et un taux de couverture d'au moins 70% de la population. Tout en affrontant le scepticisme vaccinal, la Belgique a choisi de ne pas rendre la vaccination contre le coronavirus obligatoire. Pourquoi? Prenons l'exemple de la réémergence d'une autre maladie infectieuse: la rougeole - problématique à la Une au moment où s'est déclarée la pandémie de covid-19. Depuis quelques années, la rougeole se propage en effet comme une trainée de poudre sur le continent européen. En 2018, on dénombrait ainsi quelque 80.000 cas dans 53 pays ; en avril 2019, le compteur était déjà à 40.000. La Belgique fait partie des pays où le taux de vaccination est le plus élevé mais, déplacements internationaux aidant, l'infection se manifeste aussi régulièrement chez nous. Son impact est fortement sous-estimé: un tiers des malades doivent être hospitalisés avec une forte fièvre voire une pneumonie ; un sur mille en meurt. Pour barrer la route à une épidémie, plusieurs pays occidentaux ont décidé d'imposer la vaccination. Trois facteurs peuvent expliquer cette décision, ainsi que l'obligation d'une série d'autres vaccins de base: l'échec des campagnes de vaccination vers les parents, des inquiétudes croissantes pour la santé publique en cas de flambée de rougeole et la possibilité d'éradiquer (presque) complètement l'infection par la vaccination, comme on l'a vu pour la polio. Les pays qui ont sauté le pas (France, Italie, Allemagne) ont introduit temporairement cette mesure comme dernier recours face au retour en force de la rougeole, dans le but d'accroître le taux de couverture. Et cela paie: l'immunité a progressé chez les nourrissons... Précisons tout de même qu'elle s'est accompagnée d'autres mesures, comme une bonne campagne de communication. Outre la manière peu claire pour introduire une telle obligation, celle-ci soulève aussi un certain nombre d'objections éthiques. Aucun vaccin n'est sûr à 100% et, même si les effets secondaires graves sont rarissimes, les gouvernements qui imposent certaines vaccinations doivent prévoir des mesures pour gérer ces situations. Les indications médicales aussi doivent être claires, car tout le monde ne peut pas être vacciné sans autre forme de procès. Un autre problème est celui des groupes vulnérables, comme celui des migrants, qui ont plus de mal à trouver la voie des programmes de vaccination. Si leurs enfants non vaccinés sont exclus de la crèche ou de l'école, cela risque d'accentuer encore leurs difficultés. Enfin, il semble aussi que l'obligation vaccinale réveille des doutes voire une franche hostilité latents vis-à-vis des vaccins. Elle peut aussi créer l'impression que les vaccins obligatoires sont plus importants que les autres, qui pourraient de ce fait se trouver négligés. Ces objections expliquent pourquoi notre pays préfère ne pas imposer la vaccination contre le coronavirus.