D'après un sondage réalisé par le Washington Post en 2019, face au changement climatique, les jeunes américains sont 54% à se sentir angoissés, 43% impuissants et 42% coupables. Plus près de chez nous aussi, l'inquiétude va croissant, au point que la revue médicale The Lancet et un rapport européen ont lancé à la fin de l'année dernière un vibrant appel à prendre au sérieux les craintes des enfants et des jeunes. Le fait d'être encore en pleine phase de développement peut en effet accroître leur sensibilité aux grandes menaces externes comme le changement climatique et, à mesure qu'ils prennent mieux conscience de ses conséquences, le risque de stress et de questionnement existentiel augmente. S'ajoute à cela que l'exposition à une météo de plus en plus extrême peut évidemment aussi contribuer à un affect négatif. D'après le rapport, "il est capital de comprendre comment les jeunes perçoivent et gèrent ce problème".
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D'après un sondage réalisé par le Washington Post en 2019, face au changement climatique, les jeunes américains sont 54% à se sentir angoissés, 43% impuissants et 42% coupables. Plus près de chez nous aussi, l'inquiétude va croissant, au point que la revue médicale The Lancet et un rapport européen ont lancé à la fin de l'année dernière un vibrant appel à prendre au sérieux les craintes des enfants et des jeunes. Le fait d'être encore en pleine phase de développement peut en effet accroître leur sensibilité aux grandes menaces externes comme le changement climatique et, à mesure qu'ils prennent mieux conscience de ses conséquences, le risque de stress et de questionnement existentiel augmente. S'ajoute à cela que l'exposition à une météo de plus en plus extrême peut évidemment aussi contribuer à un affect négatif. D'après le rapport, "il est capital de comprendre comment les jeunes perçoivent et gèrent ce problème". Le pédopsychiatre Peter Adriaenssens confirme la réalité de cette peur, qui peut prendre de l'ampleur en combinaison avec d'autres menaces comme le coronavirus ou le spectre de difficultés économiques. Il est néanmoins convaincu que nous devons leur raconter la vérité sans fard, quitte à provoquer une attaque de panique. "Vouloir protéger ses enfants de toute forme de stress n'est pas une bonne chose, car cela les prive de toute opportunité d'apprendre, clarifie l'expert. Soyez heureux s'ils ont une réaction violente aux mauvaises nouvelles, car c'est une manière de vous montrer qu'ils ont besoin d'être soutenus. En tant que parents, c'est donc une opportunité de les aider à renforcer leur résilience face à certains thèmes." "Les jeunes (et les enfants plus encore) ont besoin de pouvoir s'appuyer sur les adultes. La transparence revêt ici une importance cruciale. Pour savoir ce qu'ils pensent, ressentent et espèrent, un lieu de parole ouvert et accessible à la maison est nécessaire - la table des repas, par exemple. Vous pourrez y écouter vos enfants, découvrir comment ils raisonnent, prendre conscience de leurs angoisses et de leurs griefs... et, en tant qu'adulte, partager avec eux vos connaissances des thèmes qui les préoccupent." Et n'hésitez pas à admettre votre ignorance sur certains sujets, poursuit le pédopsychiatre: "En Occident, nous avons tendance à penser que tout peut être contrôlé, qu'il y a une solution à chaque problème. La crise du coronavirus nous remet à notre place: parfois, nous n'avons pas de réponse. Osez l'avouer à vos enfants. Prétendre que tout est sous contrôle dans la lutte contre le changement climatique est tout simplement contre-productif, d'autant que cette illusion est sans cesse contredite par les informations qui circulent dans les médias. Les jeunes se sentiront d'autant mieux soutenus par ce que vous savez, mais aussi si vous leur dites aussi honnêtement ce que vous ne savez pas. Cela renforce leur sentiment de sécurité." De plus, une discussion ouverte laisse aussi une place aux désaccords. "Si vous lui expliquez que nos décideurs s'efforcent d'apporter une solution au changement climatique, qu'on planche sur la question partout dans le monde, votre ado va peut-être vous accuser d'apathie ou de défendre un statu quo qui vous arrange. C'est l'occasion rêvée de sortir votre portable et de chercher des réponses ensemble - une quête commune d'autant plus précieuse qu'elle vous donnera une idée de la manière dont votre enfant trouve de l'information sur la Toile. Des informations correctes et fiables constituent une base fondamentale pour réguler ses angoisses." Comment ne pas perdre pied face à une menace aussi écrasante? La psychologue Renee Lertzman étudie depuis déjà une vingtaine d'années comment convertir l'angoisse climatique en actions concrètes. Pour contrer les sentiments de culpabilité, d'anxiété, de dépression, d'impuissance ou de déni, elle souligne avant tout l'importance du lien, et en première instance du lien avec soi-même. Elle concède toutefois que c'est loin d'être simple. "Il n'est vraiment pas facile d'être jeune à notre époque. Le changement climatique pousse de nombreuses personnes - de tous âges - à décrocher de la réalité. Lorsqu'une situation génère un stress (conscient ou inconscient) trop important, nos émotions s'enfoncent et nous perdons notre capacité à réagir d'une façon appropriée. Il est donc important de se répéter qu'on n'est pas une mauvaise personne et d'accepter ses sentiments négatifs et son impression d'impuissance. Être clément avec soi-même permet aussi de nouer des liens avec ceux et celles qui sont confrontés à un ressenti similaire." Elle conseille donc d'ouvrir au maximum le dialogue avec nos proches: "Le stress s'apaise lorsque nous nous sentons compris, et le fait d'être sur la même longueur d'ondes émotionnelle peut lever l'impression de blocage et ouvrir la porte à l'action. Affirmer 'Ce problème, nous pouvons le résoudre' mobilise bien moins que 'Moi aussi, j'ai peur et je n'ai pas toutes les réponses... mais nous sommes tous dans le même bateau et ensemble, nous pouvons trouver une solution!" Être paralysé par l'angoisse ou se réfugier dans un cocon de sécurité que l'on peut maîtriser sont des réactions naturelles, mais qui ne nous font pas avancer, confirme Peter Adriaenssens. D'après lui, il est important que les jeunes aient la possibilité de poser des actes concrets. "Je m'oppose à la tendance des adultes à présenter le monde comme un fait accompli: ce discours n'est porteur ni d'espoir, ni de changement, alors que c'est justement ce dont nos jeunes ont besoin: un message d'espoir et la conviction qu'ils peuvent faire la différence." Renforcer leur résilience, c'est aussi leur offrir des perspectives. "Enumérer les catastrophes naturelles, enchaîner sur la nécessité de respecter les accords de Paris et de là estimer que nous, individus, ne pouvons rien contre les géants de l'industrie n'est pas une éducation au climat. C'est un poison pour les jeunes esprits, poursuit le pédopsychiatre. Ils veulent se distinguer de la génération qui les précède et donner une place à leur identité dans une vision d'avenir vivable. Donnez-leur cette chance. Demandez-leur comment ils s'attaqueraient à certains problèmes et quel est le rôle que vous, en tant qu'adulte, pourriez jouer dans la solution qu'ils proposent - dans les limites du possible, évidemment. Faites preuve d'ouverture s'ils vous demandent par exemple de placer des panneaux solaires." "C'est ce que j'appelle la démocratie domestique. Le temps où toutes les décisions familiales étaient prises par les adultes est aujourd'hui révolu. Prêtez l'oreille aux préoccupations de vos enfants, mais demandez-leur aussi de vous écouter lorsque vous avez l'impression qu'ils vont trop loin. Cette tendance à se montrer parfois extrêmes dans leurs opinions ou choix est normale, cela fait partie du processus de développement de leur identité. Le principal est que vous leur appreniez à être ouverts à un large éventail de convictions, pour les aider à se forger un avis personnel mûrement réfléchi."