Il a déjà fait couler des tonnes d'encre, noirci des kilos de rapports d'experts. Paré de bien des vertus, le vote électronique aligne aussi de solides vices.
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Il a déjà fait couler des tonnes d'encre, noirci des kilos de rapports d'experts. Paré de bien des vertus, le vote électronique aligne aussi de solides vices. > Provisoirement définitif. Testé pour la première fois aux législatives du 21 novembre 1991, le vote automatisé en est toujours au stade... expérimental. Ces dix-huit ans de mise à l'épreuve transforment ainsi 44 % d'électeurs belges en cobayes électoraux permanents, uniques en leur genre. Après les forfaits de l'Allemagne et des Pays-Bas, la Belgique fait en effet figure d'exception dans l'Union européenne. > Fâcheusement obsolète. L'outil informatique prend un gros coup de vieux. Les matériels de première et de deuxième générations, acquis en 1994 et 1998, ont ainsi dépassé les dix ans de validité prévus. Un renouvellement s'imposerait donc d'urgence. Mais il en coûterait une petite fortune. En 2003, le ministère de l'Intérieur estimait à 13,577 millions d'euros l'investissement nécessaire pour renouveler le seul matériel de première génération. Au fil des scrutins, on déclare donc les machines à voter bonnes pour le service par une remise à niveau. Qui a tout de même coûté 3,8 millions d'euros pour l'outil de première génération. Signe de la cacophonie ambiante : la procédure lancée pour le renouvellement du matériel informatique de vote n'est signée que par le fédéral et la Flandre. Elle attend toujours l'aval des Régions wallonne et bruxelloise. > Nettement coûteux. L'ancien ministre wallon des Pouvoirs locaux, Philippe Courard (PS), s'affolait devant la facture d'une éventuelle généralisation du vote électronique en Wallonie : 23 millions d'euros. Le scrutin communal de 2006, dans sa seule version automatisée, a coûté à la Région 1,6 million d'euros. > Dangereusement incontrôlable. La maîtrise du système de vote électronique est logiquement l'affaire des experts en informatique. Assistante au centre de droit public de l'ULB et adversaire résolue du vote automatisé, Anne-Emmanuelle Bourgaux s'alarme de voir un domaine aussi démocratiquement sensible que les élections être confisqué par des techniciens. Parlementaires, fonctionnaires, magistrats, citoyens se retrouvent à la merci des seuls informaticiens pour contrôler sérieusement la régularité des opérations électorales. Un collège d'experts, désigné en 1998 pour contrôler la fiabilité et la sécurité des logiciels électoraux et du matériel de vote, manque de moyens humains et matériels. Il ne se prive d'ailleurs pas de faire régulièrement aveu d'impuissance et de regretter le peu d'intérêt que les Parlements portent à son travail. > Excessivement privatisé. Machines de vote, logiciels électoraux, agréation des firmes : de la production au contrôle, les maillons du vote automatisé sont entre les mains de la sphère privée. Or la défense de l'intérêt général n'est pas la première de ses raisons d'être. Faute de fonctionnaires compétents, le ministère de l'Intérieur a dû déclarer forfait. C'est un bureau d'études privé qui fait ainsi office de contrôleur des sociétés privées. Les avis qu'il rend sont payés par les firmes contrôlées. Et ces rapports de contrôle, classés confidentiels, ne peuvent être divulgués au collège d'experts qu'avec l'accord de la firme contrôlée... Anne-Emmanuelle Bourgaux estime donc la voie sans issue : " Pour garantir un réel contrôle, et donc une fiabilité du système de vote électronique, le sommes seraient tellement énormes que personne ne songerait encore sérieusement à le défendre. A moins de dépenser beaucoup pour voter électroniquement, comme si on votait de manière... traditionnelle. "P. HX