Le monde se divise en deux parties : ceux qui ont découvert Hervé Guibert de son vivant, et à travers son oeuvre protéiforme et hypnotique capturé en direct la pulsation inquiète et sauvage des années 1980 ; et puis les autres, orphelins de la vision organique, passionnée et autofiltrée que ce témoin esthète a jetée sur une époque charnière de l'histoire, traversée coeur au plancher. De toutes les aventures esthétiques et intellectuelles, il ne résistera pas à l'urgence du désir qui décimera une partie de sa génération, frappée en plein vol par le sida, dont il fera un matériau littéraire sidérant avant d'y succomber en 1991, à seulement 36 ans. Trop jeune pour mourir. Mais bien assez vieux pour devenir une figure romantique culte, que son physique d'ange souvent aperçu dans des autoportraits vaporeux n'a fait qu'amplifier. Heureusement, il n'est pas trop tard pour s'imprégner de l'atmosphère à la fois cruelle et évanescente de sa partition, qui n'a rien perdu de son mordant et de sa fulgurance, comme le démontre la réédition soignée de son roman-photo Suzanne et Louise, publié en 1980.
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