Trois cent cinquante millions d'euros d'investissements. La future ligne du tram de Liège a beau n'être longue que d'un peu moins de 12 kilomètres, elle n'épargne pas les caisses de la Région wallonne. Même si ce budget fut en réalité maintes fois raboté : c'est pour des questions de gros sous que les tronçons reliant Jemeppe à l'ouest et Herstal à l'est furent mis entre parenthèses (ou aux oubliettes, selon les plus pessimistes). Conséquence, aussi, de moult bisbilles entre les deux ministres wallons à la manoeuvre, André Antoine (Finances, CDH) et Philippe Henry (Aménagement du territoire, Ecolo), qui n'ont eu de cesse de s'affronter depuis que les discussions sont sur les rails...
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Trois cent cinquante millions d'euros d'investissements. La future ligne du tram de Liège a beau n'être longue que d'un peu moins de 12 kilomètres, elle n'épargne pas les caisses de la Région wallonne. Même si ce budget fut en réalité maintes fois raboté : c'est pour des questions de gros sous que les tronçons reliant Jemeppe à l'ouest et Herstal à l'est furent mis entre parenthèses (ou aux oubliettes, selon les plus pessimistes). Conséquence, aussi, de moult bisbilles entre les deux ministres wallons à la manoeuvre, André Antoine (Finances, CDH) et Philippe Henry (Aménagement du territoire, Ecolo), qui n'ont eu de cesse de s'affronter depuis que les discussions sont sur les rails... Les tensions politiques semblent tout de même apaisées, puisque le gouvernement wallon a approuvé le projet le 28 février dernier. Le top départ que tous les acteurs du dossier attendaient. Depuis, le tram trace sa route, histoire de coller au mieux au calendrier fixé. La SRWT (Société régionale wallonne du transport, qui est à la manoeuvre) a introduit une demande de permis unique le 18 mars. L'enquête publique a été ouverte dans la foulée, les citoyens étant conviés à des séances d'information, quartier par quartier depuis le 15 avril. Prochaines étapes : obtention du fameux permis fin 2013, désignation du partenaire privé au printemps 2014, travaux pendant trois ans, mise en circulation fin 2017. Du moins en théorie. Car comme dans tous les chantiers d'envergure, les risques de recours de la part des riverains pendent au nez des maîtres d'ouvrage. " D'autant qu'il y a eu une étude d'incidences, mais que le tracé a été modifié par la suite, sans qu'une nouvelle étude soit réalisée. Je me demande si cela ne soulève pas un problème juridique ", lance l'avocate Christine Defraigne, chef de file de l'opposition MR. Chercher la petite bête, elle ? La libérale - comme l'ensemble des autres partis - ne remet pas en cause la nécessité d'un tram. Les lignes de bus 1 et 4, qui traversent aujourd'hui la ville, sont tellement bondées que leur simple vue rend claustrophobe. Au point que ces tronçons seraient les deux seuls rentables de tout le réseau wallon, selon le bourgmestre Willy Demeyer... Mais la libérale - comme bon nombre de partis... de l'opposition - fustige allègrement le tracé de ce " mini-tram fortement amaigri ". Le futur moyen de transport en commun reliera donc une vingtaine de stations sur près de 12 kilomètres. Depuis le stade du Standard à Sclessin jusqu'à Coronmeuse et la gare de Bressoux. En passant par les Guillemins, la place Saint-Lambert, la rue Ferronstrée... Sa trajectoire a été corrigée à la dernière minute pour éviter de transpercer le parc d'Avroy et de sacrifier une centaine de platanes jugés remarquables. L'alternative retenue sera l'avenue Rogier. " Je me demande si les centaines d'élèves et de travailleurs des écoles et entreprises situées en face sur le boulevard d'Avroy vont marcher 800 mètres pour rejoindre la station ", s'interroge Christine Defraigne. Et d'évoquer la mauvaise liaison avec les lignes de bus allant vers le campus universitaire du Sart-Tilman, les inconvénients pour les magasins durant les travaux, le quai de la Batte raboté au détriment des commerçants ambulants du marché dominical... " C'est un tram touristique, qui avait été pensé dans le cadre de Liège 2017 ", dénonce Raoul Hedebouw, conseiller communal PTB. " Le projet a été mené de façon très regrettable, il répond mal aux besoins des usagers, estime quant à lui François Schreuer, représentant de Vega (Verts et à gauche). Les quartiers sont très mal desservis, la ville va être coupée en deux. Rien n'a été prévu pour la rive droite, qui risque en plus d'hériter de toute la circulation puisque pas mal de zones en rive gauche vont se retrouver piétonnières. Sans compter que le réseau des bus n'a pas encore été repensé... " " On a commencé à réfléchir aux nouveaux trajets des bus, mais on a encore le temps ", répond Michel Firket, échevin CDH de la Mobilité et par ailleurs président des TEC Liège-Verviers. Pour Willy Demeyer, il faut voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. " Si la Région wallonne était plus riche, on aurait fait un tram quatre fois plus grand ! Mais il fallait saisir l'oiseau sur la branche. Si on peut obtenir plus d'argent à l'avenir, on fera autre chose. En attendant, je préfère un projet qui donne satisfaction à 80 % que rien du tout. Liège est trop souvent passée à côté d'opportunités parce qu'on exigeait des dossiers parfaits sinon rien... " Malgré l'enquête publique, le tracé ne devrait plus bouger d'un iota. Tout au plus, les observations des riverains pourront-elles entraîner " des modifications à la marge ", dixit Michel Firket. En guise de contrepartie à ce tracé perfectible, Christine Defraigne (MR) se verrait bien ressortir un vieux dossier que d'aucuns croyaient enterré : CHB. Soit la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays, à laquelle les Ecolos sont farouchement opposés. " On nous avait demandé d'élaborer un plan urbain de mobilité, à l'échelle de l'arrondissement. Mais le ministre Henry s'assied dessus car le document valide CHB, tempête-t-elle. On devrait compenser ce que nous perdons par la remise en état de ce PUM. " Les Ecolos l'ont toujours crié haut et fort : tant qu'ils seront au pouvoir, jamais de CHB. " Ça bouge, on en parle, assure pourtant Michel Firket. Des solutions plus "light" qu'une autoroute pourraient être envisagées, comme une nationale. " Reste à savoir si, d'ici là, le tram aura répondu aux besoins des Liégeois. Car à 350 millions d'euros ou 29 166 euros le mètre, ce sera tout de même très cher payé. MÉLANIE GEELKENS