Onze ans après le début d'une nouvelle rébellion congolaise téléguidée par le Rwanda et l'Ouganda, prélude à une guerre quasi continentale qui durera jusqu'en 2002, les relations entre Kinshasa et Kigali continuent de se normaliser. Après les opérations militaires communes destinées à éradiquer la rébellion hutu au Congo, après l'arrestation du rebelle tutsi Laurent Nkunda par les Rwandais qui l'avaient soutenu jusqu'alors, une étape symbolique vient d'être franchie avec la première rencontre bilatérale entre les présidents congolaisJoseph Kabila et rwandais Paul Kagame. C'était le 6 août dernier, à Goma, à l'issue d'un long processus de normalisation diplomatique. Pour parler de sécurité aux frontières, mais aussi pour des projets à plus long terme, notamment é...

Onze ans après le début d'une nouvelle rébellion congolaise téléguidée par le Rwanda et l'Ouganda, prélude à une guerre quasi continentale qui durera jusqu'en 2002, les relations entre Kinshasa et Kigali continuent de se normaliser. Après les opérations militaires communes destinées à éradiquer la rébellion hutu au Congo, après l'arrestation du rebelle tutsi Laurent Nkunda par les Rwandais qui l'avaient soutenu jusqu'alors, une étape symbolique vient d'être franchie avec la première rencontre bilatérale entre les présidents congolaisJoseph Kabila et rwandais Paul Kagame. C'était le 6 août dernier, à Goma, à l'issue d'un long processus de normalisation diplomatique. Pour parler de sécurité aux frontières, mais aussi pour des projets à plus long terme, notamment économiques. Il est vrai que la commission mixte ne s'est plus réunie depuis... vingt et un ans. Pour les deux protagonistes, l'opération est pleinement gagnante. Avec cette rencontre inédite, Kabila a pu offrir son cadeau de bienvenue à la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, en visite au Congo, et masquer les misères de son régime : mauvaise gouvernance, corruption, impunité... Dans le même temps, Kagame a pu redorer son blason terni par son autoritarisme et ses aventures militaires au Congo, tout en réaffirmant qu'il était incontournable dans la région. Cette fois, la tournée américaine ne prévoyait pas d'escale à Kigali, alors que la capitale rwandaise était auparavant une étape obligée. Kagame n'a-t-il pas été le " poulain " de Bill Clinton, lorsque celui-ci était président ? Mais les temps ont changé. " L'administration Obama ne veut pas se calquer sur celle de Clinton, analyse François Grignon, directeur Afrique à l'International Crisis Group. Elle essaie de rééquilibrer les relations des Etats-Unis dans la région, d'autant qu'ils ont des intérêts miniers au Congo et que la Chine est perçue comme un dangereux rival. "Alors que les deux présidents, pressés par Washington, s'engagent pour la paix, les Européens sont restés muets. Une semaine plus tard, le ministre belge des Affaires étrangères Yves Leterme n'avait toujours pas réagi, alors que le Congo fait partie de ses priorités. " On ne peut pas faire des commentaires sur tout ", réagit Delphine Colard, porte-parole de la diplomatie belge, comme si cette rencontre hautement symbolique, et souhaitée de longue date, était soudainement devenue insignifiante. Du côté du Conseil de l'UE, idem. Les 27 Etats membres ont sorti récemment des déclarations communes sur des sujets très variés : la violence au Nigeria, la liberté d'expression en Gambie... Mais rien sur le sommet de Goma. Signe de mauvaise humeur d'Européens qui voient leur " poulain " Kabila leur échapper ? Confirmation du désintérêt pour cette partie du monde ? Frustration de ne pas avoir été informés, alors que les deux protagonistes ont ensuite brillé par leur absence à la conférence de Lusaka sur les Grands Lacs ? " Les Européens veulent davantage que des symboles, répond François Grignon. Les Congolais aussi, et c'est le plus important. Si les opérations militaires ne sont pas suivies par la paix dans l'est, si les partenariats économiques ne sont pas suivis d'emplois, alors à quoi bon ces rencontres au sommet ? " Selon un diplomate européen, " cette rencontre s'est passée de façon inattendue et de surcroît en plein mois d'août, d'où l'absence de réaction. Ne voyons pas plus loin ! "En 1998, la guerre avait également débuté dans l'apathie estivale. Personne n'avait bronché à l'époque, d'autant que la plupart des Occidentaux n'étaient pas trop mécontents de voir les Rwandais lancer une opération contre le président Laurent-Désiré Kabila, jugé " incontrôlable ". Il fallut attendre plusieurs semaines avant d'avoir une réaction un peu coordonnée des Européens. François Janne d'Othée" Les européens veulent davantage que des symboles "