En 1939, l'Europe, la Belgique, Liège sont à la fête, l'économie tourne à plein régime, on feint de ne pas entendre les bruits de bottes venant d'Allemagne. Pour célébrer l'inauguration du canal Albert, audacieuse tranchée qui permet désormais aux péniches les plus lourdes de naviguer entre Liège et la mer du Nord, une exposition internationale sur le thème de l'Eau est organisée sur les bords du canal et de la Meuse. Mais en septembre, le déclenchement de la guerre, avec l'invasion allemande de la Pologne, signe prématurément l'arrêt des festivités, le robinet qui alimente les jets d'eau hauts d'une centaine de mètres est fermé, le village mosan reconstitué est vidé de ses occupants, le téléphérique qui offrait une vue imprenable sur la vallée est démantelé.
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En 1939, l'Europe, la Belgique, Liège sont à la fête, l'économie tourne à plein régime, on feint de ne pas entendre les bruits de bottes venant d'Allemagne. Pour célébrer l'inauguration du canal Albert, audacieuse tranchée qui permet désormais aux péniches les plus lourdes de naviguer entre Liège et la mer du Nord, une exposition internationale sur le thème de l'Eau est organisée sur les bords du canal et de la Meuse. Mais en septembre, le déclenchement de la guerre, avec l'invasion allemande de la Pologne, signe prématurément l'arrêt des festivités, le robinet qui alimente les jets d'eau hauts d'une centaine de mètres est fermé, le village mosan reconstitué est vidé de ses occupants, le téléphérique qui offrait une vue imprenable sur la vallée est démantelé. Revanche de l'histoire : c'est sur ce même site que les Liégeois entendent, si les membres du BIE leur donnent raison en novembre prochain, organiser l'exposition internationale de 2017. " Cette localisation s'est vite imposée, raconte Jean-Christophe Peterkenne, président du comité de gestion de la société Liège 2017. Le site est idéalement situé au bord de l'eau, à proximité du tracé du futur tram et de l'autoroute, à l'entrée de Liège mais aussi de Herstal. Et avec ses 24,9 hectares, il répond à quelques mètres carrés près aux exigences du BIE. " Aussi, il constitue un des derniers sites bâtissables de cette superficie sur le territoire communal puisqu'il n'est occupé que par une école et une plaine de sport, par la Foire internationale de Liège (qui déménagera sur l'autre rive du fleuve) et par la patinoire, seul pavillon subsistant de 1939 et dont les activités sportives vont être transférées près de la Médiacité. Le site idéal, donc. Qui, expo ou pas expo, doit être exploité comme il le mérite. Spécialisé dans les grands aménagements urbains, le bureau néerlandais Venhoeven CS a imaginé une série de pavillons convertibles en logements à basse consommation d'énergie, pouvant héberger 1 200 familles, alignés le long de voies piétonnes et cyclables, avec vue sur une dizaine d'hectares d'espaces verts. " A la différence d'une exposition universelle, où chaque exposant est responsable de son pavillon, une exposition internationale laisse toute latitude à ses organisateurs pour l'aménagement des pavillons, insiste le bourgmestre liégeois, Willy Demeyer. Mais quel que soit le résultat du vote du BIE, cet écoquartier sera construit. "Les pièces du puzzle se mettent en place : en début d'année, le GRE (Groupe de Redéploiement Liégeois), la Ville et Ecetia (ancienne SLF, intercommunale financière et immobilière) ont annoncé la prochaine création d'Immo Coronmeuse afin de faire sortir de terre ces 200 000 mètres carrés de logements. " Les délais sont très courts, explique Jean-Luc Pluymers, directeur-général du GRE. La priorité est de transformer le master plan en un cahier des charges très précis et... très complexe. " Avec l'aide de Deloitte - pour les aspects financiers - et du bureau ACMG - pour l'immobilier -, l'heure est donc à la collecte des informations et à la rédaction du dossier. " Dans le courant du mois de septembre, nous lancerons deux appels d'offres : l'un avec l'option expo, c'est-à-dire comprenant la transformation des pavillons en logements, et l'autre sans cette option et prévoyant donc directement la construction d'éco-logements, complète Jean-Luc Pluymers. Les premières offres devront nous être remises vers la fin du mois d'octobre et nous ferons une première sélection de deux ou trois partenaires possibles. " Coût estimé de l'opération : 400 millions d'euros, à charge donc d'investisseurs privés qui pourront vendre ou louer les maisons, appartements et bureaux nouvellement construits. " Je peux vous dire, pour en avoir croisé quelques-uns au Marché international des pros de l'immobilier notamment, que plusieurs investisseurs travaillent déjà sur le dossier. "Pavillons, bureaux d'accueil et d'information, aires de services (boutiques, restaurants et cafétérias...) ne suffisant pas à définir le site d'une exposition appelée à accueillir 6 millions de visiteurs, d'autres sites liégeois sont appelés à prolonger la plaine de Coronmeuse. A commencer par des terrains du quartier de Bressoux, à quelques centaines de mètres du futur éco-quartier, sur l'autre rive de la Meuse. C'est là notamment, sur ce qui est aujourd'hui une vaste friche, que devrait être aménagé le futur dépôt du tram : dès leur réveil, de bon matin, les véhicules traverseront le fleuve, déposeront les promeneurs à l'entrée de l'exposition, poursuivront leur route jusque Sclessin en passant par le centre-ville et le quartier des Guillemins. C'est là aussi que déménagera la Foire internationale de Liège, aujourd'hui abritée dans des hangars - devenus trop exigus - sur la plaine de Coronmeuse. Les nouvelles halles, à construire pour un budget prévu de 15 millions d'euros, seront bordées de parkings à la mesure de leurs nouvelles ambitions et qui, les jours de vacance, pourront servir de parkings relais. Une passerelle cyclo-pédestre permettra aux visiteurs rassemblés dans ce n£ud multimodal - parkings relais en sortie d'autoroute, gare de Bressoux rénovée et dépôt de tram - de traverser la Meuse en direction des pavillons puis, lorsque le dernier visiteur aura quitté le site de l'exposition, de l'écoquartier. Enfin, d'autres aménagements urbanistiques devraient s'intégrer dans le parcours du visiteur : aménagement d'un espace de concerts sur la pointe de l'Île Monsin (entre la Meuse et le canal Albert), transformation d'une partie des quais qui longent la Meuse en un paisible boulevard urbain, édification d'un nouveau quartier autour de la gare des Guillemins, modernisation de la gare de Herstal et, pourvu que la SNCB puisse l'inscrire dans un prochain budget, transformation radicale de la gare du Palais. JOËL MATRICHECoronmeuse ne sera pas le seul site à transformer