L 'enseignement sera le thème de prédilection du MR en campagne électorale. L'actualité de ces dernières semaines lui offre du pain bénit. Entretien avec Françoise Bertiaux, chef de groupe MR à la Communauté française.
...

L 'enseignement sera le thème de prédilection du MR en campagne électorale. L'actualité de ces dernières semaines lui offre du pain bénit. Entretien avec Françoise Bertiaux, chef de groupe MR à la Communauté française. Françoise Bertiaux: Mais si, au contraire ! Nous sommes tout à fait pour ! Que les plus forts et les plus faibles soient ensemble, que les classes sociales soient mélangées ! C'est le meilleur système, pour tous. Mais cela ne peut se faire sous la contrainte, comme avec le décret inscriptions. Si toutes les écoles secondaires offraient un enseignement de qualité, le problème de la mixité sociale ne se poserait pas. Les parents choisiraient naturellement l'école la plus proche du domicile. Le problème, c'est que les apprentissages de base ne sont pas garantis partout et qu'on reporte les difficultés sur les écoles secondaires, dont certaines doivent faire du " repêchage ". C'est le système qui fonctionne mal. On avance avec les plus forts et les autres sont largués. Alors, pour ceux qui présentent des difficultés à la fin des primaires, on a inventé un premier degré du secondaire " différencié ", au cours duquel ils sont censés résorber leurs retards et rejoindre ensuite leurs camarades. Ainsi, on reporte toujours un peu plus les problèmes. Evidemment ! Le second degré compte le taux d'échec le plus élevé, surtout chez les garçons. On " résout " cela en orientant beaucoup d'élèves vers l'enseignement technique et professionnel. C'est ce que j'appelle l'effet cascade : on tombe de plus en plus bas. Alors qu'il faudrait faire comme le saumon : remonter le courant. C'est à ce moment que s'opère la vraie sélection et que disparaît toute mixité sociale. Au détriment de la qualité de l'enseignement technique et professionnel, transformé en poubelle. C'est la concurrence entre les écoles qui pousse ces dernières à offrir de plus en plus d'options. Il faut rationaliser cette offre en encourageant les écoles d'un même réseau à s'entendre entre elles sur les menus qu'elles proposent. De toute façon, faute d'argent, on y sera contraint, dans les prochaines années. Nécessité fera loi. Le latin n'est pas élitiste, mais formatif. Il permet de comprendre beaucoup de choses qu'on apprend plus tard, dans le supérieur. Mais ce n'est pas utile de le proposer dans toutes les écoles ! Cela dit, les options " musique " ou " théâtre " ne devraient pas être moins " élitistes " que l'option " latin ". Tous les cours devraient viser l'excellence. Bien sûr ! Sus à l'hypocrisie ! Plongez un élève défavorisé dans une classe de fils à papa, et vous verrez s'il se sent bien ! Inversement, mettez un petit bourge dans un groupe de jeunes défavorisés, et vous verrez comment il vit l'expérience ! L'absence de mixité sociale dans les écoles suscite des phénomènes d'appartenance et de rejet, c'est l'évidence même. On n'arrivera à bout des écoles ghettos, de riches ou de pauvres, de faibles ou de forts, que progressivement, en s'attaquant au problème à la racine et, j'insiste, en offrant partout de la qualité. Pas en imposant artificiellement un " quota " d'élèves de tel ou tel milieu, que ce soit par tirage au sort ou par n'importe quel autre " décret inscriptions ". C'est précisément ce que le MR propose : fusionner, non pas le libre et l'officiel, mais les 3 réseaux de l'officiel (Communauté française, provinces, communes). Le réseau officiel ne pèse déjà que 40 % de l'offre, pour 60 % pour le libre. C'est ridicule de le morceler. Le regroupement du réseau officiel devrait permettre de réduire la politisation qui sévit dans ce secteur et de redonner davantage d'autonomie aux directions d'école. Plus question, par exemple, qu'un échevin se mêle d'interpréter un décret inscriptions, comme cela vient d'être le cas à Bruxelles ( NDLR : avec Faouzia Hariche, échevine de l'Instruction publique de la Ville de Bruxelles). Plus question de voir un prof nommé parce qu'il a la bonne carte de parti, et pas pour ses compétences. La politisation pourrit la vie des directions d'école, démotive les profs et nuit à un enseignement de qualité. Il faut en finir ! Entretien : Isabelle Philippon