C'est la publication d'une enquête sur Robert Kiss, directeur de recherche au FNRS soupçonné de fraude scientifique, dans Le Vif/L'Express du 26 avril, qui l'a décidé à raconter sa mésaventure. Jean-Claude Leunis, 72 ans, chimiste-biologiste ayant travaillé aux Etats-Unis et directeur d'un laboratoire indépendant, accuse Robert Kiss de tentative de spoliation. Il dit avoir été " abusé ", " trompé ". Malgré la colère et la désillusion, Jean-Claude Leunis décrit Robert Kiss comme " un homme intelligent, un scientifique estimé au sein de la faculté de pharmacie de l'ULB, mais réellement malhonnête ".
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C'est la publication d'une enquête sur Robert Kiss, directeur de recherche au FNRS soupçonné de fraude scientifique, dans Le Vif/L'Express du 26 avril, qui l'a décidé à raconter sa mésaventure. Jean-Claude Leunis, 72 ans, chimiste-biologiste ayant travaillé aux Etats-Unis et directeur d'un laboratoire indépendant, accuse Robert Kiss de tentative de spoliation. Il dit avoir été " abusé ", " trompé ". Malgré la colère et la désillusion, Jean-Claude Leunis décrit Robert Kiss comme " un homme intelligent, un scientifique estimé au sein de la faculté de pharmacie de l'ULB, mais réellement malhonnête ". Sur la table, quelques documents enfermés dans une poche plastifiée résument sa ligne d'attaque. Jean-Claude Leunis travaille depuis plusieurs années sur l'écorce de divers arbres, dont les bouleaux, qui recèlerait des propriétés anticancéreuses. En 2004, il est approché par une société de produits diététiques et de compléments nutritionnels. La SNDV (en faillite aujourd'hui) finance ses recherches. Sa découverte est d'avoir réussi à rendre solubles trois composés au départ insolubles, isolés à partir de l'écorce de bouleau. Quel intérêt ? Grâce à cette trouvaille, il est possible de mettre au point un traitement contre certains cancers (notamment ceux du mélanome et du côlon, ainsi que le gliome, une tumeur cérébrale). Le 7 mars 2007, le chimiste-inventeur et la société privée déposent, auprès du cabinet Venner Shipley, un brevet mondial relatif " aux dérivés de l'acide bétulonique et de l'acide bétulinique - extraits de l'écorce de bouleau blanc - et à leurs actions dans le traitement d'un cancer ou d'une infection virale ". Ses premiers résultats seraient " plus que prometteurs " : sous l'action de ces dérivés solubles d'acide bétulinique, des cellules de leucémies lymphoïdes chroniques (la leucémie la plus fréquente) sont tuées in vitro en moins de quarante-huit heures, tandis que les cellules saines ne sont pas affectées. Et en septembre 2008, l'équipe du Pr Bernard Pirotte, directeur du service de chimie pharmaceutique de l'ULg, et Robert Kiss invitent Jean-Claude Leunis à venir présenter ses travaux de recherche. Le mois d'après, il est dans le service de Bernard Pirotte, en compagnie de Robert Kiss et de Joseph Gottal, ingénieur et expert en industrie du bois. " A l'issue de mon exposé, Robert Kiss m'a chaleureusement félicité, et moi, j'étais enchanté de partager ma recherche ", raconte Jean-Claude Leunis. A l'époque, Robert Kiss possède un laboratoire de pointe, où Jean-Claude Leunis pourrait tester in vitro sa découverte. Robert Kiss lui en ouvre gratuitement les portes. Jean-Claude Leunis lui confie alors des échantillons pour que Robert Kiss teste leur activité antitumorale. " Je ne me suis pas du tout méfié ", concède- t-il. Ce sont des choses qui se font entre scientifiques. Une tradition. Les chercheurs s'envoient entre eux des échantillons pour avoir des avis réciproques. Une collaboration se met en place, des expériences sont menées... Et des désaccords apparaissent. Ils portent sur des questions strictement scientifiques : en février 2009, Robert Kiss adresse un rapport à son partenaire, dans lequel il lui écrit que les résultats ne sont pas convaincants. Conclusion : il " n'envisage pas de poursuivre plus avant les investigations ". Jean-Claude Leunis, lui, contredit le protocole de test et la technique utilisée, avec la désagréable impression d'avaler une couleuvre. Coup de tonnerre : en avril 2009, le FNRS a la surprise de recevoir une demande de crédits de Robert Kiss et de Bernard Pirotte... sous le même intitulé que Jean-Claude Leunis. Sans l'en avertir. " La bibliographie de leur document déposé au FNRS ne mentionnait même pas mes travaux, ni mon brevet ", raconte Jean-Claude Leunis. L'" affaire " est découverte suite à une alerte déclenchée par le réputé Arsène Burny, qui a conduit au rejet du dossier. Car parmi les rares soutiens que reçoit Jean-Claude Leunis, il y a en effet celui de son vieil ami Arsène Burny, président de la commission Télévie du FNRS, qui était au courant des recherches menées par Leunis. " J'ai demandé des éclaircissements à Robert Kiss et à Bernard Pirotte. Leur comportement m'a paru très curieux, dans la mesure où ils n'ignoraient pas les travaux apportés par Jean-Claude Leunis. C'était vraiment inadmissible. En trente ans, je n'avais jamais vu ça ", affirme Arsène Burny, interrogé par Le Vif/L'Express. En revanche, Robert Kiss a bien obtenu une subvention de la Région wallonne pour extraire des molécules anticancer à partir notamment du charme, un arbre de la famille des bétulacées. Dans une interview à la RTBF en janvier 2010, il déclare : " Le charme, qui n'a jamais été étudié, contient des propriétés stupéfiantes pour tuer les cellules cancéreuses. " " Le charme fait partie des bétulacées dont le bouleau en est le principal représentant et ces arbres possèdent tous les dérivés cités et utilisés dans notre brevet ", explique Jean-Claude Leunis. Pourquoi Jean-Claude Leunis tient-il tant à ce brevet ? Est-il d'une grande portée médicale ? " Jean-Claude Leunis est un chimiste-biologiste reconnu. C'est un homme remarquable, et sa recherche mérite sans aucun doute plus d'investigations ", affirme Arsène Burny. Le chimiste mène sa recherche sur ses fonds propres, en raclant les fonds de tiroir. Il a perdu le soutien conclu avec l'entreprise privée. " La peur du scandale ", dit-il, en référence à Robert Kiss. Il a trouvé un appui chez le Pr Didier Lambert, directeur de l'unité de chimie pharmaceutique à l'UCL, ou il souhaiterait réaliser des essais in vivo. Mais ça ne suffit pas. Le dépôt d'un brevet coûte cher, très cher, sans compter la taxe annuelle à payer pour le conserver : des milliers d'euros. Le risque ? Voir quelqu'un d'autre s'emparer du brevet qui, faute de moyens financiers, pourrait tomber dans le domaine public. SORAYA GHALI" Le charme, qui n'a jamais été étudié, contient des propriétés stupéfiantes pour tuer les cellules cancéreuses "