La motion votée en conseil communal de Molenbeek par une majorité alternative à celle du collège a enfoncé un coin vers une islamisation du service public. Derrière le débat sur la neutralité, c'est toujours celui sur le hijab qui se profile. Avec les mêmes sempiternels prétextes : les femmes musulmanes voilées se verraient soi-disant discriminées comme femmes, comme d'origine ou ascendance immigrée, comme musulmanes. Si les deux premières causes de discrimination sont recevables, la troisième ne l'est pas. Personne n'échappe à son genre ni à son origine ethnique, ni à son faciès, ni à sa couleur de peau. Mais on peut pratiquer le culte musulman sans hijab. Et si on le porte, on peut l'ôter quand l'employeur l'exige. Tout est question de hiérarchie des valeurs. La loi de Dieu prime-t-elle sur celle des humains ? Ou l'inverse ?
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La motion votée en conseil communal de Molenbeek par une majorité alternative à celle du collège a enfoncé un coin vers une islamisation du service public. Derrière le débat sur la neutralité, c'est toujours celui sur le hijab qui se profile. Avec les mêmes sempiternels prétextes : les femmes musulmanes voilées se verraient soi-disant discriminées comme femmes, comme d'origine ou ascendance immigrée, comme musulmanes. Si les deux premières causes de discrimination sont recevables, la troisième ne l'est pas. Personne n'échappe à son genre ni à son origine ethnique, ni à son faciès, ni à sa couleur de peau. Mais on peut pratiquer le culte musulman sans hijab. Et si on le porte, on peut l'ôter quand l'employeur l'exige. Tout est question de hiérarchie des valeurs. La loi de Dieu prime-t-elle sur celle des humains ? Ou l'inverse ? Je ne m'étendrai pas ici sur les significations du hijab, fétiche identitaire, sexiste, patriarcal, symbole de la haine du corps des femmes qui, par pudeur, devraient se prémunir contre le regard libidineux masculin, etc. Ni sur les mobiles individuels de le porter, par définition insondables. Ni sur la bien réelle pression religieuse, sociale et communautaire pour contraindre les rebelles à se voiler. D'une part, que répondre à celles qui le revendiquent fièrement, sinon d'assumer leur choix sans se plaindre ni nous ennuyer avec leurs revendications ? D'autre part, on ne libère pas les personnes contre leur gré ni malgré elles. J'ai toujours milité pour la liberté d'avorter. Jamais pour libérer les chrétiennes opposées à l'avortement. De même quant aux musulmanes en hijab. Je m'oppose au hijab parce qu'il incarne un ordre politique et social islamiste que je rejette et que je combats. Et que le hijab en est l'étendard. L'islam belge se trouve depuis quarante ans sous la coupe salafiste saoudienne, celle des Frères musulmans ainsi que celle des autoritarismes marocain et turc, et cela en d'âpres rivalités intestines. De son côté, le Qatar promeut le port du voile, lequel n'a rien d'un phénomène spontané. A cette dimension politique se joint un caractère foncièrement prosélyte. Rien de bon ne peut sortir de ce chaos pour ce qui concerne la démocratie et le progrès. La rhétorique prohijab insiste toujours sur le caractère anodin de ce " bout de tissu. " Le voile islamiste serait, prétend-elle, comparable à la minijupe. Pourquoi, dès lors, l'interdire pour les agentes des services publics, dans les écoles, etc. ? Pourtant un " Collectif des 100 diplômées " prohijab manifestait à Molenbeek avant le vote. Pourtant des employées d'Actiris ont guerroyé des années durant contre leur employeur pour pouvoir travailler en hijab. On n'a jamais vu personne revendiquer le droit de porter la minijupe pour quelque motif que ce soit. Car, contrairement à la minijupe, le voile islamiste est lourd de sens et très politique. Il sert à islamiser. Quand Actiris autorise ses agentes à fonctionner en hijab, Actiris s'islamise un peu. Quand un quartier se peuple massivement de femmes en hijab, la société s'islamise un peu. D'où l'acharnement islamiste à promouvoir un islam visible, c'est-à-dire avant tout un islam de musulmanes en hijab. Organisée le 5 juillet dernier contre l'arrêt de la Cour constitutionnelle qui autorise la haute école Francisco Ferrer à interdire les signes convictionnels, la manifestation Hijabis Fight Back en a fourni l'illustration militante. Une phalange de femmes en hijab aux tons beige-brun-vert munies de toques noires de gradués universitaires, activistes en quasi uniformes, encadrait les orateurs. Une oratrice cria sa haine de la neutralité. On fustigea les partis politiques et la justice. Un omniprésent service d'ordre quadrillait la foule. Celle-ci scandait à l'unisson et à l'infini " Hijabis-Fight-Back-Hijabis-Fight-Back... " Au nom de la liberté de porter le hijab, c'était l'islam politique qui, avec une discipline toute militaire, s'affirmait en rue dans Bruxelles. A Bruxelles, l'islam exerce sur les pouvoirs politiques une pression très similaire à celle, jadis, de l'Eglise catholique dans les campagnes flamandes et wallonnes. Les premiers partis visés sont ceux dont les fiefs se situent dans le croissant des implantations de mosquées : les communes d'Anderlecht, Forest, Saint-Gilles, Bruxelles-Ville, Molenbeek, Schaerbeek, Saint-Josse. Cet espace est aussi celui des poches de pauvreté les plus aiguës dans la Région. Tout l'enjeu consiste à la fois à répondre aux défis de la question sociale et à contrer le mouvement qui vise à islamiser la société. Sanctuariser la neutralité des institutions publiques, du service public, constitue une pièce maîtresse de cette stratégie. Il s'agit d'y maintenir une hiérarchie de la norme où, de manière non négociable, la loi des humains prime toujours sur la loi de Dieu. De ce point de vue, la motion votée à Molenbeek adopte l'exact opposé de la voie à suivre.