Voici quelques mois, la rumeur d'élections anticipées circulait dans les états-majors des partis. Dame: le gouvernement s'attendait alors à clore en grande pompe les six mois de présidence européenne et à jouir pleinement des marques de confiance que ne manqueraient pas de lui manifester les citoyens. Rien de tel pour s'offrir un nouveau départ, un peu anticipé, certes, mais offrant la perspective de quatre longues années de pouvoir supplémentaires. Mais voilà: entre la période estivale et les frimas de l'hiver, les bénéfices de la présidence européenne se sont révélés plus ténus qu'escompté et, surtout, le retournement conjoncturel a émoussé la confiance des consommateurs et le moral des électeurs. Les choses ont tellement changé, ces derniers mois, que les écologistes du Nord et du Sud souhaitent remettre tout l'ouvrage sur le métier et renégocier une nouvelle déclaration gouvernementale, histoire de "voir si tous les partenaires sont d'accord pour fixer les mêmes priorités dans ce qui reste à accomplir". "Impensable, répond-on dans les rangs des autres partis. On ne se livre pas à une renégociation d'une telle ampleur en cours de législature. D'autant que, lors du contrôle budgétaire, bien des points seront déjà soumis à arbitrage. Aller plus loin reviendrait immanquablement à casser la corde." Un geste qui risquerait de coûter fort cher, alors que la cote de l'arc-en-ciel accuse un fléchissement dans les sondages saisonniers: ce n'est décidément pas le meilleur moment pour solliciter le suffrage des électeurs.
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Voici quelques mois, la rumeur d'élections anticipées circulait dans les états-majors des partis. Dame: le gouvernement s'attendait alors à clore en grande pompe les six mois de présidence européenne et à jouir pleinement des marques de confiance que ne manqueraient pas de lui manifester les citoyens. Rien de tel pour s'offrir un nouveau départ, un peu anticipé, certes, mais offrant la perspective de quatre longues années de pouvoir supplémentaires. Mais voilà: entre la période estivale et les frimas de l'hiver, les bénéfices de la présidence européenne se sont révélés plus ténus qu'escompté et, surtout, le retournement conjoncturel a émoussé la confiance des consommateurs et le moral des électeurs. Les choses ont tellement changé, ces derniers mois, que les écologistes du Nord et du Sud souhaitent remettre tout l'ouvrage sur le métier et renégocier une nouvelle déclaration gouvernementale, histoire de "voir si tous les partenaires sont d'accord pour fixer les mêmes priorités dans ce qui reste à accomplir". "Impensable, répond-on dans les rangs des autres partis. On ne se livre pas à une renégociation d'une telle ampleur en cours de législature. D'autant que, lors du contrôle budgétaire, bien des points seront déjà soumis à arbitrage. Aller plus loin reviendrait immanquablement à casser la corde." Un geste qui risquerait de coûter fort cher, alors que la cote de l'arc-en-ciel accuse un fléchissement dans les sondages saisonniers: ce n'est décidément pas le meilleur moment pour solliciter le suffrage des électeurs.Cela dit, un accident de parcours n'est pas à exclure. Car ce n'est pas l'envie ni les raisons d'en découdre qui manquent. Coup de projecteur sur les dossiers chauds qui attendent le gouvernement après la trêve des confiseurs.1. Le contrôle budgétaire. De tous les problèmes à résoudre, celui-ci s'annonce d'ores et déjà le plus miné. Il est, en outre, susceptible d'en charrier d'autres. Dès la mi-janvier, les responsables politiques s'en feront une obsession: quelle sera l'ampleur du dérapage budgétaire de 2001, qui ne sera connu avec précision que lorsque les comptes de l'année écoulée seront définitivement clôturés? Quelles sont les nouvelles prévisions pour l'année 2002? Quelles corrections imposeront-elles à la première mouture du budget de l'Etat, arrêté à l'été dernier? Une chose est sûre: d'ici au mois de mars, il faudra dénicher des économies. Pour un montant de l'ordre de 1,24 à 1,98 milliard d'euros (entre 50 et 80 milliards de francs belges). Touchera-t-on à la réforme fiscale? "Pas question!" ont, d'emblée, averti les libéraux. Et il ne se trouvera aucun allié gouvernemental pour les contrarier: l'entreprise serait bien trop impopulaire et pas nécessairement judicieuse en période de ralentissement économique. Les marges de manoeuvre seront donc particulièrement minces. Cerise sur le gâteau: la Banque nationale vient de diagnostiquer un dérapage, en 2001, des coûts salariaux en Belgique, dont les répercussions sur l'emploi se feront inévitablement sentir sous peu. Voilà de quoi provoquer de solides crises d'angoisse dans les rangs socialistes et compliquer encore la tâche du gouvernement... 2. Le droit de vote des étrangers non européens. Cinq partis de la majorité (le PS, le SP.A, Ecolo, Agalev et, de manière plus ambiguë, le PRL) veulent ouvrir le droit de vote aux ressortissants des pays non membres de l'Union européenne pour les prochaines élections communales, en 2006. Un seul parti s'y oppose: le VLD. Ses arguments? Une large majorité des Flamands ne veulent pas d'une pareille extension du droit de vote et, puisque la loi sur la naturalisation a été considérablement assouplie en 2000, il n'y a aucune raison de changer la loi électorale: les ressortissants étrangers hors Union qui veulent voter peuvent, sans trop de difficultés, acquérir la nationalité belge, ce qui reste, aux yeux du VLD, le parti de Karel De Gucht et du Premier ministre, la meilleure voie d'accès à l'exercice du droit de vote. A la veille des vacances de Noël, le débat faisait rage en commission de l'Intérieur du Sénat, présidée par Anne-Marie Lizin (PS). Louis Tobback, sénateur SP.A et bourgmestre de Louvain, avait ni plus ni moins déclaré la guerre au président du VLD, Karel De Gucht, s'il persistait dans son refus. Le sujet rebondira sans nul doute d'ici peu. Et on sera vite fixé: soit les négociations menées en coulisse durant la période des fêtes auront permis d'amener les libéraux flamands à de meilleures dispositions sur le sujet; soit on reporte à des temps plus propices (la prochaine législature?) l'extension du droit de vote; soit, enfin, les partenaires au sein de l'arc-en-ciel décident d'en découdre, au risque de précipiter l'attelage gouvernemental dans le décor. Même si une poussée incontrôlée d'adrénaline n'est pas à exclure sur ce terrain à haute teneur idéologique et symbolique, la dernière hypothèse semble la moins probable: aucun parti n'éprouve vraiment l'envie de provoquer la chute du gouvernement sur un sujet aussi "délicat", électoralement parlant. 3. Les entreprises publiques. La problématique des entreprises publiques a récemment provoqué une belle passe d'armes entre les socialistes francophones et les libéraux flamands. Or le problème n'est toujours pas réglé, loin s'en faut. Frans Rombouts, le très controversé patron de La Poste, a, certes, été remercié. Mais rien ne dit que Johnny Thijs, son successeur (dont le plantureux salaire nourrit des conversations fort animées dans les coulisses gouvernementales et parlementaires), pourra davantage mener à bien - et dans les délais - la nécessaire modernisation de La Poste ainsi que la rentabilité - et la transparence - de ses filiales. La négociation du contrat de gestion (qui devait, en principe, être signé à la fin 2001...) se poursuivra au cours du premier trimestre 2002. La situation de la SNCB est, elle aussi, potentiellement épineuse: un plan d'investissement de quelque 17 milliards d'euros (687 milliards de francs), censé redynamiser les chemins de fers belges d'ici à 2012, a été voté récemment à la Chambre. Mais à peine était-il voté que la SNCB le jugeait trop chiche. En outre, sa mise en oeuvre exige, au préalable, le vote d'une série d'accords de coopération par les assemblées régionales. Or le Parlement flamand est fort réticent à l'égard d'un plan qu'il aurait voulu plus ambitieux et, surtout, à l'écoute des intérêts de la Flandre et plus ouvert à la régionalisation. Les débats sur ce sujet sensible y démarreront tout prochainement. Si le non l'emporte, c'est tout l'édifice laborieusement mis en place par le gouvernement qui risque de s'écrouler. Le sort qui sera réservé à Biac, la société d'exploitation de l'aéroport de Bruxelles-National, constitue, lui aussi, un dossier chaud. Le projet de loi-programme du gouvernement prévoit une opération en deux temps: d'abord, la vente à Biac des terrains de l'aéroport (dont certains craignent qu'ils ne soient bradés) et, ensuite, la privatisation - partielle ou totale - de la société. Une mutation délicate, sur laquelle vient se greffer une dimension communautaire: la Flandre rêve de consolider son ancrage dans l'aéroport de Bruxelles-National et les infrastructures aéroportuaires de Zaventem, un pôle de développement économique majeur pour le nord du pays. Quant au lancement d'une nouvelle compagnie aérienne sur les cendres de la Sabena, il reste toujours hypothétique. Six mille emplois en dépendent...4. Les soins de santé. En fixant le budget de l'assurance maladie-invalidité (Inami) à 14,42 milliards d'euros (581,5 milliards de francs) pour 2002, le Premier ministre sait bien qu'il a dégoupillé une grenade qui finira immanquablement par exploser. Les principaux acteurs de la santé (médecins, hôpitaux, mutuelles) évaluent les besoins du secteur à quelque 14,85 milliards d'euros (599 milliards de francs): une estimation qui, si l'on en juge par le déficit chronique qu'accuse le secteur des soins de santé, ne semble pas irréaliste. Pas de doute, donc: en l'absence de mesures vraiment efficaces et concertées, le budget explosera et le déficit se creusera encore. De quoi alimenter le couplet favori du nord du pays: communautarisons les soins de santé. Un beau sujet pour la prochaine négociation gouvernementale, dès la fin de cette législature? Isabelle Philippon