Le monde est prévenu. La "deuxième phase" de la guerre contre la terreur est lancée. George W. Bush en a détaillé certains aspects lors d'une cérémonie commémorative, six mois après les attentats du 11 septembre: nettoyage des réduits talibans en Afghanistan, actions engagées aux Philippines, en Géorgie, au Yémen... "Tout cela n'est que la pointe émergée de l'iceberg, remarquent toutefois Alain Bauer et Xavier Raufer, experts du terrorisme, du crime organisé et du renseignement. DansLa guerre ne fait que commencer (éditions J.C. Lattès), ils livrent quelques clés pour demain d'un conflit planétaire qui n'épargnera peut-être pas l'Europe.
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Le monde est prévenu. La "deuxième phase" de la guerre contre la terreur est lancée. George W. Bush en a détaillé certains aspects lors d'une cérémonie commémorative, six mois après les attentats du 11 septembre: nettoyage des réduits talibans en Afghanistan, actions engagées aux Philippines, en Géorgie, au Yémen... "Tout cela n'est que la pointe émergée de l'iceberg, remarquent toutefois Alain Bauer et Xavier Raufer, experts du terrorisme, du crime organisé et du renseignement. DansLa guerre ne fait que commencer (éditions J.C. Lattès), ils livrent quelques clés pour demain d'un conflit planétaire qui n'épargnera peut-être pas l'Europe. Alain Bauer et Xavier Raufer: En novembre 1989, avec la fin de l'ordre bipolaire du monde, une parenthèse entre deux âges s'est ouverte. Période d'illusion, d'insouciance et d'oubli, qui s'est refermée le 11 septembre dernier. Pendant cette période charnière, le monde développé a été préservé de tout conflit majeur. La population de nos pays s'est donc peu intéressée au chaos mondial. Henry Kissinger nous rappelait pourtant, en 1999, que les époques pacifiques, trop superficielles, ne durent jamais longtemps. Mais qui écoute de tels avertissements ? Lors du lent déclin de l'Empire romain, personne n'avait conscience de la chute. Mais, un jour, inévitablement, le réel surgit et crève la bulle de savon. Comment faire face à cette réalité chaotique qui nous attend ?Quand commence une ère nouvelle, la difficulté consiste à percevoir assez tôt qui sera l'ennemi, quels seront le champ de bataille et la règle du jeu guerrier, à supposer qu'il y en ait une. Dans le monde chaotique actuel, la guerre ne se fait plus d'Etat à Etat, l'espace géostratégique balisé est aboli, l'adversaire est dispersé, noyé dans la population, mêlé aux "forces amies". La menace terroriste, autrefois lourde, lente et prévisible, devient brutale, fugace et irrationnelle. Une nébuleuse nihiliste comme Al-Qaida n'est pas instrumentalisée par un Etat et n'a pas de revendications politiques. La cause palestinienne la laisse complètement indifférante. Mais les Américains n'ont pas encore réalisé que l'ennemi avait changé de nature. La preuve ? Ils cherchent désespérément à impliquer un Etat, l'Irak, dans les attentats du 11 septembre. Aucun service de renseignement n'a pourtant trouvé de liens entre Bagdad et ce type de terrorisme.La guerre en Afghanistan est-elle une réponse adéquate à la menace terroriste ?Ce qu'on nomme aujourd'hui "guerre à la terreur" et qui consiste à aligner des victoires sur les champs de bataille afghans risque fort d'être hors sujet. Ce n'est que du show, une figure imposée pour montrer qu'on ne reste pas inactif. Ces faits d'armes sont, à court terme, bons pour le moral de la population et font monter la cote de popularité de Bush ou de Blair. Mais, contre le terrorisme de masse, l'option militaire est impuissante. Le cas d'Israël face au Hamas le montre clairement: l'une des plus redoutables armées du monde est incapable de mettre fin aux activités d'une société secrète rompue à la conspiration. George W. Bush estime que "la terreur qui s'est abattue sur New York et Washington pourrait, la prochaine fois, frapper n'importe quel autre centre de civilisation". Un nouvel attentat de grande ampleur, aux Etats-Unis ou en Europe, est-il à redouter ?Al-Qaida a mené, aux quatre coins du monde, une opération, tous les six mois, depuis 1993. On peut donc craindre le pire. Mais admettre que cela est possible permet déjà de mieux le prévoir. Problème: Al-Qaida n'est pas une organisation centralisée mais une entité filandreuse, mobile, nomade, transnationale. Un simple guichet où l'on peut obtenir une aide financière ou logistique. Dès lors, que faire ? L'action antiterroriste s'est trop longtemps ruée sur le matériel, le gadget. L'hyperpuissance américaine s'est notamment laissé hypnotiser par une ligne Maginot électronique et virtuelle, Echelon, facilement contournée par l'adversaire. L'essentiel est ailleurs. Les manques les plus criants se situent au niveau de la réflexion préalable. Nous devons connaître l'essence de l'entité adverse et mieux comprendre les filières de l'argent criminel. Nos services de renseignement doivent optimiser l'analyse de l'information stratégique et faire de la détection précoce, seule façon de contrer le passage à l'acte.Entretien: Olivier Rogeau