"Combien de temps tiendra-t-il ?" Au terme de la visite, ce lundi, du vice-président américain Dick Cheney à Jérusalem, les principaux éditorialistes de la presse israélienne étaient persuadés que le cessez-le-feu israélo-palestinien laborieusement négocié par l'émissaire du président Bush, Anthony Zinni, entrerait rapidement en vigueur. Et qu'il serait sans doute immédiatement suivi par certaines des mesures de confiance prévues par le "plan Tenet", un canevas de dispositions élaboré par le directeur de la CIA Georges Tenet afin de "calmer le terrain". Parmi celles-ci: le retrait de Tsahal (l'armée israélienne) des zones conquises depuis le début de l'Intifada et la reprise en main des territoires autonomes par les services de sécurité de l'Autorité palestinienne (AP), qui sont censés empêcher de nouveaux attentats.
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"Combien de temps tiendra-t-il ?" Au terme de la visite, ce lundi, du vice-président américain Dick Cheney à Jérusalem, les principaux éditorialistes de la presse israélienne étaient persuadés que le cessez-le-feu israélo-palestinien laborieusement négocié par l'émissaire du président Bush, Anthony Zinni, entrerait rapidement en vigueur. Et qu'il serait sans doute immédiatement suivi par certaines des mesures de confiance prévues par le "plan Tenet", un canevas de dispositions élaboré par le directeur de la CIA Georges Tenet afin de "calmer le terrain". Parmi celles-ci: le retrait de Tsahal (l'armée israélienne) des zones conquises depuis le début de l'Intifada et la reprise en main des territoires autonomes par les services de sécurité de l'Autorité palestinienne (AP), qui sont censés empêcher de nouveaux attentats."Le problème n'est pas de conclure un cessez-le-feu. Il est, au contraire, de savoir ce que les deux parties vont en faire", affirme Oded Granot, le chroniqueur du quotidien Maariv et de la télévision israélienne. Comme ses confrères, l'éditorialiste est persuadé qu'un calme précaire reviendra effectivement dans la région. Mais durant quelques jours à peine. Le temps, sans doute, de permettre à Yasser Arafat de quitter Ramallah (où il est confiné depuis le 3 décembre) afin de participer au sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Beyrouth le 27 mars. "Ensuite, on verra", dit-il. Affaibli, Arafat n'a pas -du moins, dans l'immédiat- le pouvoir de museler les organisations islamistes hostiles à toute forme de compromis ainsi que le noyau dur du Fatah, son parti. Désorganisés par les bombardements israéliens, les services de sécurité de l'AP n'ont en effet plus d'infrastructure, ni de casernes, ni de fichiers. Ils sont donc dans l'impossibilité de remplir les missions qui leur sont demandées. Quant aux Palestiniens radicaux tels Marwan Barghouti (le leader du Fatah en Cisjordanie), ils multiplient les interviews pour affirmer que "la lutte de libération se poursuivra tant que nos terres n'auront pas été libérées". Depuis le retour de Zinni dans la région, le 14 mars, une dizaine de Palestiniens ont d'ailleurs été tués au cours de tentatives d'infiltration dans l'Etat hébreu (deux d'entre eux s'étaient même déguisés en juifs religieux circulant sur un tracteur) et un nombre égal d'attentats-suicides ont été évités. Mercredi 20 mars, un kamikaze a cependant réussi à monter à bord de l'autobus effectuant la liaison régulière entre Tel-Aviv et Nazareth pour s'y faire sauter au milieu des passagers (7 morts dont le kamikaze et une trentaine de blessés). L'attentat a été revendiqué par le Djihad islamique. De son côté, si Ariel Sharon a accepté, sous la pression américaine, de retirer Tsahal de certaines des zones qu'elle occupait (la ville de Bethléem, notamment), il ne continuera sans doute pas indéfiniment à "faire preuve de retenue", parce que son électorat ne le comprendrait pas, et parce que de fortes tensions tiraillent déjà la direction de son parti, le Likoud, qui lui reproche de "s'aplatir devant Arafat". Le pessimisme des éditorialistes est amplifié par le fait que "plan Tenet" devrait, à terme, ouvrir la voie à l'application des conclusions de la Commission Mitchell (du nom d'un sénateur américain), qui prévoit notamment l'arrêt de la colonisation des territoires palestiniens par Israël. Or la Knesset (Parlement) vient de voter un subside de 132 millions de shekels (33 millions d'Euro) destiné à renforcer les implantation juives. De son côté, le mouvement La paix maintenant, qui surveille régulièrement le développement des colonies, vient de révéler que 34 nouveaux points de colonisation ont été créés en moins d'un an. Et que certains de ceux-ci ont été construits après que Sharon eut accepté les recommandations de la Commission Mitchell prévoyant les gel de la colonisation. Au sein de la droite israélienne, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en tout cas pour que "Sharon ne laisse pas Arafat revenir de Beyrouth". Et pour que Tsahal poursuive ses opérations militaires dans les territoires. "Malgré ses promesses, l'AP ne fait rien pour lutter contre le terrorisme et nous continuons à subir plusieurs attentats par jour, déclare le ministre sans portefeuille Dany Naveh (Likoud). Je ne vois donc pas pourquoi nous devrions conclure un cessez-le-feu avec Arafat puisqu'il ne le respectera de toute façon pas." Emmenés par le ministre de la Sécurité intérieure Ouzi Landau et par la ministre de l'Education Limor Livnat, les "faucons" reprochent également au Premier ministre de "s'être parjuré" en acceptant de négocier indirectement avec Arafat, alors qu'il l'avait déclaré "hors jeu" en décembre dernier. Ils menacent d'agir au sein de leur parti si Sharon ne revenait pas à des positions plus intransigeantes à l'égard de l'AP. Ce qui signifie qu'ils prépareront, comme d'autres le font déjà, le retour à l'avant-plan de l'ex-Premier ministre Benyamin Netanyahou à l'occasion des prochaines élections législatives de 2003.Serge Dumont