Et si, pour éviter une invasion étouffante de camions, on en fabriquait moins? Plus puissants, certes, voire plus lourds ou plus longs, mais en nombre nettement inférieur à la production actuelle? En toute logique, moins de moteurs produiraient moins d'émissions nocives dans l'atmosphère. C'est avec cette idée simple - simpliste? - qu'a débuté la mise sur pied d'un de ces projets expérimentaux dont les Pays-Bas sont friands: à connotation écologique, en première mondiale et à contre-courant des idées reçues...ailleurs!
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Et si, pour éviter une invasion étouffante de camions, on en fabriquait moins? Plus puissants, certes, voire plus lourds ou plus longs, mais en nombre nettement inférieur à la production actuelle? En toute logique, moins de moteurs produiraient moins d'émissions nocives dans l'atmosphère. C'est avec cette idée simple - simpliste? - qu'a débuté la mise sur pied d'un de ces projets expérimentaux dont les Pays-Bas sont friands: à connotation écologique, en première mondiale et à contre-courant des idées reçues...ailleurs!Depuis le 1er janvier dernier, en effet, et pour les deux années à venir, onze entreprises de transport sont autorisées à lâcher sur les autoroutes néerlandaises de véritables mastodontes roulants, d'un poids pouvant aller jusqu'à 60 tonnes - au lieu des 40 tonnes admises actuellement - pour une longueur de 23 mètres, soit 5 mètres de plus qu'un ensemble articulé conventionnel. Ces dimensions ne manqueront pas d'alerter les automobilistes européens. Mais à ceux qui craignent que ces véhicules n'encombrent encore davantage des routes déjà proches de la saturation, les autorités néerlandaises répondent par de plusieurs arguments: non seulement les camions géants devront suivre des itinéraires préalablement agréés, mais, surtout, ils ne pourront circuler qu'en dehors des heures de pointe. Car tout l'enjeu de l'expérience tient dans l'éventuelle résorption de la congestion du trafic routier. Outre-Moerdijk, l'initiative s'inscrit, du reste, dans un plan global de mobilité, comprenant des mesures telles que le péage à l'entrée des villes aux heures de pointe, le développement du réseau ferroviaire rapide, le lancement d'un service de transport souterrain et des campagnes de sensibilisation en faveur d'autres moyens de transport. Conduits exclusivement par des chauffeurs qui n'ont causé aucun accident au cours des cinq dernières années, ces nouveaux poids lourds ne pourront en aucun cas traverser les agglomérations, et leur parcours - de 5O kilomètres au maximum - devra obligatoirement démarrer ou s'achever dans un terminal de transport intermodal (aérien, maritime ou fluvial). Si, pour le moment, ils ne traverseront pas la symbolique frontière belgo-néerlandaise, les autorités belges, armées de puissantes jumelles, suivent attentivement ce projet, et pour cause. Dans notre pays, également, les mesures visant une meilleure mobilité des personnes et des biens commencent à se concrétiser, bien que plus timidement. Les transporteurs, en tout cas, s'enthousiasment à l'idée de pouvoir utiliser un jour ces "Combinaisons Longues de Véhicules" (CLV), hautement rentables. A ce propos, un récent rapport de la Fédération belge de l'industrie automobile souligne le fait que les CLV peuvent être formées avec des unités de chargement existantes, tout en diminuant fortement les coûts de main-d'oeuvre. D'après la Febiac, "si l'on remplace 15% des camions ordinaires par des CLV d'ici à 2020, on obtient une libération globale de 5% de la capacité routière, ce qui permettra d'absorber la croissance du nombre de tonnes-km". Aujourd'hui, près de 400 millions de tonnes de marchandises parcourent le réseau routier belge dans des camions, ce qui représente plus de 70% du transport de biens, mais, compte tenu de l'évolution démographique et du développement du commerce électronique, ces quantités sont appelées à progresser encore. Lors de l'inauguration du centre de distribution d'un constructeur automobile aux abords du port de Bruxelles, un coin du voile a été levé sur quelques projets relatifs à la mobilité dans la capitale. On y parlait d'une prochaine interdiction des poids lourds dans les centres urbains, de leur remplacement par de petits véhicules de distribution et de l'aménagement d'un terminal accessible, à même le port, aux " Combinaisons Longues de Véhicules ". Une idée qui fait sa route. Carline Taymans