Rebecq a rougi de plaisir. En grande pompe, le 1er Mai, Elio Di Rupo et "son" PS ont également fêté les cinquante ans de la Maison du peuple, l'une des dernières du pays à maintenir cette dénomination mi-authentique, mi-ringarde. "Aujourd'hui, lâche un habitué du café, le PS local crie victoire quand il parvient à rassembler 5 ou 6 personnes, lors de ses réunions hebdomadaires du lundi soir. Jadis, ils étaient 25 ou 30!" Pour Michel, le tenancier, la vie n'est pas rose. Mais, dans cette zone sinistrée par la fermeture des carrières, on compose avec les difficultés. "Regardez ça, souffle-t-il. Et dire que ...

Rebecq a rougi de plaisir. En grande pompe, le 1er Mai, Elio Di Rupo et "son" PS ont également fêté les cinquante ans de la Maison du peuple, l'une des dernières du pays à maintenir cette dénomination mi-authentique, mi-ringarde. "Aujourd'hui, lâche un habitué du café, le PS local crie victoire quand il parvient à rassembler 5 ou 6 personnes, lors de ses réunions hebdomadaires du lundi soir. Jadis, ils étaient 25 ou 30!" Pour Michel, le tenancier, la vie n'est pas rose. Mais, dans cette zone sinistrée par la fermeture des carrières, on compose avec les difficultés. "Regardez ça, souffle-t-il. Et dire que j'ai commencé avec six peluches!" Derrière cet homme rondouillard, qui n'aime pas parler de politique, la Maison du peuple présente une vision insolite et surréaliste: une montagne de gros nounours roses côtoient des canards en porcelaine, des montres en toc et des breloques diverses. Pour compenser le recul de la clientèle, Michel a ouvert un commerce de lots de tombola, il y a un quart de siècle.Même si les lieux ont changé d'âme, Georges Cheron, 73 ans, est un des derniers à lutter pour la préservation de ce patrimoine. Boulanger, puis ouvrier carrier, il a tout vécu dans ce grand bâtiment qu'il couve d'un regard nostalgique et fataliste: la "question royale", la guerre scolaire, les grèves de 1961. "On y était jour et nuit", dit-il. "Aujourd'hui, le PS n'est plus assez à gauche. Mais c'est vrai qu'il a obtenu beaucoup de choses. Désormais, il faut plutôt lutter pour les acquis." Gentille, la critique s'arrête là. "Je reste un militant, poursuit Georges. C'est la meilleure manière d'éviter que les rangs des mécontents continuent à gonfler." Depuis l'échec de Jospin et l'émergence de Le Pen, tout le PS est en état de choc. Ce mardi-là, surlendemain du séisme, la fédération socialiste du Brabant wallon organise la riposte et prépare sa fête du travail. Il est 7 h 45. Le "comité de pilotage" de la fédération est (presque) au complet. Des parlementaires, des élus locaux et les chevilles ouvrières anonymes de l'ex-parti à la rose. La réunion est menée tranquillement par le nouveau président, Raphaël Pollet, un chef d'entreprise aux idées larges. Mis sur orbite par le "baron" de la province, le ministre de la Défense André Flahaut, ce jeune loup incarne le renouveau appelé de leurs voeux par Di Rupo et le PS: il veut avant tout améliorer la communication avec les militants, un peu délaissés. En nonante minutes, plusieurs détails sont réglés. De manière pragmatique: on ne coupe pas les cheveux en quatre (comme c'est le cas dans certaines réunions d'écologistes), on évite les polémiques stériles, on tranche sans tarder. Puis chacun sait ce qu'il lui reste à faire. Les élus promettent de favoriser les projets sociaux en gestation et de sillonner la province pour rassembler le bon peuple. Les petites mains veillent au grain: l'opération anti-extrême droite est sur les rails, les journaux de la fédération seront distribués dans les délais, le territoire semble bien quadrillé. Malgré les doutes, malgré Le Pen, le PS belge reste une "armée" bien rodée.Ph.E.