Aller à l'école devient un droit en même temps qu'un devoir. L'instruction obligatoire et gratuite, pour filles et garçons de 6 à 14 ans, est enfin une réalité en 1914. Votée par le Parlement, mais reportée dans son application pour cause de guerre. Cette démocratisation scolaire doit sonner le glas du travail des enfants, en les dirigeant vers les classes. " Plus de 100 000 enfants ne fréquentent aucune école ", relevait encore en 1906 le libéral Paul Hymans.
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Aller à l'école devient un droit en même temps qu'un devoir. L'instruction obligatoire et gratuite, pour filles et garçons de 6 à 14 ans, est enfin une réalité en 1914. Votée par le Parlement, mais reportée dans son application pour cause de guerre. Cette démocratisation scolaire doit sonner le glas du travail des enfants, en les dirigeant vers les classes. " Plus de 100 000 enfants ne fréquentent aucune école ", relevait encore en 1906 le libéral Paul Hymans. C'est le début de la fin du triste constat qu'offre encore la Belgique à la veille de la guerre : " Le fossé immense entre une population ouvrière à peine lettrée et une élite hautement instruite ", note Sophie de Schaepdrijver, historienne à l'université de Pennsylvanie. Le grand recensement national de 1910 a rendu son bulletin. Trois quarts de la population belge est considérée comme alphabétisée. Sur 1 000 hommes, femmes et enfants, 288 ne savent ni lire ni écrire. Le service militaire est un autre cruel baromètre du fléau de l'analphabétisme : 101 recrues sur 1000 sont déclarées illettrées : incapables, selon les critères de l'armée, de déchiffrer quelques lignes dans un journal ou de signer leur nom. Avant de devenir obligatoire, l'école est pourtant déjà de plus en plus fréquentée. De 1896 à la Première Guerre mondiale, elle attire chaque année 10 545 élèves de plus. En 1914, l'école primaire accueille ainsi quelque 900 000 têtes blondes. Mais l'enseignement de qualité laisse encore à désirer. L'instituteur reste sous-payé, face à des classes surpeuplées : 43 élèves en moyenne. En 1914, la gauche anticléricale peut donc crier victoire. La droite catholique peut aussi se frotter les mains. Les cathos ont habilement manoeuvré. L'Etat crachera au bassinet pour l'école confessionnelle. La loi votée en 1914 permet d'augmenter considérablement les subsides publics versés aux écoles primaires du libre. Entre réseaux libre et officiel, la lutte reste féroce. Avec un net avantage aux catholiques. En trente ans de pouvoir absolu, ils ont eu tout le loisir d'imposer leur marque. Ils ne se sont pas privés pour rechristianiser l'école publique. Et n'entendent pas relâcher leur emprise sur les jeunes âmes. Le cours de religion est obligatoire dans toutes les écoles primaires, y compris officielles. " Il est toujours possible de demander une dispense mais l'élève qui l'obtient est relégué au ban de la classe ", note Anne Morelli, spécialiste en histoire des religions à l'ULB. La catholicité possède encore sa grande école, de renommée internationale : l'Université de Louvain. L'institution jouit d'ailleurs d'un grand prestige international. Accéder à l'univ' reste cependant un véritable privilège réservé à l'élite. En 1913, ils ne sont, en effet, que 8 500 étudiants à fréquenter les auditoires. La hache de guerre scolaire est loin d'être enterrée en 1914. Anticléricaux et catholiques n'ont pas fini de s'empoigner sur l'école. Même aujourd'hui. Histoire de l'enseignement en Belgique, sous la direction de Dominique Grootaers, CRISP, 1998.