OLIVIER ROGEAU
...

OLIVIER ROGEAULe cardinal Danneels n'avait, à mon grand regret, jamais accepté de débattre avec moi, nous confie Rik Torfs. Son successeur à la tête de l'Eglise catholique, Mgr André-Joseph Léonard, n'a pas hésité, lui, à accepter la confrontation. " Le thème principal de la rencontre namuroise (1) entre l'archevêque aux propos souvent controversés et le sénateur CD&V très sollicité sur les plateaux télés flamands était pourtant des plus explosifs : le mariage des couples gays et lesbiens. Les nombreuses déclarations du prélat sur la question de l'homo- sexualité ont suscité, à chaque fois, une levée de boucliers (Léonard a notamment comparé l'homosexualité à l'anorexie). " En fait, je ne parle jamais spontanément de ce sujet, tient à préciser l'archevêque de Malines-Bruxelles. Je ne l'évoque que quand j'y suis contraint, quand je dois répondre à des questions. La polarité homme-femme est, à mon sens, un paramètre essentiel de l'existence. Je n'adhère donc pas à la "théorie du genre", selon laquelle cette différence est purement grammaticale, d'ordre culturel. La cellule fondamentale de la société reste la famille. Jusqu'il y a peu, tous les dictionnaires du monde définissaient le mariage comme étant l'union publique et reconnue d'un homme et d'une femme. Et vous voudriez les remplacer par "géniteur A" et "géniteur B" ? "Mgr Léonard ne refuse pas qu'on accorde une forme de sécurité économique aux couples de même sexe. " Appelons cela un "pacs", un "pics" ou un "pucs", comme vous voulez ", dit-il en riant. En revanche, parler de " mariage " pour ces unions est, selon lui, un abus de langage et une dérive de la démocratie. " Un parlement s'attribue aujourd'hui le droit de décider, par voie majoritaire, du sens de la sexualité, de la différence du masculin et du féminin, de la signification du mot "mariage" ", déplore-t-il dans son dernier livre, Agir en chrétien (Fidélité). " Or, lance-t-il à Torfs, des vérités anthropologiques ne peuvent dépendre d'un vote majoritaire. " Le sénateur et canoniste flamand conteste ce point de vue, ce qui ne surprendra pas : Torfs avait appelé, en octobre 2010, au boycott de Léonard. Le primat de Belgique venait de choquer pour avoir qualifié le sida de " sorte de justice immanente " et pour avoir prôné la clémence à l'égard des ecclésiastiques les plus âgés coupables d'abus sur mineurs. " Ceux qui, ces dernières années, ont redonné de la valeur au mariage, institution en net déclin, sont précisément les homosexuels, qui manifestent leur enthousiasme à l'idée de pouvoir se marier, relève Torfs. Il faut d'autant plus les inclure à 100 % dans l'idée de l'homme qu'ils sont parfois persécutés à cause de leurs préférences sexuelles. Un salafiste rencontré récemment en Egypte n'a pas hésité à me dire : ''On ne peut tout de même pas admettre l'homosexualité et la prostitution'' ! "Mgr Léonard oriente alors le débat sur la situation des enfants élevés par les couples de même sexe. " Appeler ''mariage'' d'autres unions que celle d'un homme et d'une femme légalise une relation qui impose aux enfants deux pères ou deux mères, dénonce-t-il. Est-ce conforme au bien commun de les contraindre à vivre hors du triangle normal père-mère-enfant, fondateur de notre culture ? " Réplique de Torfs : " Alors, vous devez aussi interdire le divorce, qui rend le triangle imparfait. Avoir deux pères est certes inhabituel, mais cela vaut mieux qu'avoir un père toujours absent ou mauvais. Peu importe, dans un couple, le sexe de la personne. Seule m'intéresse la qualité de la relation. " Léonard conteste l'argument : " Avoir un mauvais parent tient à l'évolution contingente d'un individu, tandis qu'ériger en droit l'idée du mariage homosexuel crée une rupture avec la complémentarité fondamentale de l'homme et de la femme. " Deux hommes de foi, deux jouteurs au franc-parler et deux conceptions inconciliables du mariage. OLIVIER ROGEAU (1) " Grand débat " au Cercle de Wallonie, à Namur. " Le triangle normal père-mère-enfant est le fondement de notre culture "MGR LÉONARD " Peu importe le sexe des parents "RIK TORFS