"Indiana Jones, c'est Tintin, mais dans une version sexuée. " Le Britannique qui a écrit cela n'est pas le seul à avoir, lors de la sortie des Aventuriers de l'Arche perdue en 1981, attiré l'attention sur la parenté évidente qui existe entre le fameux archéologue qui parcourt le monde pour que l'Arche d'Alliance ne tombe pas entre les mains d'un groupe de nazis, et le reporter aventureux imaginé par Hergé. Lorsque le réalisateur Spielberg, qui ne connaissait pas Tintin à l'époque, a lu cette phrase, il a aussitôt demandé à sa secrétaire de lui acheter quelques albums de Tintin. C'est ainsi qu'a débuté une belle romance qui dure à présent depuis plus de vingt-cinq ans et qui sortira dans deux ans sur nos écrans sous le titre The Adventures of Tintin : Secret of the Unicorn, un récit basé sur les albums Le Secret de la licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. Nous donnons ici une version simplifiée des faits, car le cheminement vers Secret of the Unicorn a été nettement plus ardu que cette synthèse ne pourrait le laisser entendre.
...

"Indiana Jones, c'est Tintin, mais dans une version sexuée. " Le Britannique qui a écrit cela n'est pas le seul à avoir, lors de la sortie des Aventuriers de l'Arche perdue en 1981, attiré l'attention sur la parenté évidente qui existe entre le fameux archéologue qui parcourt le monde pour que l'Arche d'Alliance ne tombe pas entre les mains d'un groupe de nazis, et le reporter aventureux imaginé par Hergé. Lorsque le réalisateur Spielberg, qui ne connaissait pas Tintin à l'époque, a lu cette phrase, il a aussitôt demandé à sa secrétaire de lui acheter quelques albums de Tintin. C'est ainsi qu'a débuté une belle romance qui dure à présent depuis plus de vingt-cinq ans et qui sortira dans deux ans sur nos écrans sous le titre The Adventures of Tintin : Secret of the Unicorn, un récit basé sur les albums Le Secret de la licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. Nous donnons ici une version simplifiée des faits, car le cheminement vers Secret of the Unicorn a été nettement plus ardu que cette synthèse ne pourrait le laisser entendre. Juste après qu'il ait lié connaissance avec Tintin, Spielberg avait déjà tenté de transposer à l'écran le héros de bande dessinée. Fin 1982, il avait demandé aux Editions Casterman des renseignements sur les droits à acquitter pour le personnage. Lorsqu'un an plus tard, il se trouvait à Londres pour le tournage du Temple maudit, le deuxième film d'Indiana Jones, Hergé et lui ont convenu d'un rendez-vous. Malheureusement, le dessinateur mourut une semaine avant le rendez-vous. Comme Hergé était un grand fan de Spielberg et qu'il l'avait un jour décrit (à en croire l'expert de Tintin qu'est Michael Farr) comme " le seul réalisateur de cinéma qui pourrait rendre mes histoires d'une manière crédible ", sa veuve Fanny Vlamynck et son éditeur Casterman n'avaient aucunement hésité à lui transférer les droits. Le film n'a cependant pas vu le jour : les scénarios que Spielberg a fait écrire ne sont pas arrivés à le séduire. En 1988, l'accord arrivait à son terme et les droits retournaient à l'éditeur. D'autres candidats se sont ensuite présentés. Parmi eux, le producteur des films d'Astérix, Claude Berri, récemment décédé, et Roman Polanski. Mais ces projets sont, eux aussi, morts de leur belle mort. Ce n'est qu'en 2002 que les événements ont recommencé à se précipiter lorsque Spielberg, par le biais de son entreprise DreamWorks, a acheté une nouvelle fois les droits de Tintin et a publié les projets d'un film dans lesquels joueraient de grandes vedettes comme Tom Cruise et Tom Hanks. En janvier 2003, le réalisateur déclarait même lors d'une interview que les préparatifs étaient terminés. Lorsqu'un peu plus tard, le scénario basé sur Le Secret de la licorne a été approuvé, rien ne semblait encore empêcher Tintin de faire son entrée à Hollywood. Pourtant, rien ne s'est passé. Le grand problème est que Spielberg ne voulait pas réaliser un " simple " film de Tintin, avec des acteurs qui jouent les personnages. Il voulait entièrement reconstituer le monde d'Hergé par un système d'animation informatique mais se heurtait à un problème : la technologie qui permettrait de le faire de façon appropriée n'était pas encore suffisamment aboutie. Dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, en 2002, apparaissait déjà Gollum, un personnage joué au départ par l'acteur britannique Andy Serkis dont les mouvements avaient servi de base à une animation par ordinateur. Cette technique, la motion capture (captation de mouvements) serait, deux ans plus tard, celle qui sous-tendrait l'ensemble du film d'animation The Polar Express, avec dans le rôle principal Tom Hanks ou plutôt une version informatisée de Hanks. Spielberg alla trouver Jackson, et il apparut bien vite que, comme souvent, les grands esprits se rencontrent. " Spielberg m'a demandé comme si de rien n'était si j'étais un fan de Tintin, expliquait Jackson voici quelques mois à propos de cet entretien, et j'ai répondu immédiatement que j'avais depuis longtemps tous ses albums en mémoire ! Nous avons conclu tout de suite. "Le 15 mai 2007, une semaine avant la date à laquelle Hergé aurait fêté son 100e anniversaire, Spielberg et Jackson ont annoncé qu'ils allaient réaliser ensemble un film de Tintin. Dans les mois qui ont suivi, il est clairement apparu qu'ils voyaient grand : les réalisateurs ne feraient pas seulement usage de la technologie mocap mais filmeraient aussi en 3D et réaliseraient non pas un mais trois films dont les deux premiers sortiraient en même temps, l'un tourné par Spielberg, l'autre par Jackson. Selon ce plan, le premier film aurait dû être terminé cette année, mais les deux réalisateurs ont manqué ce rendez-vous. Certes, Spielberg a terminé début mars les prises avec les acteurs après 32 jours de travail, et Jackson s'occupe actuellement des effets spéciaux dans son propre studio de Nouvelle-Zélande. En principe, lui et son système informatique devraient être prêts dans 15 mois. Spielberg et Jackson ont même installé un système spécial de vidéoconférence pour que Spielberg puisse tout suivre au départ des Etats-Unis. Mais, en réalité, cela ne concerne que Secret of the Unicorn car l'idée de tourner deux films à la fois a été abandonnée. Et plus rien n'a progressé depuis que l'on a annoncé que des idées de scénario avaient vu le jour. En réalité, Hollywood n'a jamais manifesté de véritable enthousiasme pour les films Tintin de Spielberg. Depuis que le réalisateur a acquis une réputation mondiale avec E.T., il a toujours appliqué un principe clair et précis : un pour eux, un pour moi. Ce qui signifie qu'il sort à intervalles réguliers des films accessibles qui plaisent au public et rapportent beaucoup d'argent - du genre Jurassic Park ou Indiana Jones - ce qui lui permet de s'offrir le luxe de travailler à des projets qui lui tiennent plus à c£ur comme La Liste de Schindler ou Munich. Cela paraîtra peut-être curieux aux Européens, mais Secret of the Unicorn appartient plutôt à la deuxième catégorie. Tintin est en effet beaucoup moins connu aux Etats-Unis, certainement auprès des enfants. Face à Mickey Mouse et Donald Duck, à Batman ou à Spiderman, il ne reste pour Tintin and Snowy, comme on appelle le reporter et son ami à quatre pattes outre-Atlantique, qu'une place très marginale dans l'esprit du public. Ce ne sera donc pas une sinécure de faire accepter par le public américain un personnage de bandes dessinées qui, comme on peut le lire dans le communiqué de presse envoyé en mai 2007, " n'est pas un super-héros et a encore moins de pouvoirs particuliers ". De plus, il n'y a pas de très grands noms au générique de Secret of the Unicorn. Tintin sera rendu par Jamie Bell, qui a connu une certaine célébrité en 2000 pour son rôle dans Billy Elliot mais n'a pas brillé depuis. Andy Serkis coiffe le képi du capitaine Haddock et les comiques britanniques Simon Pegg et Nick Frost incarnent les détectives Dupont et Dupond. Le seul nom qui éveillera un certain intérêt aux Etats-Unis est celui de Daniel " James Bond " Craig, qui joue le rôle du méchant Rackham le Rouge. Malheureusement, Craig est également réputé pour son dédain des obligations promotionnelles. Tous ces aspects expliquent pourquoi même des géants hollywoodiens, comme Spielberg et Jackson, ont éprouvé des difficultés à rassembler suffisamment d'argent pour leur film. Lorsque, mi-2008, le duo a présenté aux financiers son estimation budgétaire de 130 millions de dollars, Universal, un des deux studios qui étaient supposés mettre l'argent sur table, s'est même retiré. Ses dirigeants avaient examiné attentivement les résultats de films motion capture précédents tels que The Polar Express, Monster House et Beowulf et en avaient conclu qu'ils avaient rapporté moins qu'espéré. Après un rapide calcul, ils avaient décidé de ne pas s'engager dans le rêve de Spielberg. De ce fait, Paramount, qui avait déjà investi 30 millions de dollars dans la préparation du film a dû chercher un autre partenaire, ce qui a entraîné le report à 2011 de la sortie sur écrans de Secret of the Unicorn et a signé l'arrêt de mort du projet de réalisation conjointe de deux films. Maintenant que les premières prises de vues sont en boîte et que le train est enfin sur ses rails, Spielberg peut évidemment commencer à décider comment il va présenter son film au grand public. S'il reçoit encore de temps à autre de l'aide des Simpsons, par exemple - dans un épisode récent, Bart se montre extrêmement attaché à son exemplaire de l'album Le Crabe aux pinces d'or - il y a des chances que Secret of the Unicorn remporte un grand succès et soit à l'origine d'une longue série de films. " Le petit héros est certes très réputé en Europe, mais Tintin et ses belles aventures vont-ils faire un tabac aux Etats-Unis ? " se demandait le magazine américain Entertainment Weekly en 1990 déjà. Dans deux ans, nous aurons enfin une réponse à cette question. par S. WERBROUCKL'idée de tourner deux films à la fois a été abandonnée car même des géants hollywoodiens, comme Spielberg et Jackson, éprouvent des difficultés à rassembler les capitaux nécessaires pour un projet qui met en scène un héros de BD qui n'est pas un super-héros.