Quel est le point commun entre un piéton qui glisse sur une peau de banane avant de s'étaler de tout son long sur le macadam et un Roméo éperdu qui se prend les pieds dans une histoire d'amour puis s'effondre de désespoir? La chute, pardi! Dans les deux cas de figure, la mécanique est la même: la chute est imprévisible, inévitable, toujours spectaculaire, souvent humiliante, elle laisse des séquelles et suscite, chez les autres, le rire. Ou des sourires.
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Quel est le point commun entre un piéton qui glisse sur une peau de banane avant de s'étaler de tout son long sur le macadam et un Roméo éperdu qui se prend les pieds dans une histoire d'amour puis s'effondre de désespoir? La chute, pardi! Dans les deux cas de figure, la mécanique est la même: la chute est imprévisible, inévitable, toujours spectaculaire, souvent humiliante, elle laisse des séquelles et suscite, chez les autres, le rire. Ou des sourires.Pour s'en convaincre, il faut aller voir Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu?, un drame burlesque en plusieurs tableaux évoquant l'impossible rencontre entre des êtres désespérés, mais obstinés. Tous ont un même objectif: échapper aux filets de la solitude. Et un unique moyen pour y arriver: s'aimer, au moins un peu. Ils ne renoncent jamais, même si, dans leur quête effrénée, ils se ramassent des baffes, des tartes à la crème, des coups au coeur et des coups de tête. L'amour est un sacré bras de fer. Un affrontement où se mêlent narcissisme, aveuglement, désillusion, cruauté. Mais voilà, comme d'une drogue dure, on ne peut s'en passer... On parvient, malgré tout, à s'amuser de ces tragédies sentimentales. C'est que la chute des autres prête toujours à s'esclaffer. Aussi le spectacle du Théâtre loyal du trac, combinant librement théâtre, mime, art clownesque et musique, est-il désopilant et, pour le moins, insolite. Accompagnés d'un pianiste témoin, un homme et une femme s'adonnent à l'amour sous toutes ses formes, l'amour naïf, l'amour macho, l'amour revendiqué, l'amour piège, l'amour violent, l'amour si difficile à dire. Ils courent, sautent, tâtonnent, attaquent, persévèrent, mais dérapent irrémédiablement sur le terrain glissant de l'adversité, des sentiments ou de la vie quotidienne. Patatras! ( rires). Eric De Staercke et Sandrine Hooge interprètent les trente-six personnages, trente-six cascades et... trente-six chandelles. Avec Serge Bodart au piano, ils ont eux-mêmes conçu cette variation comique sur le thème de l'échec amoureux. Mais, pour éviter les mauvaises scènes de ménage, ils ont fait appel au talent de conseiller conjugal (soit de metteur en scène) de Jaco Van Dormael. "J'ai tout de suite été séduit par la présence des personnages clownesques dans ce spectacle, confie le réalisateur de Toto le héros. C'est un genre que j'affectionne particulièrement. J'ai moi-même longtemps joué le clown, notamment dans un cirque à Ittre." Le cinéaste belge, primé au Festival de Cannes pour son film Le Huitième Jour, éprouve un plaisir très différent sur les planches d'un théâtre ou sur le plateau d'un tournage. "Au cinéma, le metteur en scène dirige l'acteur et peut l'amener à réaliser une prouesse que celui-ci ne réussira qu'une seule fois, explique Jaco. Au théâtre, c'est l'inverse. Parce qu'il répète le même numéro chaque soir, le comédien se trouve aux commandes. Le metteur en scène, lui, est à son service pour l'aider à trouver ses marques. La démarche n'est pas la même. C'est passionnant!" Outre le thème et les talents réunis, l'intérêt de la pièce Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu? résulte aussi du mélange des genres. La rencontre du comédien, du mime et du musicien pouvait a priori sembler casse-cou. Or, ici, point de chute fatale... Le cocktail est détonant, fascinant même. "Nous n'avons pas écrit ce spectacle sur une table, mais dans le mouvement, raconte Eric De Staercke. Nous avons créé dans l'action davantage que dans la réflexion, presque spontanément, sans prise de tête. Le style musical et burlesque, proche du cinéma muet d'avant-guerre, s'est imposé naturellement. On s'est vite aperçu que le clown était le chaînon qui nous reliait." Cela dit, faire le clown au cirque ou au théâtre, ce n'est pas la même chose. "J'ai dû apprendre à davantage parler, moi qui m'exprime généralement par le mime, reconnaît Sandrine Hooge. Ce n'est pas facile pour un clown de parler!" Mais les artistes se sont accordé mutuellement une très grande liberté dans leur travail de création. La liberté, un élément déterminant pour réussir une histoire d'amour...Bruxelles, Trétaux de Bruxelles, du 15 au 31 mai. Tél.: 02-242 54 58.Thierry Denoël