C'est un maître, un "ténor" écrivent certains, du collage qui s'expose à la galerie Jacques Cerami. Peintre et écrivain, Thierry Tillier (1957, Charleroi) est l'un de ces généreux artisans du télescopage visuel hasardeux dont l'oeuvre s' épanouit paradoxalement sous la contrainte - c'est probablement pour cette raison qu'il s'est adonné sans compter à une pratique qui fo...

C'est un maître, un "ténor" écrivent certains, du collage qui s'expose à la galerie Jacques Cerami. Peintre et écrivain, Thierry Tillier (1957, Charleroi) est l'un de ces généreux artisans du télescopage visuel hasardeux dont l'oeuvre s' épanouit paradoxalement sous la contrainte - c'est probablement pour cette raison qu'il s'est adonné sans compter à une pratique qui forge une incomparable économie du texte et de l'image, à savoir le mail art (l'art postal). En toute logique, ce lecteur assidu du philosophe Herbert Marcuse ne pouvait décemment pas se contenter de livrer un travail "unidimensionnel", comme neutralisé. Chez lui, la confluence des représentations marque un programme tant politique qu' esthétique au coeur duquel il est question de redonner sa place au désir réprimé. Au bout de ce chemin, on trouve des compositions fluides, déroutantes et intensément incertaines. Le voici qui débarque à la galerie Cerami pour donner à voir une dizaine de collages grand format articulés autour d'une iconographie culte, quasi clandestine, forgée à même les fanzines anarchistes des années 1960. Le sujet en est le dessin d'une taupe déprimée apposant le canon d'un revolver sur sa tempe. Le résultat? La critique d'art Annabelle Dupret y décèle des sortes d'"archipels" épurés croisant atlas de fleurs, cartes d'état-major, recueils botanistes, fétiches, notes dactylographiées, annotations personnelles et vignettes illustrées. Il n'est pas interdit de lire dans ces compositions vénéneuses, et d'une certaine façon punk, une nostalgie liée à la fin des alternatives dans un monde où l'on nous promet qu' Il n'y aura plus de nuit, pour reprendre le très beau titre du film d'Eléonore Weber. Tant pis pour tous ceux qui y voient plus clair dans l'obscurité des galeries souterraines.