Une exposition interdite aux moins de 18 ans, voilà qui détonne dans le paysage culturel actuel. Sans surprise, c'est le Mima, le musée d'art urbain et de la culture 2.0 de Bruxelles, qui s'y frotte. Un musée dont l'indépendance se traduit par une programmation originale et pertinente. The ABC Of Porn Cinema trouve son origine dans une matière inflammable: quarante ans d'archives, trois mille bobines de films (dont six cents conservées à...

Une exposition interdite aux moins de 18 ans, voilà qui détonne dans le paysage culturel actuel. Sans surprise, c'est le Mima, le musée d'art urbain et de la culture 2.0 de Bruxelles, qui s'y frotte. Un musée dont l'indépendance se traduit par une programmation originale et pertinente. The ABC Of Porn Cinema trouve son origine dans une matière inflammable: quarante ans d'archives, trois mille bobines de films (dont six cents conservées à la Cinematek), ainsi qu'une dizaine de mètres cubes d'affiches, photos et autres documents caractéristiques d'un certain cinéma de genre. C'est le Nova qui est aujourd'hui le dépositaire de ce fonds unique ayant appartenu à la société Les Studios Américains, une entreprise bruxelloise ayant exploité, entre autres, l' ABC, un cinéma-spectacle porno en activité entre 1972 et 2013. Du folklore? Si certains visiteurs placent leur découverte de l'exposition sous ce registre, le propos est en réalité bien plus incisif. En montrant ces archives, qu'il s'agisse de posters peints à la main ou de cahiers annotés par les exploitants, le Mima lève le voile sur un type d'activité économique interrogeant la société qui l'a engendré. Il s'agit moins de traiter la question de la morale que de creuser le lien à l'urbanisme, au politique et à la sociologie. Décliné sur deux niveaux, le parcours s'apparente à une plongée dans les coulisses de l'industrie pornographique telle qu'elle a été développée sous sa forme cinématographique en Belgique. La visite a pour temps fort une installation qui restitue l'atmosphère miasmatique du "balcon" de l' ABC. On doit cette salle obscure plus vraie que nature - porte qui grince, spectateur caricatural, projection parfois chaotique, bruits parasites... - au collectif Gogolplex. Pertinent également: la très nécessaire contextualisation du phénomène expliquant à quel point le "male gaze" - "regard masculin" dominant - conditionne les divertissements proposés. On aurait tort d'opposer un porno bon enfant, fils de la libération sexuelle, des cinémas à celui que l'on trouve actuellement sur les sites de streaming. Tous deux procèdent du même désir de soumission du corps féminin.