Le 11 janvier dernier, en début d'après-midi, à Bruxelles. Une Rom-Tsigane mendie place de la Monnaie, avec sa fille et son gamin, respectivement âgés d'environ 16 et 10 ans. Surviennent deux policiers. Trop tard pour les éviter. Contrôle d'identité. La femme au foulard extirpe des papiers froissés de sa veste en cuir. L'un des deux policiers y jette un coup d'oeil furtif et, aussitôt, les tord ostensiblement dans sa paume. Avec dédain, il passe la boulette à son collègue. "Ce sont des photo...

Le 11 janvier dernier, en début d'après-midi, à Bruxelles. Une Rom-Tsigane mendie place de la Monnaie, avec sa fille et son gamin, respectivement âgés d'environ 16 et 10 ans. Surviennent deux policiers. Trop tard pour les éviter. Contrôle d'identité. La femme au foulard extirpe des papiers froissés de sa veste en cuir. L'un des deux policiers y jette un coup d'oeil furtif et, aussitôt, les tord ostensiblement dans sa paume. Avec dédain, il passe la boulette à son collègue. "Ce sont des photocopies. Aucune valeur!" lance-t-il dans le vide. Regards affolés des deux femmes, tandis que le gamin s'éclipse. La mère bredouille: "Papiers, papiers, s'il vous plaît." Elle va fondre en larmes. Incrédulité de sa fille. Quelques passants ralentissent le pas puis se détournent. Les deux policiers font mine de continuer leur patrouille. Sans agressivité, timidement, la femme supplie: elle veut ses papiers; elle craint d'autres contrôles. Le premier policier se retourne brusquement. La voix claque: "T'es pas d'accord? Tu veux qu'on t'embarque, alors!" Dans un mauvais allemand teinté de français, elle tente de faire comprendre que ses vrais papiers sont à la maison pour ne pas les perdre ou se les faire voler. Voilà pourquoi elle porte toujours des photocopies sur elle. Les deux hommes ne l'écoutent pas et s'éloignent tranquillement avec, dans leurs pas, l'aînée des femmes. La plus jeune fouille une poubelle, dans l'espoir de retrouver les documents. En vain.Scène ordinaire à Bruxelles? Difficile de savoir. En tout cas, au comité P, la "police des polices", on commence à s'inquiéter sérieusement de telles dérives. Ces derniers mois, les dérapages lors des contrôles de SDF, de mendiants et de gens du voyage semblent se multiplier. Où? Notre interlocuteur reste délibérément évasif: dans les grandes villes et les noeuds de communication. Combien de plaintes? De 5 à 6, sur une année. C'est peu. Mais le phénomène n'est-il pas fortement sous-évalué parce que le comité P est largement inconnu au sein de la population? Cependant les cas soumis ont été jugés suffisamment probants: bousculades, mépris, violences verbales et autres... Des enquêtes approfondies sont en cours. "Le policier est le pompier du social, admet cet enquêteur. Il est souvent envoyé au casse-pipe. Mais certains comportements sont inadmissibles. Des fautes individuelles ont sans doute été commises." Et d'annoncer, pour cette année, une plus grande vigilance sur l'attitude des forces de l'ordre à l'égard de la mendicité.Ph.L.